ATTÉNUATION DES VIRUS
Dans le choléra des poules ainsi que dans la maladie du charbon, nous avons vu que la méthode de vaccination suivie par M. Pasteur ne consistait pas à atténuer le microbe dans le sens que Ton a donné à ce mot, mais seulement à amoindrir la vie, oû à tuer le microbe en laissant dans le bouillon ses leucomaïnes.
Il y a d'autres systèmes d'atténuation qui ont été inventés et mis en pratique par divers savants.
M. Duclaux nous fait un résumé de quelques-uns de ces systèmes que Ton pourra étudier plus sérieusement dans les Rapports de TAcadémie des Sciences, mais dont le point essentiel nous est parfaitement révélé dans son ouvrage publié dernièrement.
« Action de la chaleur. — La série des preuves de ce fait sera l'étude en série des procédés d*atténuation dont nous savons disposer aujourd'hui.
« Voici, par exemple, la chaleur.
« Elle tue le microbe, nous le savons, quand elle est trop
élevée. Enlre la température la plus favorable à la culture et la température mortelle, existe une zone d'atténuation, très bien étudiée par M. Chauveau, au sujet de la bactéridie charbonneuse. La durée du chauiïage doit être en raison inverse de l'élévation de température, et, pour une température donnée, directement proportionnelle au degré d^atténuation à obtenir.
<' Citons quelques faits pour donner la mesure de l'exactitude de cette loi par M. Chauveau.
« Chauffée dans le sang d'un cobaye mort du charbon, la bactéridie cesse d'être inoculable après un court chauffage de 55' à 60\ A 52% il faut 14 à 16 minutes de chauffage pour anéantir toute vitalité dans le virus. A 14 minutes, l'activité viinilente de la bactéridie est respectée, mais très atténuée. Elle Test de moins en moins si on fait descendre la durée de chauffage à 12, 10, 8, 6 minutes. A 50'', il faut 20 minutes pour tuer la bactéridie, 18 pour l'atténuer grandement; mais elle est encore assez virulente après 10 minutes de chauffage.
« Celte atténuation, comme nous pouvions nous y attendre, marche de pair avec l'affaiblissement dans l'activité de la prolifération du microbe. Si on ensemence comparativement, dans un liquide nutritif convenable, du sang charbonneux non chauffé et des sangs chauffés 8, 9, 10..., 16 minutes à 52*, on voit le retard sur la culture-type, à peine sensible pour 8, 9 et 10 minutes de chauffage, s'accuser déjà pour 11 minutes, ensuite de plus en plus jusqu'au sang chauffé 15 minutes, avec lequel le développement est problématique, et au suivant, avec lequel il est nul..
« Action du soleil. — A côté de l'action de la chaleur se
ATTENUATION DES VIRUS. 77
place tout naturellement celle de la lumière solaire. Elle tue le microbe après un certain temps d*exposilion ; mais avant de le faire périr, elle Tatténue. C'est ce qui résulte de mes expériences, suivies et confirmées par celles de M. Arloing.
« Action chimique de l'oxygène. — Voilà pour les agents physiques. Voici maintenant des actions chimiques.
(( L'oxygène est un facteur physiologique de la plus haute importance, et nous avons déjà examiné son rôle sous ce rapport. Mais il joue aussi un rôle plus exclusivement chimique, un rôle toxique mis en évidence par M. P. Bert.
« Tous les microbes ont besoin de faibles doses d'oxygène et souffrent quand on leur en donne trop. Les anaérobies eu demandent des traces et meurent dans l'air ordinaire. Les aérobies vivent dans l'air ordinaire et meurent dans Toxygène comprimé. Entre les limites physiologiques et les limites toxiques, il y a encore une zone d'atténuation étudiée par M. Chauveau avec la bactéridie charbonneuse.
« Action des antiseptiques. — A côté de l'oxygène viennent naturellement se placer ici les antiseptiques, qui eux aussi, indifférents ou même favorables aux microbes, quand ils sont en proportion très faible, les tuent à doses plus élevées. MM. Chamberland et Roux ont étudié l'action de l'acide phénique, du bichromate de potasse et de l'acide sulfurique, sur le bacille du charbon.
(( Pour ces trois antiseptiques, une dose un peu élevée, ià d'acide phénique, .-^ de bichromate, empêchent la reproduction de la bactéridie, qui meurt au bout d'un temps très court. Des doses plus faibles ^^ d'acide phénique, -^ de bichromate, laissent se développer le bacille ep
78 L'IMMUNITK PAR LES LEUCOMAINES.
filaments, mais atteignent sa puissance de reproduction, comme la température de 43* mise en œuvre par M. Pasteur, en Tempèchant de donner des spores. Dès lors, le
* même mécanisme entre en jeu, et une atténuation graduelle marche de pair avec rafiaiblissement du microbe, jusqu'au moment de sa mort (1). »
Comme le reconnaît M. Duclaux lui-même, Tidée qui ressort de tous ces systèmes est que, « d'une manière générale, Tatténuation est une des formes de TafTaiblissement graduel d'une cellule du microbe qui marche vers la mort ».
Il est alors, d'après tous les micrologues, en état de pouvoir donner l'immunité par l'inoculation.
Comme pour la plupart de ces éléments on peut produire la mort subitement, il y a une différence très remarquable entre ces systèmes et celui dont se sert M. Pasteur pour le choléra des poules et la maladie du charbon.
M. Pasteur donne à ces microbes un milieu de nourriture en quantité limitée, dans ces conditions, ces microbes ne mourront qu'après avoir vécu le laps de temps nécessaire pour épuiser toutes les substances qu'ils sont capables d'enlever à ce liquide. Et comme cette alimentation implique une élaboration et une élimination des produits des microbes, il résulte que, quand les microbes seront morts, ils auront laissé nécessairement une quantité importante de leucomaïnes dans les bouillons de culture de M. Pasteur.
Mais dans les atténuations par les systèmes dont nous
(1) E. DtrcLAUx, Le Microbe et la maladie, pp. 167 et suiv.