‹ L'immunité par les leucomaïnesChapitre 22 sur 38 · ATTÉNUATION DES VIRUS · texte numérisé non relu

ATTÉNUATION DES VIRUS

parlons maintenant, la chose se passe différemment.

Le microbe, soumis à une température de SB** à 60* qu'il ne peut supporter, mourra instantanément (1) sans avoir eu, par conséquent, le temps de laisser ses leucomaïnes, puisqu'il n'a pas eu le temps de vivre.

Par suite, le microbe que Ton introduira dans un bouillon et que l'on tuera par cette température, ne pourra être apte à donner aucune maladie, et le bouillon qui le contenait aucune immunité.

Si, au moyen d'une température convenable, on laisse le microbe à l'état dans lequel M. Duclaux dit « qu'on voit s'accuser un retard dans le développement, qui devient plus tard problématique si on l'ensemence dans un autre liquide nutritif, » alors ce microbe a une vie pareille à celle qu'a le bacille du choléra des poules dans une des cultures de M. Pasteur, après deux mois par exemple. Dans ces conditions, il élaborera, quoique faiblement, des leucomaïnes, et ce sont celles-ci qui donneront l'immunité.

Ou bien, ces microbes qui auront perdu la faculté de reproduction, comme nous l'avons déjà vu pour les antiseptiques, auront une vie suffisante quand ils seront introduits dans l'organisme que l'on veut vacciner pour lui fournir toutes les leucomaïnes nécessaires à l'immunité, sans pouvoir produire la mort, à cause de leur affaiblissement et de la présence de ces leucomaïnes.

Le système d'atténuation par la chaleur, inventé par

(1) Dans une bouteille où il y a du vin et de Tair, portés à une température de 50 à 60 degrés, le vin ne s'aigrit jamais; c'est que, par la chaleur, les germes du mycoderma-aceti, que le vin et Tair peuvent tenir en suspension, perdent toute vitalité. {Histoire d'un savant, par un ignorant, p. 91.)

80 I/IMMUNlTfe PAR LES LEUCOMAINES.

M. Toussaint, selon une note présentée en son nom par M. Chauveauy consiste à chauffer le sang charbonneux d'un mouton mort de la maladie de Chabert ; ce sang, dans lequel a vécu la bactérie du charbon, puisqu'il a produit la mort du mouton, doit nécessairement avoir été changé dans ces conditions. En effet, le microbe prenant pour sa nourriture quelques-unes de ces substances, doit y avoir déposé ses loucomaïnes.

Donc, quand on chauffe ce sang, c'est pour détruire la bactérie ou du moins pour en rendre la vie plus faible et Tempêcher de se développer quand elle sera introduite, par voie d'inoculation, dans un autre organisme.

Quant au système d'atténuation par Toxygëne comprimé, rcxplication doit être pareille. M. P. Bert, ainsi que M. Chauveau, nous disent que par cet élément on arrive à tuer les microbes, et que, entre les limites physiologiques et les limites toxiques, il y a une zone d'atténuation (1).

M. Chauveau dit, dans sa note à TÂcadémie, qu'au moyen de l'oxygène et des pressions modérées, le bacille de Davaine devient plus virulent, et que, dans le cas de fortes compressions, il devient complètement inactif (2).

Comme l'oxygène est un élément de vie, on comprend

(1) M. Paul Bert, dans ses beaux travaux sur l'emploi de Toxygène à haute tension comme procédé d'investigation physiologique, a reconnu que Toxygène comprimé détermine rapidement la mort- chez tous les êtres vivants. (Note de MM. Pastbur et Joubbrt, Acad, des sciences, 16 juillet 1877. — Le Charbon et la vaccination charbonnetue, d'après les travaux récents de M. Pasteur, par Ch. Chamberland, p. 28.)

(2) Il est arrivé, en eifet, que les cultures de ce bacille, au contact de Tair et de l'oxygène comprimé, se sont montrées ou plus actives qu'à l'état normal, dans le cas de pression modérée, ou complètement inactives, dans le cas de fortes compressions. (Comptes rendus, Acad, des sciences, 19 mai 1884. Note A. Chauveau.)

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que cette augmentation de virulence ne peut être attribuée qu'à une plus grande vitalité du microbe, et que l'inactivité ne doit être que l'effet de sa mort (1).

La chaleur, l'oxygène comprimé, le soleil et les antiseptiques sont tous, dans ce cas, des causes qui aboutissent à la mort (2) .

Comme tous ces éléments, tous ces systèmes ont pour but d'agir contre la vitalité du microbe, on doit en déduire que les microbes des différentes maladies que l'on inocule par ces systèmes quand ils sont en condition normale de vie tuent l'individu ;

Que quand ils ont subi Taction de ces atténuations ils ont perdu les conditions de leur état normal; c'est-à-dire qu'ils ne peuvent plus se reproduire ou que leur reproduction est devenue difficile.

Si des microbes en tel état sont introduits dans un organisme, tant qu'ils y vivront, ils changeront le milieu dans lequel ils se trouveront, jusqu'à ce que leur vie soit éteinte. Et comme on conçoit la possibilité et la probabilité de l'existence de leucomaïnes, tandis qu'on ne conçoit pas celle de microbes puisqu'ils doivent périr, car,

(1) J'ai encore constaté, dans cette série d'études, un autre fait fort important. Ces cultures, dont Vatténuaiion est si sûre qu'elles ne font périr aucun mouton, et l'activité si grande qu'elles confèrent l'immunité la plus solide, jouissent encore d*un autre très grand avantage, celui de conserver cette activité pendant plusieurs mois. (De l'Atténuation par Voxygène comprimé. Académie des sciences^ 19 mai 1884. A. Chauveau.)

(2) De toutes les études qui ont succédé aux travaux de M. Toussaint sur Tatténuation virulente par Taction modérée des agents physiques ou chimiques destructeurs de virus, il résulte clairement que ces agents possèdent tous, plus ou moins, la faculté d*amoindrir l'activité infectieuse des ferments virulents, au lieu de Tanéantir complètement, si Von a soin de ne pas utiliser tout entière l'influence destructive à laquelle on expose ces ferments. (Comptes rendue. Académie des sciences, 49 mai 1884. Note de M. A. Chauveau.)

autrement, l'individu deviendrait malade, on doit, dans ce cas, attribuer seulement aux leucomaïnes l'immunité. Si ces éléments susdits d'atténuation, soleil, oxygène, etc., ont été appliqués sur le sang d'un sujet qui a été atteint de la maladie que Ton veut prévenir, ou sur un bouillon de culture dans lequel a vécu le microbe, à plus forte raison, comprendra-t-on que l'action destructive de ces éléments, même à Tinsu du vaccinateur, a eu pour objet de laisser les leucomaïnes exercer leur action bienfaisante.

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