THÉORIES ACTUELLES DE LA VACCINATION ET DE L'IMMUNITÉ
La médecine ne compte que 1res peu de remèdes dont le résultat soit positif et certain, or, parmi ces remèdes, il faut bien placer en première ligne les vaccinations qui sont connues et acceptées.
Soit dans la petite vérole, soit dans le choléra des poules, soit dans le charbon, la péripneunomie et autres maladies des bêtes, soit aujourd'hui dans la guérison de la rage, l'action du médicament curatif ou préventif donne des résultats d'une infaillibilité frappante.
Il est donc de la plus haute importance de chercher quelle est la cause commune d'une action si grande ; il faut croire qu'il existe quelque chose de semblable dans la manière d'agir de toutes les vaccines.
Je sais bien que Ton a essayé d'expliquer l'action pro-
phylaclique des vaccins, mais je ne crois pas à Texactitude des théories inventées car elles sont démenties par les dernières expériences pratiquées par M. Pasteur et autres savants, dans les vaccinations récemment mises en usage.
Deux questions se présentent :
Qu'est-ce que la vaccine (1) ?
Comment agit-elle ?
Quand on ne connaissait que le vaccin de la petite vérole que Ton prend d'une vache ayant une maladie semblable à la variole, on disait : C'est en introduisant chez rhomme le virus de cette maladie qu^on produit chez lui une maladie très légère, et comme elle est semblable à celle de la petite vérole, elle rend la nature réfractaire à son similaire.
Pourtant il y avait une autre manière de devenu' vacciné, c'était en se rendant malade de la même maladie : on n'ignore pas que les sujets une fois atteints de la petite vérole jouissent de l'immunité contre cette maladie pour un temps plus ou moins long.
Plus tard, à la suite des grands progrès de l'art vétérinaire, on a fait des vaccinations en tirant le virus de la maladie même (2) : donc ce n'était plus une maladie semblable, mais la même maladie, atténuée, qu'on voulait faire supporter à celui qui devait devenir vacciné, ce qui
(1) Afin de m'expliquer plus clairement et plus brièvement, qu'il me soit permis d'employer les mots vaccine et vaccination pour exprimer le fait d'inoculation d'un virus quelconque, ayant pour but de donner l'immunité.
(2) « Naguère, sous l'influence de M. Pasteur, on ne croyait guère en ce qui regarde la production des immunités artificielles, qu'à l'efficacité des inoculations faites avec des races de virus atténués par la culture. C'était méconnaître les excellents résultats donnés chaque jour par d'autres pratiques, dans lesquelles n'intervenait que l'emploi des virus forts. » (Congrès de Grenoble, 1885, communication de M. Chauveau.)