‹ L'immunité par les vaccins chimiquesChapitre 4 sur 12 · DEUXIÈME COMMUNICATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME COMMUNICATION

Nouvelles recherclies expérimentales et comparatives sur la rage tanacétique et sur la vraie rage.

COMMUNICATION DEVANT ÊTRE FAITE A l' ACADÉMIE DES SCIENCES

le 5 septembre 1887.

Action préventive du chloral sur la vraie rage, vaccination contre la rage avec une substance rabigène : l'essenci: de TANAisiE. — Effets de cette vaccination sur des animaux préalablement inoculés avec du virus rabique. — Effets des injections intraveineuses de moelle rabique diluée, non filtrée, — de moelle diluée d'animaux morts de rage artificielle ou rage ta7iacétique, — de moelle rabique diluée et filtrée ; inoculation sous-méningiennc du bulbe cTun animal mort de rage tanacétique. — Effets des inoculations sous-méningiennes de virus rabique de lapin sur des alouettes. — Du médicament-vaccin, des lel'comaines-vaccins.

Voici, jusqu'à ce jour, le re'sullal des expériences que j'avais entreprises à la Facullé de médecine de Bordeaux et que j'ai eu l'honneur de communiquer à la Société de Biologie dans sa séance du 30 avril dernier. Mes observations sont d'autant plus concluantes qu'elles ont aujourd'hui quatre mois de plus de date et six mois d'existence.

En voici le résultat :

1" Fait. — Le lapin inoculé le (5 mars 1887 par la méthode sous-méningienne avec un virus pris primitivement sur Berger, mort de rage dans le service do mon ami, e professeur Pitres , virus transmis à la troisième série, et qui a tué à cette série six témoins de rage paralytique rapide, ce lapin, dis-jc, traité préventivement par le chloral inhalations ou en injections sous-cutanées, à la dose maxima

(le 30 centigrammes par jour, pendant dix jours, est encore aujourd'hui, 5 septembre, vivant et très bien portant.

Locliloralparaildoncjusqu'ici, si du moinsles inoculations sous-mcningiennes sont fatales, être pour le lapin, et probablement pour l'homme, ainsi que semble le démontrer un l'ait de prévention que j'ai déjà publié en 1879, le médicament préoenlif de la vraie rage, comme il était déjà, ainsi que je l'avais affirmé en 1872, 1873 et 1879, le médicament préventif de la rage artificielle produite par l'essence de tanaisie.

2e Fait. — Les cinq lapins qui avaient subi l'action préventive de doses sous-cutanées d'essence de tanaisie, quatre pendant onze jours, un, une seule fois jusqu'à la convulsion, et auxquels j'avais injecté sous la peau de la nuque, le 25 mars 1887, plusieurs seringues de Pravaz de virus rabique pris immédiatement sur des lapins morts de rage expérimentale ; ces cinq lapins, dis-je, sont encore vivants et très bien portants.

En revanche, un témoin, inoculé de la même façon et avec le même virus, est mort, au commencement de mai, de rage paralytique.

Il était en observation à la Faculté de médecine de Bordeaux; c'est M. le professeur Féré lui-même qui l'a examiné.

Ces cinq lapins, traités avant l'inoculation par l'essence de tanaisie, ont donc cinq mois et demi d'observation et quatre mois de survie. Il est donc fort peu probable qu'ils meurent maintenant de rage, et l'on peut dire, je crois, avec certitude, qu'ils sont réfractaires à cette première inoculation.

3" Fait. — Un lapin inoculé préventivement sous les' méninges, et traité quotidiennement par des injections intraveineuses d'essence de tanaisie (une à deux gouttes dans les veines de l'oreille), ayant déterminé presque chaque fois des phénomènes convulsivants plus ou moins légers, a été manifestement pris de rage avant le témoin.

L'essence de tanaisie à cette dose semble donc hâter l'évolution de la rage expérimentale.

Donnée en injections sous-cutanées à quatre lapins, à la

dose d'une division de seringue de Pravaz, pendant onze jours après inoculation sous-méningienne de virus rabique, c'est-à-dire donnée h. doses moins actives, cette essence relarde manit'eslement l'évolution de la rage expérimentale. La survie a varié, dans ce cas, de cinq à onze jours, suivant les sujets. On ne peut donc pas dire que l'essence de tanaisie agisse préventivement et d'une façon complète contre la rage déjà inoculée à l'instar des virus atténués. Jusqu'à présent, elle n'a que retardé l'évolution de la rage expérimentale. Cet efïét insuffisant, je l'ai fléjà dit dans ma dernière communication, doit être attribué à l'action de doses encore trop fortes d'essence, doses capables, comme je l'ai démontré sur des témoins non inoculés, de produire des états manifestement pathologiques. J'ai dit du reste, à cet égard, ce que je me proposais de faire dès que je pourrais reprendre mes recherches.

4.6 Yavï. — Deux lapins ont été instantanément tués par une injection intraveineuse de virus rabique non iiltré à la dose d'une demi-seringue de Pravaz.

Un troisième a subi l'introduction dans les veines d'une seringue entière de moelle diluée, d'un lapin mort de rage tanacétique et n'a rien éprouvé. Les deux premiers sont peut-être morts d'embolie.

Ce troisième, le 25 mars 1887, a reçu dans les veines une demi-seringue de virus rabique filtré à travers du papier Berzélius ; il a survécu, a engraissé, et s'est admirablement porté jusqu'au 23 juillet dernier, jour où il a été subitement pris de rage paralytique.

Or, un témoin inoculé le même jour sous la peau de la nuque avec le même virus non filtré, était mort au commencement de mai. Les accidents rabiques par la fillration du virus ont donc été retardés de deux mois et demi, quoique l'injection intraveineuse du virus rabique semble devoir être jusqu'ici un procédé augmentant plutO)L que relardant l'évolution de la rage.

5° Fait. — Un lapin inoculé sous les méninges avec le bulbe dilué d'un lapin morl d'un accès de rage tenacélique, est encore vivant depuis le 10 mars 1887.

Ce qui démontre que celle rage n'est pas inoculable, ce

qu'il était facile de pre'voir, puisqu'elle n'est pas produite par un virus.

6° Fait. — Les alouettes que j'avais essaj'é d'inoculer sous les méninges, sont mortes de rage paralytique.

Elles ont été observées par M. le docteur Féré qui a constaté le même phénomène sur des alouettes qu'il avait lui-même inoculées.

L'observation de ces animaux devient difficile dans des expériences de ce genre, car les alouettes vivent peu longtemps en cage, et la mort arrive souvent avant que l'expérience soit terminée.

Yoilà donc les résultats de mon expérimentation jusqu'à ce jour.

Tous ces faits ont été contrôlés, car ils se sont passés à la Faculté de médecine de Bordeaux où l'on peut encore voir mes animaux survivants. Or, il ressort de tout cela deux points principaux.

Le premier, c'est l'action préventive du chloral qu'on ne peut nier après six mois d'inoculation sous-méningienne. Cette inoculation serait elle-même supposée n'avoir eu lieu que sous le péricrâne et non sous les méninges, quoique, à la rigueur, Taulopsie de l'animal puisse toujours fixer sur ce point.

Le second, qui est, à mon avis, plus intéressant, car ses conséquences ont une portée pratique dont on ne peut prévoir toute l'étendue, c'est l'immunilé conférée avant toute inoculation par l'essence de tanaisie, substance rabigène employée en injections sous-cutanées ou intraveineuses, une ou plusieurs fois.

La durée de celte immunité nous est, il est vrai, encore inconnue, mais elle n'en existe pas moins. Or, ne serait-elle que passagère, qu'elle aurait toute son application pratique, si l'on songe surtout que la rage artificielle qui est produite par celte essence, n'a besoin que d'être produite en miniature pour conférer celle immunité et que, de plus, celle rage n'est pas contagieuse ainsi que je viens de le démontrer.

En outre, l'inoculation tanacétique est une vraie vaccination et non une inoculation aveugle proprement dite,

inoculation susceptible, dans certains cas, de devenir dangereuse par une trop grande intensité dans la proliféralion du ferment rabiqiie et partant du poison de la leucomaïne rabique qu'il produit, ainsi que cela peut se passer trop souvent, même entre les mains des plus habiles expérimentateurs, avec les virus plus ou moins atténués chez des sujets plus ou moins disposés à la réceptivité.

C'est ici de la simili-rage dont l'intensité peut être dosée comme le médicament qui la produit. Cette simili-rage empêche la rage comme la simili-variole ou vaccin Jennerien empêche la variole, avec cette différence bien étonnante en faveur de celte nouvelle méthode; si des expériences multipliées viennent la confirmer, c'est qu'il n'y a plus là comme dans les inoculations de virus atténués et dans la méthode de Jenner elle-même, des microbes vaccinaleurs dont la multiplication imprévue peut produire des accidents. Ne vienl-on pas de citer ces jours-ci, à la Société de médecine de Berlin, un cas de vaccine généralisée ? Il n'y a, dans la vaccination que je produis, qu'une substance chimique, définie, dosable, un médicamentvaccin.

Mais ce médicament-vaccin n'existe pas seulement pour la rage. Il y a d'autres substances qui produisent des simili-maladies : L'empoisonnement par la strychnine n'estil pas un vrai tétanos artificiel? et celui que déterminent les champignons vénéneux, une sorte de choléra?

On m'accordera bien qu'il y a dans ce rapprochement autant de vérité que dans celui que l'on fait entre la vaccine et la variole. Or, d'après cela, quelle voie devonsnous suivre, nous expérimentateurs, dans les recherches que nous faisons sur la thérapeutique ou l'hygiène des maladies virulentes?

/Voi's devons, si foi raison, chercher des médicaments susceptibles de guérir l'état morbide et, à leur défaut, des médicaments susceptibles de le prévenir lorsqu'il est fatal, comme le chloral pour la rage.

Puis, si nous ne réussissons pas, nous devons cssager de découvrir des substances déterminant des phénomènes biologiques analogues ou similaires à cnix que produisent les diverses

maladies virulentes. Ce seront, peul-èlre des substances isomères OH isomorphes des leucomaines de ces maladies.

Et enfin, si nos efforts ne sont pas couronnés de succès, nous devotis isoler des centres de fermentation eux-mêmes, ces leucomaines, les purifier de leurs microbes comme on vient de le faire en Allemagne pour la leucomaïne tétanique que ton a cristallisée qui produit le tétanos non virulent comme la strychnine, et nous servir alors de ces leucomaines, corps aussi chimiquement définis que V essence de tanaisie, dosables comme elle pour déterminer des immunités, qui, ne seraientelles que passagères, auraient toujours au moins wie application facile et utile en temps d'épidémie, car elles ne pourraient jamais être achetées au prix d'un danger.

Dès ce moment-là, je préparais donc les quatre communications sous la forme desquelles M. Brown-Séquard m'avait conseillé de présenter mes travaux. La première qui suit fut lue par lui le 26 septembre i8 87 à l'Académie des sciences. Elle a été publiée in-extenso par les Annales de médecine thermale de Vichy et la Gazette hebdomadaire des Sciences médicales de Bordeaux. Nous l'extrayons de ces journaux.

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