‹ L'immunité par les vaccins chimiquesChapitre 8 sur 12 · SEPTIÈME COMMUNICATION · texte numérisé non relu

SEPTIÈME COMMUNICATION

Note sur la rage,

LUE A l'académie DE MÉDECISE

(Séance du 10 avril 1888).

J'ai l'honneur de présenter à l'Académie de médecine les résuUats de mes nouvelles recherches sur la rage.

J'ai continué celte année mes expériences sur les rapports qui existent entre la rage lanacclique et la 7^age viruletite ou vraie rage^ et j'ai constaté un premier fait nouveau : sur des animaux auxquels j'ai donné par les veines des doses convulsivantes d'essence de tanaisie, il se produit une véritable hlépharo-conjonctivite due probablement à l'élimination par les glandes lacrj'males ou conjonctivales de celte essence ou de produits qui en proviennent.

Ce même fait, je l'ai retrouvé dans la rage du lapin. On dirait, encore ici, que le poison rabique agit à la façon de l'essence de tanaisie.

Quant aux faits d'immunité produits par l'usage préventif du chloral et qui n'avaient été observés par nous qu'une fois sur l'homme, une fois sur un lapin noir qui a vécu quatorze mois après l'inoculation sous-méningienne, ils se confirment de plus en plus, et, malgré les surprises que m'a occasionnées, au début de mes expériences de cette année, un virus qui a tué par les méninges en cinq jours, par la conjonclive en huit ou neuf jours, parla peau de la nuque en douze ou treize jours, j'ai obtenu de nombreux résuUats positifs ou qui, du moins jusqu'à présent^ paraissent l'être.

J'ai de plus vacciné avant inoculation et déterminé l'immunité, malgré l'inoculation de ce virus par la méthode

sous-méningienne; mais je dois dire qu'en présence de sa virulence, j'ai préféré employer rinoculalion sous-conjonctivale; dans cette voie, j'ai eu de nombreux succès, même après trois mois de vaccination.

Voici,, du reste, comment je procède. Avec des solutions d'essence de tanaisie dans l'huile d'amandes douces, une goutte sur 10, deux, trois, quatre, cinq, jusqu'à six et sept gouttes suivant la puissance du sujet, je fais des injections sous-cutanées plus ou moins intensives, une le matin, l'autre le soir, en reprenant en général le malin l'injection à la dose du soir ; puis je laisse les animaux se remettre, et ce n'est que quand ils sont absolument remis que je fais des inoculations rabiques, en général par les conjonctives (1).

J'ai constaté que les revaccinations rendaient la proportion de nos succès plus considérable, qu'elle soit faite avant l'inoculation, pour établir davantage l'habitude, ou qu'elle soit faite après, pourvu, dans ce dernier cas, qu'elle ne détermine pas de perturbation, d'état morbide.

J'ajouterai que mes animaux vaccinés avant inoculation sous la nuque, et dont j'ai parlé dans ma dernière communication à l'Institut, se portent toujours très bien ; ils ont été inoculés le 25 mars dernier ; trois d'entre eux, qui étaient des lapines, ont fait des petits, qui, à un mois et demi, ont été inoculés et qui n'ont pas hérité de l'immunité de leur mère.

L'année dernière, j'avais fait une série de vaccinations après inoculation; j'en avais communiqué les résultats à la Société de Biologie; lorsque je donnais de trop fortes doses d'essence et surtout des doses quotidiennes, je déterminais la rapidité dans l'évolution rabique, juste le contraire de ce que je cherchais à obtenir; lorsque mes doses étaient plus modérées, mais néanmoins encore perturbatrices, j'arrivais à une évolution plus lente et j'avais pu ainsi prolonger vingt-cinq jours la vie d'un animal inoculé par les méninges; j'en concluai que je donnais de trop fortes doses d'essence.

(1) Nous avons pu administrer, dans ces derniers temps, jusqu'à 10 et 12 gouttes d'essence, sans déterminer des convulsions en produisant progressivement la tolérance.

J'ai repris ces expériences celle année avec succès après inoculation sous-conjotictivale, et ce n'est plus une immunité relative que j'ai obtenue, c'est une immunité, jusqu'ici du moins, absolue; j'ai des animaux qui ont trois mois de survie. La revaccinalion, dans ce cas, toujours à dose non perturbatrice, a établi plus sûrement mes résultats.

II y a donc une dose vaccinatrice qu'il faut savoir distinguer de la dose perturbatrice, puisque l'une arrête et que l'autre avance l'évolution rabique. Et, Messieurs, l'action perturbatrice, que produit-elle? Tout simplement un désordre dans le fonctionnement des organes, au moment môme où ceux-ci auraient besoin de fonctionner le mieux pour éliminer le poison rabique, et c'est l'accumulation, dans l'organisme^ de ce poison qui détermine celte mort si fatale de la rage déclarée.

Et ce n'est pas seulement l'essence de tanaisie qui produit cette action perturbatrice; de trop fortes doses de chloral agissent dans le même sens et accélèrent le mouvement.

Nous avons vu des symptômes de rage paralytique se déclarer au troisième jour du traitement, puis disparaître par la cessation du chloral; des animaux trop fortement chloralisés sont morts de vraie rage pai^ahjtique au cinquième jour de l'inoculation.

A tel point que nous avons cru, à un moment donné, que le chloral avait une action vaccinatrice à la façon de l'essence de tanaisie, en produisant une habitude paralytique qui meltrait les lapins à l'abri de la rage par accoutumance ; mais nos premiers essais de vaccination avec le chloral avant inoculation ne nous ont donné jusqu'ici que des résultats négatifs.

Le mouvement accélérateur de la rage peut être produit par toute impression morbide, inlerne ou externe.

Un de nos lapins guéris depuis quatorze mois a succombé à un état probablement rabique, à la suite de castration et autres lésions chirurgicales faites par ses camarades. J'ai inoculé son bulbe, cl nous serons bientôt fixé sur ce point.

En revanche, si des perturbations de l'organisme peuvent produire de pareils résultats, de simples étals physiologiques peuvent retarder l'évolution rabique.

La grossesse, par exemple, est dans ce cas; nous l'avons signalé l'anne'e dernière (1).

Et celte année, nous avons une lapine qui, inoculée depuis trois mois par la conjonctive, n'est pas devenue encore enragée. Elle a cependant donné naissance à des petits dont la virulence du bulbe a été démontrée sur trois témoins, toutefois avec un retard dans l'évolution rabique.

Un autre fait que l'expérimentation nous a permis de constater cette année, c'est que nos lapins guéris ont, à un moment donné, une rage fruste cachée se manifestant seulement par la virulence de leur bulbe au moment même où nos témoins meurent.

C'est à ce moment qu'il est important que l'organisme soit habitué, soit accommodé à la tolérance et à l'élimination de la leucomaïne, qu'il soit, en un mol, mithridalisé pour résister à cette formation rapide et abondante de ce poison bulbaire. Il faut, en effet, que le poison puisse tuer le ferment qui Va produit sans détruire l'organisme du malade.

C'est, du reste, tout le secret des immunités qu'elles soient dues aux maladies virulentes elles-mêmes, aux vaccins virulents, ou à ce que nous avons appelé vaccins chimiques, médicaments leucomaïnes-vaccins .

Le chloral et l'essence de tanaisie, dont les effets biologiques sont si opposés, aboutissent tous les deux au même résultat thérapeutique : l'un, en produisant la tolérance du bulbe par son action sédalive et antagoniste du poison rabique et de l'essence de tanaisie ; l'autre, en amenant cette même tolérance par l'habitude, par la gymnastique fonctionnelle, par l'accoutumance.

Nous montrerons, de plus, que nous avons isolé, au moins biologiquement, le poison rabique, et qu'il existe entre lui et le poison tanacélique des rapports physiques et biologiques fort intéressants.

(1) M. Galtier l'avait signalé avant nous.

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