‹ L'Immunité TransmiseChapitre 12 sur 96 · A) ETAT RÉFRACTAIRE · texte numérisé non relu

A) ETAT RÉFRACTAIRE

VARIOLE. — Neumann (1895) rapporte qu’'Hufeland, dès 1799, a émis l’idée que le lait pouvait être doué d’un pouvoir protecteur vis-à-vis de la variole, quand il est sécrété par une mère récemment guérie de la maladie.

D'autre part, Lereboullet, Büchner constatent l’immunité chez l'enfant dont la mère a contracté la maladie peu de temps avant la grossesse.

VACCINE. — Bunckardt (1879) signale que les enfants nés de mères vaccinées au cours de la grossesse ne présentent pas de pustules lorsqu'ils sont eux-mêmes vaccinés peu de temps après leur naissance.

Les travaux expérimentaux et statistiques qui se sont succédé depuis ont permis d'établir que cet état réfractaire est surtout marqué au cours des trois premiers mois de la vie,

Camus (1920) résume tous ces faits dans les trois propositions suivantes :

1° Les inconvénients de la vaccination pratiquée avant trois mois seraient assez nombreux ;

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« 2° Les insuccès vaccinaux sont fréquents avant trois mois;

« 3° Les enfants âgés de moins de trois mois n’ont rien à craindre, ou à peu près rien à craindre de la variole. »

Camus montre que tel vaccin qui, chez des enfants de plus de six mois, donne une proportion de 95,5 p. 100 d’inoculations positives, ne donne qu’une proportion de 92,6 p. 100 chez des enfants de trois à six mois et une proportion de 24 p. 100 chez des enfants de zéro à trois mois (1).

ROUGEOLE. — Dans une magistrale étude, Debré et Jcannon rappellent que, dès 1882, Béclère écrivait : « Aucun âge n’est exempt; mais il faut faire une exception en faveur des enfants nouveau-nés et à la mamelle, qui souvent jouissent d’une immunité que viennent détruire les progrès de l’âge; maïs cette immunité est loin d’être constante. »

Ces auteurs rapportent les statistiques de mortalité, établies à Paris et en Grande-Bretagne. Celles-ci « montrent avec la plus grande évidence que la mortalité morbilleuse est faible de la naissance à trois mois; de trois à six mois, tout en s’élevant assez notablement, elle reste très au-dessous de ce qu’elle sera dès le troisième trimestre de la première année. Dés l’âge de six mois, la courbe de la mortalité fait un véritable bond vers son point maximum.

« À cette immunité des enfants nés de mères vaccinées par une atteinte antérieure, il y a lieu d’opposer l'absence d'immunité des enfants nés de mères restées indemnes. »

Ces enfants peuvent « être atteints en très bas âge. Rien he le démontre mieux que l’épidémiologie de la rougeole, lorsqu'elle frappe brusquement un pays où la maladie m'avait pas pénétré depuis longtemps. Tel fut le cas en Islande : dans ce pays, une épidémie se déclare en 1882,

(1) Rappelons que, tenant compte de tous ces faits, le décret du 27 juillet 1903, relatif à la vaccination, prescrit de ne comprendre sur la liste de la première vaccination « que les enfants ayant plus de trois mois ».

alors que depuis trente-six ans aucun cas de rougeole ne s’y était produit : les tout jeunes enfants ne manifestèrent

aucune immunité et contractèrent la maladie aussi bien

que les enfants plus âgés et que les adultes. » « .… Le facteur qui conditionne l’immunité transitoire

du nourrisson est bien la rougeole antérieure de la mère.

et le passage dans l’organisme du fœtus des immunisines maternelles. »

DIPHTÉRIE, —— « Dans la diphtérie, on peut, par la méthode de Marx, décéler l’antitoxine dans le sang du cordon, puis dans le sang du nouveau-né. La réaction de Schick permet plus simplement encore d’en vérifier la présence. Or, les statistiques démontrent que 93 p. 100 des nouveau-nés ont une réaction de Schick négative, et que le nombre des réactions négatives décroît rapidement, si bien qu'à six mois, 43 p. 100 et, après un an, 63 p. 100 des réactions sont devenues positives. Le caractère négatif de la réaction de Schick pendant les premiers mois de la vie correspond à un état réfractaire d’une durée égale et qui résulte de la présence d’anticonps légués par l’organisme maternel: il s'agit d’une immunité passive, éphémère, que le nouveau-né emprunte à sa mère. » (Debré et Lelong, 1925.)

COQUELUCHE ET'ESCARLATINE = transmission des immunisines est un fait établi pour la diphtérie, pour la rougeole, peut-être aussi Pour {a coqueluche et même {a scarlatine. Cette transmission crée un état d’immunité héréditaire transitoire qui explique l’absence de réceptivité des nouveau-nés à l'égard de ces infections. » (Debré et Lelong, 1925.)

FIÈVRE DE MALTE. — Burnet (1925) constate létat réfractaire chez un enfant né d’une mère infectée et nourri de lait infecté, La fièvre apparaît chez la mère le quatrième jour après l'accouchement. Lorsque le séro-diagnostic se révèle positif vis-à-vis du M. melitensis, la femme a déjà

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commencé à allaiter son enfant. Or, le lait est reconnu également infecté (2 colonies par 1/2 c. c.).

« Comptant sur la résistance habituelle des nouveau-nés aux maladies infectieuses, on a laissé continuer l’allaitement. L'enfant est resté indemne. Après un mois, puis après trois mois d'allaitement, l’intradermo-réaction, encore posiüve chez la mère, est négative chez le nourrisson. À l’âge de sept mois, nous avons revu l’enfant. Il a toujours été bien portant et n’a jamais présenté de fièvre. »

B) TRANSMISSION DES ANTICORPS

La belle découverte de la séro-réaction par F. Widal (1896), en permettant la recherche des agglutinines dans les humeurs, ouvrait une voie nouvelle aux chercheurs.

FiÈvRE TYPHOIDE. — Si la réaction d’agglutination n’est pas une réaction d’immunité (Sicard et Widal, 1896), Pfeiffer (1896), Widal et Nobécourt (1897), Stern (1897), Fraenkel et Otto (1898), il n’en est pas moins établi qu'il existe une relation très étroite entre le pouvoir agglutinant et le pouvoir immunisant.

« Bien que la propriété agglutinante ne soit pas une réaction d’immunité, dit Remlinger (1899), il existe une relation très étroite entre la transmission du pouvoir agglutinant et celle du pouvoir immunisant. On peut se demander si, en regard de la substance agglutinante, il n'existe pas dans les humeurs du typhoïdique ou de l’animal vacciné une substance immunisante, soumise absolument aux mêmes lois d’osmose ou de filtration. »

Et Staübli (1906) déclare à son tour : « Les agglutinines ne sont pas des corps immunisants au sens propre du mot, mais se trouvent associées à d’autres anticorps. »

Alors que l’étude du pouvoir immunisant est si difficile, celle du pouvoir agglutinant est si facile que l’on persiste à l’étudier avec l’idée que la connaissance des lois qui régissent les rapports des deux phénomènes permettront quel-

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