CHAPITRE II
L'immunité transmise est de nature passive
Nous venons de voir que la transmission au fœtus ou au nourrisson d’une immunité active est exceptionnelle. Nous allons maintenant montrer qu'il s’agit, dans la grande majorité des cas, d’une immunité passive.
ARTICLE PREMIER Faible durée de l’immunité transmise
La faible durée de limmunité transmise constitue un premier argument en faveur de son origine passive. En effet, les immunilés transmises durent au plus quelques mois. Les immunités actives correspondantes persistent pendant des années,
ARTICLE II
Observations démontrant la nature passive de l’immunité transmise. :
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A I. — Mossé et Daunic (1897) rapportent l'observation LA ne. d’une femme atteinte de fièvre typhoïde au sixième mois de
sa grossesse, L'enfant naît à terme. Vingt-quatre et trente-
trois jours après la naissance, son sang agglutine le bacille typhique.
Il ne semble pas que l’immunité acquise par l'enfant soit de nature active. En effet, les auteurs n’ont trouvé aucune altération anatomique du placenta et aucun germe dans les lacs sanguins.
IT. — Dans le cas de Widal et Sicard (1897), les agglutinines typhiques constatées chez le nourrissson sont bien le résultat d’une immunité passive.
Les jeunes n’ont pas reçu de bacille d’Eberth et les mères n’ont reçu que du sérum. |
IT. — Achard (1897) écrit : « Le passage de la propriété agglutinante à travers le placenta ne peut être attribué à l'infection fœtale, car nous avons pu constater la stérilité des fœtus morts et les petits qui ont vécu n’ont présenté
aucun signe d'infection. »
IV. — Rômer et Much (1906), chez des bovidés, constatent qu’une mère ayant reçu passivement des antitoxines diphtériques (injection de sérum de cheval) les transmet à son nourrisson par l'intermédiaire du lait.
V. — Nattan-Larrier, Ramon et Grasset (1925) considèrent aussi que l’immunité conférée à leurs petits par des lapines hyper-immunisées contre la toxine tétanique est une immunité passive. Il en est de même de limmunité transmise à l’enfant par une mère immunisée au cours de la grossesse vis-à-vis de la même toxine.
Enfin, nous invoquerons l’autorité de Bordet, qui, dans son « Traité de l’immunité » (p. 102), partage l'opinion exprimée par Achard en 1897, en considérant limmunité transmise comme étant de nature passive et due à une simple « diffusion d’anticorps maternels ».
ARTICLE li
Démonstration de la nature passive de l’immunité transmise.
À. EXPÉRIENCES D’EHRLICH. — Ehrlich donne, de la nature passive de l’immunité vis-à-vis de la toxine tétanique transmise chez la souris, une élégante démonstration expérimentale.
Dix jours après l'accouchement, il pratique chez une mère non immunisée des injections de sérum. Les valences de ce sérum sont intégralement transmises aux jeunes par le lait.
Les mêmes résultats sont obtenus avec le bacille du rouget. Une souris est immunisée trois jours après l’accouchement avec une culture atténuée. Une solide immunité est constatée chez les jeunes. Cette immunité n’a pu être conférée que par le lait.
Ehrlich a voulu s'assurer que ces immunités étaient bien de nature passive. A partir du deuxième jours après l'accouchement, deux souris reçoivent, dans leurs aliments, et à doses croissantes, de la ricine pendant sept jours. Elles acquièrent ainsi une immunité considérable (Résistance à cent cinquante doses mortelles), Les nourrissons de ces souris ne présentent, au bout de six semaines, qu’une faible immunité, qui a complètement disparu dès la septième semaine.
L'auteur en conclut que les toxines microbiennes doi-
vent se comporter comme la ricine, toxine végétale. Elles.
ne doivent pas davantage parvenir par le lait dans l’organisme du jeune pour y provoquer une immunité active.
D'autre part, Ehrlich établit que l’immunité apparaît chez les jeunes souris à la suite de l’allaitement. Du moment que le lait est incapable de conférer une immunité active, force est donc d'admettre que l’immunité constatée chez les nourrissons est de nature passive.
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