‹ L'impératrice et la juive drame en cinq actes et en proseChapitre 16 sur 57 · L’IMPÉRATRICE, JEAN · texte numérisé non relu

L’IMPÉRATRICE, JEAN

I.’lAIPÉr.ATRICE. Lâches et vains... Voilà ce qui reste du sénat de Rome. [Âpres un temps.) Ilegarde-moi, Jean. La robe de patrice I Qui doiiu l’a revêtu de celte dignité?

JEAN. Personne. On ne me la donnait pas; je l’ai prise.

l’impératrice, sérirement. Sans attendre l’ordre de l’empereur?

JEAN. L’cinpcrciir enfermé dans son palais de Constantinople, du l'autre côté du détroit, le jour occupé â composer des sermons, la nuit à varier scs débauches, le livre, sans le savoir, l’autorité dont il est jaloux. Lorsqu’il croit dicter ses volontés, il exécute les tiennes, C’est Zoé qui gou-

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I,E UACAM!» TBÉATRAL.

Terne, et Stronas qui fait signer l’empereur.

l’impératrice. £l alors tu as peusé qu'il n’était pas besoin de me demander une grare! que pour l’élever à ce haut rang, il te suHisait de vouloir, et que j’obéirais à tes désir.sl Imprudent! tu as compté sur ton audace.

IRAN. Qu’ello soit punie si elle t’offense.

I.'IMPÉRATHICE, toariant. Cette robe te sied bien ; gardc-la nouveau patriee.

JEAN. O ma souveraine I..

l’impératrice, allant s'asseoir. Mais borne-là ton ambition, car il n’y a maintenant dans l’empire qu’un seul liomme plus puissant que toi.

JEAN. Strnizas?.. oui... Stroizaselmoi.., Stroizas d’abord.

l’impératrice. De l'envie cncnrel..

toujours! sur les gradins du Cirque oà tu t’endormais, avais-tu donc rêvé une meilleure l’ortg^e ?

JEAN, i’eut-être. J’ai vu les hommes que le hasard avait faits les compagnons de ma misère; je les ai trouvés vils, stupides et mérhans. J’ai vu ceux qu’il a placés audessus de mon obscurité; ils portaient écrit sur lo front : corruption , lâcheté, impuissance; et j’ai pensé que le premier rang m’appartenait à moi , qui vaux mieux qu’eux.

l’impér.atricr. a toi?

JEAN. Pourquoi pas? qui m’cmpîcherait d’aspirer au trône, si In le permetLvis? Ma naissance? Léon III fut laboureur, Léon V soldat, Michel II mendiant. Le manque de partisans? que demain je me présente à l’Hippodrome avec la couronne et le manteau de pourpre : le peuple me suivra, parce qu’à présent le respect est attaché à l’habit, non à la personne. Craindrais-je le dévoOtnent des Romains à la race impériale? ils ont vu passer tant de familles sur le trône, qu’ils ne sont plus attachés à aucune.

L’IMPÉR.ATRICE. Oh! c’est un supplice affreux, n’esl-ce pas, un supplice tic tous les inslans que celui d’être né dans la foule, et d’avoir des pensées au-tlessus de 1a foule? avec une ame forte, une imagination ardente, de ne pouvoir secouer sa misère, et de sentir pc.<cr sur sa tête des hommes que le sort a jetés là, plus corrompus que ceux qui vous entourent, aussi médiocres? Alors il vient un moment où à tout prix il faut monter à leur niveau.

One grande action vous y conduit : un grand crime; quelquefois moins que tout (tU : un vieillard qui se prend d’amour pour vous, une course au Cirque, le ha-

sard, un rien. Mais, ce premier pas fait, te dé.sir de s’élever s’accroît du mépris de ee qui vousenvironne; l’amelong-tempscompriinéc grandit avec la fortune. Il faut monter, monter encore, jusqu’au jour où on ne sent plus rien au-dessus de sa tète, et où, n’ayant pluv où se prendre, l’ambition vous dit : Assez.

JE.VX. lis tu donc née, comme moi, dans l’obscurité? as-tu été le vil jouet du sort et des hommes, pour exprimer ainsi ce que j’ai senti , ce que je sens?

l’iMI’ÉHATRICE, après un silence. Je t'ai aimé, Jean, parce que lues beau : jet’aime, parce que lu es libre et fier. Los adulations de mes courtisans, de ces hommes sans volonté, sans caractère, souples comme leurs robes de .soie, ne valent pas ta brusque énergie. Tu as fait d’un caprice une passion brûlante et vraie. Oh! je voudrais avoir vingt couronnes, pour les poser une à une sur ta tête.

JEAN. Excepté celle qu’on nomme impériale; tu craindrais d’en déposséder ton iils qui In portera un jour,

L IMPÉRATRICE. Celle-là lui appartient, c’est lui qui doit régner.

JEAN. Régner ! un enfant 'quand attaqué dans chacune de ses frontières, l’empire se resserre chaque jouri quand pour élargir ce cercle d’ennemis qui l’envlronoent, il suITirait à peine d’une volonté forte , de deux bras faits pour combattre, et d’une voix qui puisse crier ; en avant! un enfant, quand il faut un homme !

l’impératrice. L’empereur est jeune encore ; mais si la mort l’enlevait , cet enfant, grandi sous ma tutelle, exécuterait de nobles pensées, car il aurait sa mère pour les lui dicter.

JEAN. Et soumis en oselave à se» ordre», il ne désobéirait jamais ! il n'aurait prés de lui ni flatteurs, ni amisi Insensée!

l’impératrice. Jean!..

JEAN. Le trône , c’est son héritage ; tu ne lui donnes rien. Te scrait-il dévoué comme le serait celui que les bontés auraient tiré de la foule, qui ne devrait qu'à toi sa fortune et sa gloire ?Oh ! si le ha.sard t’avait laissée mailrcssc de tcS|aclions, etque tu eusses daigné m’élever ù ce haut rang, ta puissance te serait restée toute entière, car elle n’eût appartenu qu'à loi seule.

l’impératrice. As.sct... assez! cet enfant régnera, il le faut... Que fai.sais-tu ù 'fhessaloniqur, alorsqn’étrangéredanscett»

cour, jlavais besoin d’iiii appui? mais i cette époque, craintif et défiant, moo regard n’eût pas été te chercher au Cirque.

Jean, laisse là tes projets ambitieux, laiiH

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