‹ L'impératrice et la juive drame en cinq actes et en proseChapitre 20 sur 57 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

STROZZAS, SARA.

STROZZAS. Oïl ne se prosterne ainsi que devantl’emperciir; lève-toi, femme; on te nomme .Sara? tu es l’épouse de Jean, cocher du Cirque?

SARA, Uregard baisse. Oui... seigneur.

STROZZAS. Depuis quand ?

S.VRA. Depuis six ans.

■STROZZAS. Allons, netremlilc pas ainsi et réponds-moi avec .sincérité.

SAR.A. Je le ferai ! mai.s pardon , je ne suis qu’une pauvre femme qui ne sait comment on parle aux grands de l’empire, quel noms il faut leur donner, et malgré moi...

peut-être...

STROZZAS. Sois sans crainte... Il t’aimait ton mari?

SAR A, dont tes yeux se sont levés pea-à‘ peu sur Sirozzas. Oui... seigneur...

.STROZZAS. Et il t’a quittée?

RAHA, les regardsattachissartiù. Quittée I

I a LE UAeitiN

oui... il y a trois mois... Depuis... je l’ai cherche en vain. . Quittée., oui...

STROZZAS. Pourquoi clone me regarder ainsi? pourquoi ce trouble , ces pleurs et ce rire convulsif? femme, tu ne m’écoutes plus.

S.MVA. Moi! non... je... 0ht seigneur, n’as-tu pas un frère, un autre toi-mSme, portant un visage si scmhlahlc au tien, qu’aulrefois votre mère ait pu se tromper entre vous deux?

STROzz.\s. Non : tu m’auras vu dans quelque cérémonie.

S.\R\. Ah! ce n’est pas à Constantinople , au milieu d’un brillant cortège que pour la première fois le regard de Sara a rencontré le tien. Ce fut à Xhessalonique près de l’église Saint-Paul, à la chute du jour.

STROZZ.vs. A Xhessalonique 1

S.\RA. N’est-ce pas que cela est vrai ?

devant une misérable cabane, une femme était assise tenant sur ses genoux son enfant qu’elle allaitait... les rues étaient désertes, une cérémonie sainte avait appelé les chrétiensà l’autelct celte femmeétait seule.

Dn homme vint qui s’élança sur elle , saisit brusquement l’enfant, renversa la mère éplorée et disparut... Kh ! bien! regardemoi : cette femme, la voilà; cet homme c’ei ttoi!..

STROZZ.VS. Parle bas!

s.LR.L. Seigneur] seigneur! qu’as-tn fait de mon enfant?

STROZZ.AS. X’ais-toi 1 tais-toi donc !

SARA. Qu’en as-tu fait? en l’arrachant de mes bras , tu ne pensais pas peut-être au désespoir dont lu allais frapper sa mère...

oh! non, tu n’y pensais pas; cela eût été trop horrible. Mais quand tu la revois suppliante à tes genoux, quand clic te redemande son fils qu’elle a pleuré quatorze ans, tu ne |>cux plus la repousser du pied comme autrefois , vois-tu ? il fatit rcnlcndre , il faut lui répondre, ou n’avoir rien d'humain dans Je cœur.

STROZZAS. Quoil tu es cette femme, et maintenant l’épouse de Jean? (yf part.) Bien, Zoé! nue courtiaanne pour rivale !

(Haut.) Écoute , Sara, la mémoire ne l’a pas trompée; c’est bien moi que les cris poursuivirent long-temps dans les rues de 'i'iiessalonique ; et cependant, s’il roc plaisait de le nier, pas un de ceux qui t’entendraient n’aurait foi en tes paroles; on te chasserait du palais comme une insensée ; ma volonté seule peut donc le rendic ce fils que je t’ai ravi.

SARA. Il cxi.ste !..

STROZZAS. Songes-y; un mot sur le

paMc (QUipronsttrAit ta têtQ et la sienae,

TBÈATRiL.

S.ARA. Oh! que je le voie, ne fht^ qu’un momcnt> que je l’embrasse, ne fùtcc qu’une foi.s, et tue-moi après.

STROZZAS. lin jour viendra peut-être oO je te dirai ; Femme, voilà ton fds; à eclte condition , Sara, puis-je compter sur toi?

SAR.V. Si tu le peux, seigneur? m.iis je t’appartiendrai corps et ame ; je l'obéirai comme à Dieu même.

STROZZAS. Xu vas paraître devant l’impératriee.

SARA. Moi?

STROZZAS. Xu lui demanderas ton mari, qu’elle seule peut le rendre.

SARA. Jean ? •

STROZZAS. Xon mari qui tabandoonr. et qui l’aimait cependant.

S.ARA. Mais pourquoi tout cela à l’impératrice ?

STROZZAS. Femme , tu as juré de m’obéir; oublies-tu déjà la promesse?

SARA. Non... non...

STROZZAS. Ce fils que tu croyais ne plus revoir, que tu as pleuré quatorze ans, il existe, Sara, et le secret de son sort est dans mes mains.

SAR.A, se prostetnanl. Oh! je n’ai plus de volonté que la tienne ; ordonne, mon maître cl seigneur.

STROZZAS. Attends donc dans cette Mlle que l’impératrice le fasse appeler.

11 entre cliez Vimpèratrice.

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