‹ L'impératrice et la juive drame en cinq actes et en proseChapitre 37 sur 57 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

L’IMPÉRATRICE, AGATHÈS, puh MANUEL.

AGATUÈs. Manuel attend, pour entrer, les ordres de l’impératrice.

L’tUP^RATlUCE , acte joit. Il est venu , ilestlà... Agathés, introduis le jeune aupiste et préparc loi à retourner à Constautinople avant une heure.

Agathès sort et Manuel parait.

L'iupÉRATRICE , txaminant Manuel.

Comment me revient-il ?

UAAl'EL. .Ma mère , on ne m'a donc pas trompé? tu me rappelles. Est-ce mon pardon?.. (S'inclinant.) Est-ce un nouvel arrêt que je viens chercher?

l’ihpékatrice , à part. Toujours faible etsoumiscomme un enfant... bien. (Haut.) reléve-toi. Manuel.

HAAI'ei.. Tu sais quel saint devoir j’ai dcniain à remplir. Tu as compris, ii’csttepas,qu'ilm’cûtété trop cruel de me pré- S'oler (levant le Seigneur, chargé de ton aoathéme, et tu m’as rappelé pour me dire :

fete pardonne.

ClUPÉRATRICE. Oui, l’impératrice est lasse de punir ; voilà ma main. (Manuel le couvre Je baiters ) De graves événemens soat survenus depuis ton départ. J’ai dû cette nuit clnâticr qui m’avait outragé :

Strotias, (Auc effort.) le comte Jean.

RAA'UEL. Oui, je sais quelle peine terri- We a frappé mon ennemi : ma haine n'eût F» été si loin.,. Mais à quoi bon rappeler

SI

ce passé sombre et sanglant? laisse-moi me livrer à toute ma joie, à tout mon bonheur de me retrouver ici.

l'impér.athice. Et maintenant, Manuel , il ne te rc.stcra dans le cœur aucun ressentiment? lu oublieras que pour toi l’impératrice s’est montrée souvent trop sévère , injuste peut-être , tu oublieras cela, car tu m’aimes, n’est -ce pas?

AIWtiEL, surpris. Ab! ce doute...

l’iupÉR.ATRICE, rivement. Oh! oui, lu m’aimes. . . je connais ton cœur, il est à moi, bien à moi... et pourtant j’ai peu fait pour mériter cet amour que tu m’as gardé. Mais si l’impératrice a parfois oubliée qu’elle était mère, elle s en est souvenue quand elle t'a vu s’tdoigner d’elle le coeur gros de larmes; elle a pensé que dans ton exil lu allais la maudire peutêtre... Un des crimes du comte Jean, voisin, ce fut de nous avoir séparés, d’avoir jeté entre nous la froideur et la discorde.

Tu me crois, n’est-ce pas. Manuel ?

ülAAil’EL, la regardant. Oui, oui, ma mère.

l’impératrice. Et tu m’aimeras, comme si jamais ma voix ne s’était élevée menaçante? comme si toujours j’avais été pour toi, ce que je veux être à l’avenir?

Demain, A Sainte-Sophie, tu me verras à les côtés; lu ne me quitteras plus; tu seras mon orgueil et ma joie. C’est prés de toi que je viendrai eherclicr un bouheur qu’aulrefois je dcmaiiilais vainement au tumulte des fêles; et dans nos entretiens, je t'instruirai pour l’avenir : je te formerai à l’art de régner, car je vcu.v que mon fils soit un jour la gloire de Constantinople...

et tu suivras mes conseils : car tu peux arriver au trône dans un âge oû il te faudra encore une msin sûre pour te soutenir et te guider... cette main, ce sera celle de la mère et pas une autre , n’est-cc pas. Manuel ?

AIANL'EL. A quoi vas-tu songer, ma mère? Je suis, grâce au ciel , encore loin du trône, mais si le d(;slin m’y appelle avant que ma lètc puisse porter laoouronne et ma main le sceptre, c’est à ton amour que je confierai rnu et l’autre.

l’impératrice. Oui, oui je t’aimerai.

Pour toi je gouvernerai l’empire , et par moi tu scraspiiissaut et redouté ; j’écraserai mes ennemis, qui seront les tiens aussi:

l’attacherai tou nom A toutes les grandes choses que je ferai , à moi toutes les fatigues , tous les ennuis, A toi tous les charmes do la puissance. Manuel, pourquoi t’éloignestu de moi ?

HANCEL. Pardonne : tout-A-l’heurc l’cm-

lE BACAim THÈATRAl.

brassais ma mère, maintenant j’écoute l’impératrice.

L’l.MPÉRATKICE,àp(jrt. Défiant toujours.

(Haut.) Knfant ! crois-tu donc que ramour d'une mère ne se prouve que par de \aini s cari'sses? >'os-tu pas a[)pelé 4 régner un jour? et parce que je veux que Manuel soit digne de l’empire, parce que je forme pour Inides rêves d’ambition et de gloire, Manuel s’éloigne de moi. Manuel doute de mon cteur! Ab! pour dissiper ce doute affreux qui déchire mon ame , cruel enfânt , que faut-il donc que je fasse? Je t’ai rappelé quand tu m’avais offensée, je l’ai relevé, suppliant A mes genoux , pour te presser dans mes bras; ils te sont encore ouverts malgré ta froideur; et lu doutes! je courre tes joues de mes baisers , je les baigne de mes larmes... et tu doutes !

MAtVL'EL, émuetf*eméra.ssffnt. Non, non, plus maintenant.

l’impÉRATIIICE, à part y avec impatience.

Ah! il me croirait si j’étais sa mère.

AG.ATIIÈS. Auguste, l’empereur veut te voir avant tou départ.

MAAXEL. Mon départ?

l’impéiiATIIICE. Oui, nous allons quitter le palais dans quelques heures ; on nous attend à Constantinople, be patriarche doit t’interroger, et remperciir veut sans doute le préparer lui-même à ce pieux examen. Va donc le trouver et ne larde pas à venir me rejoindre.

MAXIEI.. Oui ma mère, (f.tti baisant la main.) üh! tu m’as fait bien heureux !

Il sort.

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