SCENE V
, BASILICIN, JEAN.
BASILICIX. Ail! les voilA partis!., j’al bien cru que c’en était fait de moi.,, et sani ton SGCOuri, généreux citoyen...
JKAK. Rends plutôt grâce à rcnipereur,, sans son arriTce...
11ASII.ICIA. Ils te tuaient peut-être aussi.
JE.AN. Oh! ma sie n’est rien... et toutù-l’heurc je l’eusse donnée pour toi sans regret.
UASILICI1V. Merci, magnanime inconnu.
J avoue que pour ma part j’éprouverais quelque peine S te faire un pareil présent ; mais demande-moi toute aiitrceliose pour payer le .secours que tu m’as prêté, et je jure |iar laeourpnnc d’épines de notre seigneur./»
JEAA . vivement. As-lu donc quelque pouvofr ici?
DAüILlCIJI. Oh! il y a dix-neuf ans , je t'aurais fait entrer au sénat pour moÿis que ça, si tu l’avais voulu... tu serais déjà comte ou patriee; et on aurait dit que tu avais rendu un fameux service à l’empire^' à cette époque-lù. Aujourd’hui, je ne puis que l’offrir une place dans les écuries du palais. £s-tu de Constantinople?
JËAA. Non; je suis né à Césarée. J’habitÿis depuis six ans Thessaloniqne , où le npui de Jean était cité, grâce à quelques courses heureuses au Cirque... mais la tille a été prise d’assaut par les infidèles -Arabes, etj’aiété forcé d’en sortir, emmenant avec moi une femme, à qui il faut que je donne du pain, quand je n’en ai pas pour moi.
I!.\SILIC.I\. Ah!
JEAN. J’c,spérais, en arrivant j\ Constantinople, trouver parmi les cochers bleus aide et protection... ils me les ont dnre-t ment refusées. Vainement je les ai supplié s de me laisser concourir avec eux aujourd’hui , dussent-ils me donner à conduire le char le plus lourd et les chevaux les moins agiles, il m’ont repoussé... Désespéré, je venais tenter un dernier effort , quand tes cris m’ont attiré.
IIA.SIUCIN. Ami, cenejerapas en vain que tu m’auras prêté secours. J'y perdrai mon crédit, ou dans deux jours tu seras palefrenier comme moi.
JEAN. Palefremer!
UASIUCIN. Pourquoi cet air dédaigneux?.. après tout, que t’aurait doue v.nlu une course au Cirque? ■>
JEAN. Je ne sais, mais je donnerais dix ans de ma vie pour sentir un char sous mes pieds et deuxbons coursiers dans mes rênes... Oh! si tu pouvais...
Ici bruit au dehors: un biillantcortogc traverse la place ; une riche litière portée par des esclaves et entourée de sénateurs et de grands de l’cmpire pas.M: lentement.
Q.u*€5l-ce rcla? ce brillant corfége csl-il celui elc l’impératrice ? y.
Oh! salue, salue jusqu’à terre... C’est le grand doineHiqiie du pilais, c’eat-ù-dirc le premier ministre...
■C’e.sl l’eunuque Stroiias qu’on porte dans ss litière... Incline-toi donc plu» bas; ilpuureait tourner la tête de ce côté ; et Strozias est tout-puissant.
JEAN, q'd reste debout. Un misérable eunuque jnaiire de l’empire d’Orient!
U.A.SILICIN, se relevant. Parle plus bas, et surtout avec moins d’irrévérencè du favori de l’inipératrice: ne sais-tu pas que depuis la iiais-sancc du jeune Manuel, c’est Slrouâs qui gouverne sons le nomade Léon VI et de Zoé ?
JE\K^ le regardant passer. Quelle pompe!
quel éclat ! Oh! si j’avais pu courir dans le Cirque! - ..J
HA.SU.1CIN, riant. Hc crois-tu pas que cela t’aurait fait devenir César?
JEAN. César, oh! non, et pourtant la prédiction m’avait dit...
EASILICIN, rivement. Hein! on t’a fait une prédiction?., ahi , ahi! comme à moi!
JEAN. Oui, et qui seule a soutenu mon courage... Si je ne m’en fusse souvenu, oh! je n’aurais pas lutté jusqu’aujourd’hui contre la mi-sérc. .. Ecoute, cl ne me raille pas, car il faut que je sois crédule pour n’êtrc pas trop malheureux.*
UASIUCIN, avecintcrlt. Oui, va toujours, infortuné!
JEAN. Au milieu du lac de Thessalonique, je fuyais, foulant aux pieds les morts et les moiiraris qui me fermaient la route, llnvicillard que le fer des infidèles avait atteint et que la fièvre brûlait, m’appela : ide nl’ean,de l'eau, me dit-il.» Uncfonlaine était là jircs de nous, j’étanchai la soifqui desséchait sa poitrine : il reprit quelques forces et me dit, apres avoir allaclié quelque temps sur moi sou regard qui s'élcigtiait ; Tu es malheureux, mai» lu es jeune, tues beau; vas à Constantinople : c’est dans le Cirque que doit commencer la fortune; et la mort à ce ileriiioi' mol vint glacer ses lèvres.
HA.sn.lcix. C’est tout?
JEAN. Oui. »
BASiLiciN. Ami, nous sommes nés sous le même signe.
JEAN. Que vcux-lu dire?
BASILICIN Tu as ton horoscope, j’ai eu le mien aussi... seulement je m’y suis laissé prendre, et toi, tu peux encore t’arrêter si tu profites de mon expérience...
écoute: tu es jeune, crédule... défie-toi des prédictions ; je sais bien que parfois elles s’accomplissent ; mais les sorciers qui nous les font nous en cachent toujours la
LH HAGASltt THLAÏIlAL.
UASIUCIN.
B^niPÉHATMCE BT LA Jüirf.
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moitié; tu TBâen juger. UncTicille femme de Venise, que Satan l.i brttfc jusqu’à la moëlle! m’aï«it juéilU aussi à moi, qui m’enilormaiit un jnur^ir le port de Cons Uiitinoplc, je m’éveillerais noble, riche et puissant... Ce qu’il y as ait à faire pour arriver à I.v prémrtion n’était pas dilllcile. A compter (le cet instant, je m’étuh^ chaque matin sur le port aux galères, cl là je ronflais à moi seul comme les sept donneurs d’Ephèse... tin long Icmpssc passa ainsi, et je ne me réveillais jamais plus riche que je ne m’étais ^dormi, tpiand un jour I * j’emppiciirMichelscpromcnant dece côté, s’arrêta devant moi et me regarda par hasard. Je ne sais quel rêve je fai.sais alors mais ma figure avait, m’a-t-on dit, une, Wc cxprcs.sion de héltilndc, que l’ilhl Sissimecinpereuren rit jusqu’aux larmes, l’ouvris lesyeiW et restaitout confus. Michel m’interrogea : j’eus la mallieiireuse pensée de lui raconter ma prédiction... Par ïaeihus! s’écria-l-il , la vieille aura dit vrai, 1ère toi : Basiliciii, César!
JLV.V. Basilicin 1
R.iSILiCiSi. Oui... l’empereur Basilicin, le soleil d’Orient... il est devant toi... I.c jour même on me présenta au sénat qui vint avec empressement baiser mes brodequins.
JEAI. tiais Michel était ivre.
BASiLICi.V. C’est possible; mais certes, le sénat ne l’était pas; et on me revêtit de la pourpre, et j’eu» un palais, des esclaves et des courtisans... Je prends le ciel à témoin que je fis de mon mieux dans mou nouvel étal; suivant en tout rcxeiuple de mon collègue, je me mettais à table avec lui, je n’en sortais qu’avec lui; comme il buvait sansecife je buvais sans m’arrêter... Nous gouvernions ainsi Iraiiquillrment l’empire, et jusque-là la prédiction allait bien; mais voici ce que la maudite sorciéro m’avait caihc. Une nuit ...sainte Vierge! quelle nuit! on entra dans la salle oi'i nous nom reposions de nos fatigues... mon collègue J laissa la tête , et moi je m’éveillai in-
romplrt, comme tu vois on me .fit
grâce de la vie et on mojeta dans les écuries du palais où je sui.s depuis dix-neuf aw; heureux si mes partisans m’y oublient ;
, et si lu en crois mes avis, jeune homme,
, tu commenceras par où j’ai fini.
, JEtS. Oh! si j avais été à la place...
B.ASILICIX. Je le conseille de le regret- ^ 1er; j'aurais bien voulu être à la tienne.
Bruit au debora.
JE.\x. Ecoule.
A BASatciN. Ce sont les acclamatioDS P lient 1* peuple sadue le* vainqueurs, {
sr.)
1 JE.AH. Et je n’ai pas ma part de es triomphn!
BASlucix. Sainte Sophie ! j’entends cn« oore d’autres cri.s... et ceux là sont descris de fureur^ les bleus le* poussent en .sortant du Cirque... Adieu. *1.
JEAX. Où vas-tu?
nASli.lClX. Ne me retiens pas, ou jo .suis perdu. .
JEAX. Que di,s-tu donc?
I! ASILir.lX. Je dis quo l’empereur, pour assurer la victoire de.s verts, scs protégés , m’a fait conduire aux bleus, au nom de l’impératrice, deux chevaux arabes qu’au palais personne n’a pu dompter; ils auront nus le désordre dans les courses et décidé ainsi le triomphe des verts.
JEAN, l’crsoimc ne les a pu dompter, dis-tii ?
lî.VSiLIGIN. Personne.
JEAX. Basilicin, oh! reste aveu moi et dis aux bleus...
ii.vsiLiClx. Rester? mais ils me tueront. -
JEAN Je réponds de ta vie; demeure, et d’un mot, lu vas pouvoir t’acquitter envers moi.
[ DA.SILICIN. Ils viennent. ^
JBAN. Ne crains rien.