MOTIFS MORAUX ET POLITIQUES
On a pu observer dans tous les pays et dans tous les temps que le despotisme, qui ne veut pas de la liberté, a pour contrepoids la licence. Proscrire la critique, c'est provoquer la satire. Empêchez vos sujets de parler, ils
I. Voir plus loin, p. i32, i33, 144 et 146, ce qui concerne les troubles religieux de Syrie et de Palestine, sous le règne de Justinien.
INTRODUCTION 3i
écrivent. La liberté que vous leur refusez en public, ils la prennent à huis clos. Ils en usent et en abusent. Si vous ne voulez pas qu'ils vous disent vos vérités en face, ils se cacheront pour vous calomnier. Croit-on que si Procope eût pu mettre sans réserve et sans réticence dans ses précédents ouvrages tout ce qu'il savait sur les hommes et les choses de son temps, il eût accueilli si légèrement dans son livre secret des fables niaises, des commérages odieux, tout à fait indignes de la majesté de l'histoire et dont il ne pouvait, du reste, fournir la moindre preuve? Je suis convaincu pour ma part qu'il n'eût point si complaisamment accepté, si malignement mis au jour tout ce qu'il a écrit de la jeunesse et du caractère de Théodora, D'autant que, s'il n'a point inventé ces anecdotes,ilneles savait que par ouï-dire et ne pouvait accompagner d'aucun témoignage sérieux ses scandaleuses
allégations. Comment! Il s'agit de turpitudes sans exemple, qui sont, il nous l'assure, de notoriété publique. La capitale entière de l'empire en a été témoin. Et lui seul nous les rapporte ! Est-il admissible que tous ses contemporains se soient tus et que tous les autres historiens aient ignoré des faits si connus, si monstrueux ?