Chap. XVII
nielle à côté des autres. S^il en était instruit, il est étrange qu^après avoir pardonné à sa femme des infamies et des scandales sans nom, il ne parût pas disposé à la même indulgence pour une faiblesse plus excusable et remontant à bien des années* Procope enfin nous raconte que, lasse de Constantinople, la fille d^Acacius s^était mise un jour à courir le monde ; qu^un certain Hécébole remmena dans la Cyrénaïque, qu'abandonnée par et protecteur^ elle alla chercher aventures à Alexandrie, puis en Syrie, en Paphlagonie, et revint enfin misérable, mourant de faim, à Byzance, où elle eut, dit-il (toujours avant son mariage), recours à son ancien métier pour se créer des ressources ». Je ne m'étendrai pas sur cette odyssée amoureuse, dont il n'est fait mention que dans VHistoire secrète. Que Théodora ait voyagé en Orient, c'est possible, c'est même probable, on le verra plus loin. Un auteur cité par Alemanni, dans ses notes, rapporte en effet qu'elle était dans l'indigence à. son retour de
i. Histoire secrète, ch. ix.
54 CHAPITRK PREMIER
Paphlagonîe. Mais ce n'est pas, d'après lui, à la prostitution qu'elle demanda son pain de chaque jour. On la vit quelque temps, assure cet écrivain, établie sous un portique et travaillant pour vivre à des ouvrages de laine. Ce qui donne du poids à un pareil témoignage, c'est que plus tard, parvenue au trône, Théodora, loin de chercher à faire oublier cette partie de sa vie, voulut qu'il en restât un monument durable. C'est en effet par son ordre et à ses frais que, sur l'emplacement du portique où elle avait filé, du galetas où elle avait souffert du froid et de la faim, fut élevée la magnifique église de Saint-Pantaléon.