LOIS SUR L'ADULTÈRE ET POLITIQUE MATRIMONIALE
Les constitutions que je viens de citer (et notamment les iVbve//e5 1 84 et 117) n'avaient pas seulement pour but de consolider le mariage, mais de le préserver ou de le venger du déshon-
neur. On y vok que la femme adultère, après avoir été dûment flagellée, sera tondue, mise au couvent, et qu'elle y passera sa vie si, au bout de deux ans, son mari ne Ta pas reprise. D'autre part, rhomme offensé ne peut se faire à lui-même justice que dans certains cas spécifiés par la loi ï. En outre, la femme est protégée contre la violence du mari, qui ne peut plus la punir du fouet, contre les fausses accusations d'adultère, contre les traitements indignes et outrageants. C'est là une législation bienfaisante et humaine. Que Théodora y ait pris une grande part, c'est ce qui est probable et ce qui fait sa gloire. C'est sans doute à cette intervention salutaire de l'impératrice en faveur des femmes maltraitées que l'auteur de VHistoire secrète fait allusion, quand il avance (chap. xvii) qu'elle couvrait de sa protection, de parti pris, non seulement les malheureuses^ mais les f«/îdèleSy et avait pour principe de les défendre contre
î . Voy. la Novelle 1 1 7, chap. XY{Si quîs suspicatus fuerit de aîiquo, velle eum pudori uxoris suce illudere). Le mari ne pourra tuer l'amant de sa femme que s'il le surprend in sua domo, aut ipsius uxoris, aut adulteri, aut in popinis, aut in suburbanis.
LA FEMxMt 73
leurs maris. Ce reproche n'est nullement justifié. Ce que Ton peut admettre, sur la foi de Procope, c'est que, disposant d'un pouvoir sans limites, elle se montra parfois autoritaire et dut se mêler indiscrètement d'affaires de ménage qui ne la regardaient pas. Quelques mariages forcés furent son œuvre, et tous ne furent pas bien assortis. Mais j'ai peine à croire, avec son détracteur, qu'en pareil cas il n'y eut absolument dans sa conduite que légèreté, fantaisie et caprice. Marier les gens n'était pas toujours pour elle un simple passe-temps ; c'était souvent un moyen — fort politique — de désarmer certaines hostilités. La princesse Préiecte, dont elle avait refusé la main à Artaban, fut unie par elle à Jean, héritier et neveu de cet Hypatius que les insurgés de Nika avaient proclamé empereur en 532 1. C'était un prétendant réduit à l'impuissance. D'autres fois, c'est au nom de la morale et des
i.Il était fils de Pompéius, frère d'Hypatius, mis à mort avec ce dernier par ordre de Justinien à la suite de la sédition de Nika. (Voy. Procope, Guerre des Perses y liv.I, ch. XXIV, XXV ).
convenances sociales qu'elle intervenait dans les familles, non sans quelque violence, je dois en convenir. Procope cite deux femmes veuves, du rang le plus distingué, qu'elle contraignit à épouser deux hommes de la plus infime condition.
Mais il avoue que leur conduite avait fait scandale et reconnaît que par la suite leurs maris furent par elle comblés d'honneurs et de bienfaits'. Il n'y a guère de quoi s'indigner et crier à la tyrannie.