DANS QUEL ESPRIT THÉODORA PRIT PART AUX QUERELLES RELIGIEUSES
Mais enfin, me dira-t-on, il est avéré que Théodora ne resta pas toujours étrangère aux troubles religieux, qu'elle y intervint, parfois même fort activement. En jouanc un rôle si militant, n'a-t-elle pas mérité les sévérités de ses historiens? Sans doute il lui arriva de se jeter, à plusieurs reprises, dans la mêlée. Mais c'est peut-être ce dont il faut le plus la louer, car c'était, non pour attiser le feu, mais pour l'éteindre, non pour exciter les partis, mais pour les adoucir et les réconcilier. Elle se préoccupa toute sa vie, à ce qu'il semble, de rétablir la paix religieuse troublée depuis si longtemps et dont la restauration eût préservé l'empire de la ruine. On ne voit pas qu'elle ait jamais pris part
I . Évagre, liv. IV, ch. ii. — Libératus, ch. ii. — Théophane^ année 640 ; etc.
LA CHRÉTIENNE ibj
à ces guerres de l'Eglise par pur caprice, par intérêt personnel, ni même pour faire prédominer ses plus chères croyances. Il ne s'agissait pour elle, en pareil cas, que du bien public. Il faut noter tout d'abord que, devenue impératrice, elle s'étudia toujours à ne pas se montrer ouvertement favorable à la secte eutychienne. Victor de Tunes, son ennemi, nous dit bien qu'elle était hostile aux décrets du concile de Chalcédoine ; mais il ajoute qu'elle l'était en secret. Il me semble, en examinant de près les actes de Théodora, ' qu'elle avait surtout à cœur d'adoucir, de ramener à la clémence l'âme de Justinien, si malheureusement portée à la rigueur contre les hérétiques. Elle pensait avec raison que la tolérance serait plus profitable à l'empereur et à l'empire que la persécution. Un pape de ce temps-là, Jean II, le pensait aussi. Ce pontife, qu'on ne saurait accuser d'hérésie, estimait que les hérétiques seraient plutôt ramenés par la douceur que par la violence, a L'Église, écrivait-il à Justinien en 534, ne repousse jamais de son sein ceux qui reviennent à elle. J'en supplie donc Votre Clémence,
s'il est de vos sujets qui, renonçant à leurs erreurs et à leurs mauvaises intentions, veuillent rentrer dans l'unité de la foi, recevez-les dans votre communion, écartez d'eux l'aiguillon de votre colère et pour l'amour de nous accordez-leur vos bonnes grâces ». » Si le pape tenait ce langage, pourquoi l'impératrice n'eût-elle pas, de son côté, recommandé à son époux la clémence et, au besoin, la conciliation ? C'est elle, sans nul doute qui, à certains moments, fléchit cette âme dure et fit consentir à discuter avec ses adversaires un homme qui d'ordinaire ne savait que les frapper. Justinien, dont j'ai cité plus haut tant de mesures cruelles contre les sectes, n'eût jamais, et surtout dans les premières années de son règne, fait appel de lui-même à la libre discussion. Nous voyons cependant qu'en 533 une sorte de colloque religieux fut autorisé par lui à Constantinople, entre catholiques et eutychiens. Cinq évêques orthodoxes, six prélats de la secte de Sévère et un grand nombre de prêtres de l'un et l'autre parti