‹ L'impérialisme américainChapitre 10 sur 13 · FORMATION HISTORIQUE DE L IMPERIALISME · texte numérisé non relu

FORMATION HISTORIQUE DE L IMPERIALISME

ment partagées entre ies puissances européennes. Mais plus importantes sont, plus au Nord, les grandes Antilles : la future route du japon et de la Nouvelle-Zélande touche à San Juan de Porto-Rico, passe à l'Est de Cuba.

Voilà pourquoi l'Espagne était de trop aux Antilles, pourquoi, dans Cuba « libre », les Etats-Unis se sont fait réserver des stations de charbon et une sorte de droit permanent d'intervention.

Voilà pourquoi nous retrouvons l'action des États-Unis dans tous les troubles qui éclatent à Haiti ou à Saint-Domingue. Toutes les Antilles européennes sont plus ou moins menacées par les visées américaines, La philanthropie yankee ne s'est-elle pas prise d'un bel amour — quelque peu suspect — pour les victimes de la Martinique? Et hier encore, les Etats-Unis n'ont-ils pas négocié l'achat des Antilles danoises ? Leurs visées vont si loin que, périodiquement, quelque journal impéria- ' liste annonce que la France veut leur vendre Saint- Pierre-et-Miquelon ! — Nous voilà cependant à bien des lieues de l'Isthme.

De façon ou d'autre — par la douceur, s'il se peut, par la force, s'il le faut — les Etats-Unis veulent le contrôle de la route New- York-Sydney. En même temps qu'une flibusterie du trust des sucres, la guerre contre l'Espagne a été une opération stratégique à longue portée, un épisode de la prise de possession du Pacifique.

Caractères de l'impérialisme américain

L'extension de l'horizon politique américain, les succès de la politique américaine ont déterminé la formation d'un état d'esprit nouveau dans la patrie de Washington. Au patriotisme légitime des citoyens d'une nation libre s'est superposé un chauvinisme intempérant, provocant, insolent. Un journalisme spécial — journaux à gros tirage — qu'on appelle là-bas le journalisme jaune, se charge d'exaspérer ces sentiments. 11 vante les partisans de la politique de « l'aigle aux ailes éployées », il entonne à tout propos et hors de propos l'hymne national : « Bannière semée d'étoiles 1 » 11 exige que cette bannière intervienne partout, qu'elle soit partout au premier rang. Persuadé que l'Amérique est la plus grande des nations, que les lois américaines sont les meilleures des lois, le «jaune » en arrive à croire que le globe ne sera heureux que le jour où les « étoiles et les raies » flotteront sur la terre entière. Ce qu'il rêve, ce n'est plus seulement la « yankisation » du Nouveau continent, c'est « l'américanisation » du monde. — Cette nation, s'écrie un évêque catholique américain, Mgr Ireland, sera « la reine, la conquérante, la maîtresse, l'institutrice des siècles à venir ».

Cette frénésie est-elle imputable à ces nouveaux éléments, celtes, latins, germains ou slaves, que l'immigration j,ette depuis si longtemps par millions sur les plages américaines? Quiconque veutyrésis-^

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ter, quiconque, fidèle aux traditions calmes et dignes de la vieille Amérique anglo-saxonne et puritaine, proteste contre ce patriotisme tapageur, la presse jaune tout entière le dénonce comme un itumvaïs Américain. « Partout où flotte notre drapeau, disait un sénateur en demandant l'annexion des Hawaï, soit par droit de conquête, soit par le consentement du peuple qui le laisse arborer, là il doit rester; et le parti ou les hommes qui proposent de le retirer auront à compter avec la grande masse de la nation américaine, qui croit que c'est le meilleur drapeau du meilleur gouvernement qui existe et qu'il est plus capable d'apporter au pays sur lequel il flotte la paix et la prospérité que n'importe quel autre drapeau de n'importe quel autre gouvernement sous le ciel ».

Presque tous les partis sont d'accord sur ce point. A distance, le président Roosevelt nous apparaît comme le porte-parole de ce chauvinisme exalté. Il est plutôt, dans son propre parti, un modéré. Et si le parti républicain est par exceUence un parti impérialiste, il ne faut pas croire que les démocrates soient exempts de la tare « jaune ». Us peuvent bien, pendant les campagnes présidentielles, protester contre les visées ambitieuses et les paroles grandiloquentes des gouvernants actuels, au tond ils pensent comme eux ; ils ont, avec eux, fait la guerre de Cuba; et, lorsqu'ils parlent démettre les Philippins en république, ils ne croient pas le premier mot de ce qu'ils disent. Les associations C

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qui, suivant les besoins de leur tactique, soutiennent de leur vote tantôt les républicains tantôt les démocrates, sont avant tout protectionnistes, hostiles à l'immigration, encore plus hostiles à l'élément chinois qu'elles veulent expulser des Philippines comme elles l'ont expulsé de ['Union, Les « populistes » sont-ils moins impériahste's, eux qui avaient inscrit sur leur bannière l'étalon d'argent, le triomphe légal du- métal américain? Soutenus par les trusts miniers de Nevada, ils auraient, bien plus complètement que les républicains, opposé l'Amérique, mono métal] iste-argent, au reste du monde, de plus en plus monométalliste-or. La victoire des républicains a été la victoire de l'étalon d'or, c'està-dire une victoire pour la cause des bonnes relations internationales. Mais en consolidant la situation financière de la République, elle a encore donné à l'impérialisme de nouvelles forces.

Deux citoyens américains sont-ils capturés, au Maroc, par quelque « roi des montagnes »? Toute autre nation se serait contentée de négocier le rachat de ses. nationaux. Mais « l'aigle aux ailes éployées » n'admet pas qu'on lui manque de respect ; une escadre américaine vint s'embosser devant Tanger, et sans l'intervention discrète de la France, les obus américains auraient parlé.

Avouons-le, cet impériaUsme envahissant et audacieux ne s'emploie pas toujours a de mauvaises causes. Il a la prétention d'être un impérialisma

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