‹ L'impérialisme américainChapitre 9 sur 13 · FORMATION HISTORIQUE DE L IMPERIALISME · texte numérisé non relu

FORMATION HISTORIQUE DE L IMPERIALISME

financiers, leurs manuels d'agriculture et leurs systèmes d'éducation. Les syndicats ouvriers des Etats-Unis dirigeraient sur Bogota ou sur Vaîparaiso leurs chômeurs, qui apprendraient aux naturels leurs bonnes méthodes de travail. Au besoin, « l'Oncle Sam » pousserait la générosité jusqu'à expédier chez ses neveux quelques politiciens en disponibilité, chargés d'enseigner aux Chambres de La Plata ou de Petropolis comment on fait de bonne politique américaine, Washington deviendrait la capitale d'un continent ; des congrès périodiques y resserreraient le Uen entre tous les Américains. Et alors, gare à l'Europe !

C'est ce que l'on démontra, en 1889, aux délégués du premier congrès panaméricain . Mais lesdélégués s'aperçurent qu'on leur demandait, en somme, s'ils voulaient être mangés à la sauce yankee. Ils la trouvèrent un peu piquante. L'exposition panaméricaine de Buffalo ne réussit pas davantage à les convaincre.

Ils ont même essayé de se défendre contre le panaméricanisme entendu à la mode yankee. En 1901, ce furent les seuls États de l'Amérique latine qui se réunirent à Mexico. Ils entendent invoquer la primitive doctrine de Monroë — en somme le principe de non -intervention — contre leurs trop puissants protecteurs, lis se sont même rapprochés de leur ancienne métropole, l'Espagne, afin d'opposer le sentiment de leur communauté de race à l'anglo-

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saxonnisme envahissant. Leitpanibêrisme». combat le panaméricanisme.

L'an dernier, le haut territoire de l'Acre, situé sur les confins de la Bolivie, du Brésil et du Pérou était disputé entre les trois n~ations. Les Américains résolurent de mettre les trois plaideurs d'accord. Un ■syndicat américain voulut acheter de la Bolivie le droit exclusif d'exploiter TAcre, qui est riche en caoutchouc. Cette entreprise mi -fi nanti ère mi-commerciale était la première tentative faite ouvertement pour s'implanter dans le continent du Sud. Heureusement, parmi les disputants, se trouvait au moins une puissance avec laquelle les Etats-Unis sont bien obligés de compter ; le Brésil. L'affaire échoua.

Cet exemple le montre : ce n'est pas seulement au point de vue politique, c'est encore au point de vue économique que la mainmise des États-Unis sur l'Amérique latine a échoué. iVlalgré l'installation à Washington d'un « bureau des républiques américaines », la publication d'excellentes brochures, l'envoi de missions commerciales, l'Amérique du Sud reste surtout une cliente de l'Europe et des capitaux européens.

11 ne faut pas oublier que, dans l'état actuel des lignes de navigation, la route la plus rapide de Ncv.--YGrk à Buenos-Ayres passe par Bordeaux, Lisbonne ou Dakar. Aussi l'Amérique du Sud ne représente-t-eile que 11,02 p. 100 du commerce des États-Unis à l'importation, et seulement 2,79a l'ex-

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portation. Ils sont donc loin de trouver de ce côte un débouché important.

, La « yankisation » des Amériques n'est pas faite. Sur certains points cependant, il semble qu'elle se fera.

La fiction qui fait de !a République canadienne une colonie britannique ne durera pas éternellement. C'est déjà aux États-Unis que le Canada trouve son marché le plus important pour ses bois et ses pulpes de bois. Ses usines, ses chemins de fer, ses banques marchent en très grande partie avec des capitaux américains. Il y a plus : les régions nouvellement ouvertes à la colonisation dans VOuest canadien sont le théâtre d'une véritable invasion yankee, se chiffrant par 80.000 individus en un an. Fermiers de la Nouvelle-Angleterre qui ont été chassés de chez eux par l'expansion des Canadiens-français, colons de l'Ouest américain qui n'ont pas réussi au gré de leurs désirs, immigrants qui n'ont pu trouver place dans les Etats surpeuplés de la côte atlantique, c'est toute une armée qui se précipite pacîTi' quement sur le Manîtoba et le Saskatchewan. attirée par le bas prix du sol et les hauts rendements de la terre. Or ces nouveaux arrivants deviennent rapidement électeurs canadiens; imbus d'idées américaines, journellement gênés par l'existence d'une ligne de douanes entre leur ancienne et leur nouvelle patrie, ils forment au Canada un parti annexionniste. A ces tendances yankees résiste le « loya-

lisme » des Franco-Canadiens, qui craignent .de perdre leur nationalité le jour où la province de Québec ne serait plus qu'un « État » comme les autres, perdu dans la Fédération américaine. IVlais la métropole ne fait que peu de chose pour entretenir , ce loyalisme.

Jadis, elle a sacrifié les intérêts canadiens lorsqu'il a fallu débattre avec les États-Unis la frontière entre Qjiébec et le Maine. Elle a cédé aussi dans la question de l'Orégon, Quand les territoires américanocanadiens de l'Alaska et du Klondike ont cessé d'être des « arpents de neige » pour devenir des champs d'or, un nouveau conflit a surgi entre le Canada et les États-Unis : il s'agissait de savoir lequel des deux posséderait les meilleures voies d'accès vers ce nouvel Eldorado. Dans la commission arbitrale, le commissaire impérial britannique a fait pencher la balance du côté des Etats-Unis. L'Angleterre savait que ceux-ci, grisés par le succès, étaient parfaitement capables de faire la guerre si l'arbitrage tournait contre eux; le Canada ne pouvait que se plaindre. Entre les menaces de « frère Jonathan » (i) et les criaillerîes de « Jean- Baptiste » (2), la métropole n'hésita pas. Mais les Canadiens finiront peut-être par trouver un peu stérile l'honneur d'appartenir au plus grand empire du globe. Une fusion, plus ou moins complète.

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avec leurs voisins leur serait facilitée par la communauté des institutions.

Comme le Canada au Nord, le Mexique au Sud est fortement menacé par l'expansion américaine. Les lignes qui traversent les États-Unis du Nord au Sud se prolongent jusqu'à Mexico. L'an dernier, une sorte de grand complot financier avait été tenté par les banques de New- York pour faire passer tous les chemins de fer mexicains Sous le contrôle américain : ces banques, suivant la formule des trusts, auraient acheté 50 p. 100 du capital des diverses compagnies. Le complot fut éventé et il échoua: l'État, ayant acheté les actions disponibles, conserve la liberté de ses transports. Si les New-Yorkais avaient réussi, c'en était fait de l'indépendance du Mexique.

Cette indépendance est défendue par les capitaux européens, les entreprises européennes, les colonies européennes. Et les Français jouent, à ce point de vue, un rôle de premier ]ordre. Mais déjà, sur une importation totale de 75 millions de dollars. le Mexique achète pour 42 millions de produits américains, et vers les États-Unis s'écoulent plus des 6/8 de son exportation. 11 est d'ores et déjà sous la dépendance économique de ses voisins : il en reçoit des directeurs d'usines électriques, des tapissiers, des quincailliers, des épiciers, etc., qui font reculer devant eux la concurrence européenne. Qye sera-ce le jour prochain où le Mexique se trouvera enserré entre la frontière américaine au Nord, le canal amé-

ricain et les Etats plus ou moins « américanisés i de l'Amérique centrale au Sud?

Les colonies et Cuba

L'échec partiel du « panaméricanisme» a conduit les États-Unis à se créer des colonies : débouchés privilégiés pour leurs produits manufacturés; marchés privilégiés pour les produits tropicaux et les denrées coloniales dont ils ont besoin. Leurs usines, comme les nôtres, réclament des quantités croissantes de caoutchouc. Le Yankee est, encore plus que l'Anglais, grand mangeur de sucre et de sucreries. La question du sucre a joué un rôle de premier ordre dans l'expansion coloniale des Amé-

lls ont d'abord cherché leur usine à sucre aux iles Hawaï, Puis lùrsque les grandes sociétés sucrières eurent multiplié leurs établissements dans l'archipel, on déposa les souverains indigènes et l'on éleva, le 14 juin 1900, les Hawaï au rang de « territoire », afin de pouvoir les faire rentrer dans le système douanier américain.

Cuba, entre autres mérites, avait pour les Américains celui d'être un des principaux producteurs de sucre de canne du monde. — Sur un total de 8 millions de tonnes, production sucrière du globe, la canne figure pour moins de 3 millions, dont 670.000 fournis par Java, 500 par Cuba, 340 par la

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côte Sud des États-Unis, 540 parles Hawaï. Si à la Louisiane et aux Hawaï on réussit à joindre Cuba, cela fait plus d'un million de tonnes américaines. Ajoutez-y Porto-Rico, les Philippines, le sucre de betteraves des États du Nord, et les États-Unis sont maîtres d'une partie importante du marché des sucres, en état d'influer sur les prix, de jouer à la hausse ou à la baisse. Et voilà pourquoi ie trust des sucres fut l'un des principaux auteurs de la guerre hispano-américaine. Voilà pourquoi Porto- Rico, sans l'ombre d'un prétexte, a été annexé à l'Union. Voilà' pourquoi Cuba est devenue « libre ».

Pendant quelque temps, les protectionnistes américains émirent la singulière prétention de considérer ces dépendances comme de simples déversoirs de l'industrie américaine, sans concéder réciproquement à leurs produits la Ubre entrée aux États-Unis. La Cour suprême fabriqua même à cette occasion une théorie en vertu de laquelle Porto- Rico était un territoire américain sans l'être, soumis aux États-Unis sans jouir des garanties constitutionnelles des territoires des États-Unis. Cela ne pouvait durer : l'union douanière est aujourd'hui un fait accompli, et un traité de réciprocité a été conclu avec la République de Cuba. Les Yankees n'ont pas à le regretter. De 1902 à 1905, leur importation à Cuba vient de doubler. A Porto-Rico le chiffre des échanges avec les États-Unis a passé ■ de 20 à 110 millions de francs.

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Comment tes Américains coionisent

11 faut rendre aux Américains cette justice : lorsqu'ils prennent une colonie, c'est avec une brutalité, un mépris des formes qui dépasse les flibusteries européennes les plus éhontées. L'explosion, peut-être accidentelle, d'un de leurs navires leur a suffi pour expulser l'Espagne du Nouveau- Monde, et l'histoire de la répression des révoltes philippines est un tissu d'horreurs. Mais une fois installés, ils se hâtent de mettre en valeur le pays conquis, pour le plus grand bie'n de la population indigène.

Dans ces pays, que les gouverneurs et les moines espagnols avaient soigneusement tenus à l'écart de la civilisation, les capitaux américains ouvrent des routes, des chemins de fer, construisent des ports, améliorent des procédés de culture vieux de quatre siècles, introduisent de nouvelles méthodes industrielles. En un an, la production porto-ricaine de sucre passe de 60 millions de kilogrammes à 100, et l'on espère que ce chiffre va monter à 200 ou 250 au fur et à mesure que la charrue d'acier remplace le couteau monté sur un manche de bois, que les usines à vapeur remplacent les usines actionnées par des bœufs. 11 en est de même du café et du tabac.

Aux Philippines, le problème était particulièrement délicat. Il y avait là 7 à 8 millions d'indigènes appartenant aux races les plus diverses et parfois

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les plus sauvages. On n'hésita pas à y installer le gouvernement civil; une commission d'enquête parcourut l'archipel, interrogeant les populations. Et, à mesure que les îles se pacifient, on y établit un régime d'autonomie locale qui associe de plus en plus les indigènes cultivés à l'administration de leur territoire. Les Américains sont récompensés de leur générosité par une amélioration des cultures de tabac, de chanvre de Manille, de sucre, de caoutchouc, etc., et par un accroissement de la consommation des denrées américaines dans ces îles.

La question du Pacifique et l'Extrême-Orient

En dehors de leur valeur économique, les nouvelles acquisitions américaines ont une valeur de position.

Autrefois, les États-Unis étaient avant tout une nation atlantique, riveraine de l'Océan, face à l'Europe. On savait vaguement que derrière cette façade s'étendait un arrière-pays; derrière cet arrière-pays, un Extrême-Ouest par où l'on arrivait au Pacifique, mer inconnue, fossé insondable entre le Nouveau-Monde et la partie extrêmeorientale de l'Ancien. Par la circumnavigation autour du cap Horn et par les chemins de fer transcontinentaux, San-Francisco n'était qu'un poste avancé, enfant perdu de la civilisation blanche vers l'Ouest.

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■ Tout cela est changé- Le développement très rapide des trois États du Pacifique — Wasliîngton, Orégon, Californie — en a fait un élément important de l'Union, une sorte de soiis-natîon jeune, active, ambitieuse. San-Francisco est devenu un port d'attache pour [a Sibérie, le Japon, la Corée, la Chine, les Indes insulaires, l'Australie. Au Nord de San-Francisco, d'autres ports, Puget-Squn(i|). Seattle, se chargent de pourvoir les régions septeii-' trionales. Tout un réseau de relations nouvelles s'entrecroisent aujourd'hui sur « l'Océan silencieux » : ce fossé devient, comme l'Atlantique^ un carrefour de peuples, une mer historique.

Tandis que de plus en plus les États-Unis penchaient vers l'Ouest, de plus en plus les nations européennes, par Hong-Kong, par notre Indo- Chine, par le Transsibérien, par la colonie allemande du Chan-Toung, s'étendaient vers l'Est. La rondeur de la terre fait que ce qui est pour les Américains l'Extrême -Occident est pour nous l'Extrême-Orient. Voilà les deux morceaux de l'humanité blanche appelés à se rencontrer. Où est cette doctrine de Washington, qui interdisait aux États-Unis les alliances européennes? Où cette doctrine de Monroë, qui leur réservait un hémisphère, mais les enfermait dans cet hémisphère?

Ttii'fêteW conilit, tantôt en accord avec les grandes puissances européennes et la nouvelle grande puissance asiatique, ils interviennent en Corée, puis en Chine. Ils veulent maintenir !a

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Chine ouverte aux locomotives américaines, au blé et au maïs américains. Ils imposent aux belligérants le respect de « l'entité administrative chinoise ». Qye deviendrait San-Francîsco si la Chine était fermée au libre trafic?

Russie, Japon, Etats-Unis sont à l'heure actuelle les trois puissances dominantes du Pacifique Nord, Mais, tandis que le petit Jap et l'ours moscovite se querellent, oncle Sam regarde : au lendemain de ia lutte, San-Francisco nourrira les Japonais affamés, San-Francisco remplacera les rails usés du Transsibérien.

Dans cette mer où se dessinent des routes, tous les peuples ont voulu se réserver des postes d'observation, points de croisement, ports de refuge, dépôts de charbon. Tel récif de corail qui dépasse à peine le miroir des flots, dont toute la richesse consiste en une ceinture de cocotiers, acquiert tout à coup une valeur nouvelle.

Comme à la France, à l'Allemagne, à l'Angleterre, il fallait aux États-Unis des stations dans le Pacifique. Les Hawaï ne sont pas seulement une usine à sucre. Aj.Sooliilomètresde San-Francisco, Honolulu, le port des Hawaï, est la clef des routes du Pacifique : de là une ligne bifurque vers Sydney, une autre vers Manille, une autre vers Yokohama et Vladivostok. Plus à l'Ouest, les États-Unis se sont réservé l'une des Samoa, Toutouila; plus à l'Ouest encore, l'une des Carolines, la mieux située,

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Guam. Enfin Manille vient compléter cette chaîne de postes américains, qui va de la Californie à la Chine méridionale, et dont les chaînons sont aujourd'hui reliés par un câble télégraphique américain — le premier en date qui ait traversé l'Océan Pacifique.

L'entrée des Etats-Unis dans le ^Pacifique est un des faits capitaux du début du vingtième siècle.

La question du Canal

La question du Canal, il faut le reconnaître, est avant tout pour les Etats-Unis une question nationale. L'épaisseur d'un continent sépare New- York de San- F ranci SCO, et le chemin de fer qui unit ces deux villes doit gravir les montagnes rocheuses à plus de 2.000 mètres. Les frets entre ces deux villes sont si élevés que certaines marchandises préfèrent encore aller de l'une à l'autre par voiliers, en passant par le cap Horn.

Tant que les territoires de l' Extrême-Ouest ne s'étaient pas développés, les Américains n'accordaient à la question des Isthmes qu'une très médiocre attention. A peiné la Californie commença-t-elle à prospérer, ils firent savoir au monde qu'ils ne toléreraient pas, sur les routes îsthmiqucs, d'autre contrôle que le contrôle américain. Tout canal isthmîque est pour eux une partie de la route de mer de New- York à San-Francisco.

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Contre cet intérêt national évident se sont coalisés, en Amérique même, des intérêts particuliers. Les actionnaires des chemins de fer transcontinentaux savent qu'ils ne seront plus les maîtres te jour où ils seront" concurrencés par une route maritime. Aussi ont-ils mis en œuvre toutes les forces dont ils disposaient au Congrès pour faire manquer l'affaire. Ils ont presque inventé le projet du Nicaragua, qu'ils savaient irréalisable, pour détourner l'attention du Panama. — JWais, malgré leurs tentatives de corruption parlementaire, ils n'ont pu empêcher de triompher cet axiome : «Nous voulons un canal américain, par des Américains, pour des Américains. »

Les États-Unis ont soigneusement écarté l'intervention de l'Angleterre. Ils ont fait échouer la compagnie de Panama parce que c'était une œuvre française. Ils lui ont racheté le canal contre 200 millions de francs, non pour le donner à des compagnies américaines, mais pour en faire une entreprise d'Etat, une propriété fédérale. La Colombie, souveraine de l'isthme, montrait des velléités de résistance. Elle refusait de ratifier le traité de cession. Mais tout d'un coup, comme par hasard, la province de Panama éprouva le besoin de se séparer de la Colombie, et les États-Unis interdirent a la Colombie de réprimer cette sécession. Ce que le Nord a fait en 1865, la Colombie n'a pas le droit de le faire en 1904. Nouvelle extension de la doctrine de Monroë ; ce n'est plus seulement

l'Europe qui n'a pas le droit de réprimer les révoltes de ses dépendances américaines; les républiques américaines n'ont pas davantage ce droit — quand ces révoltes sont favorables aux États-Unis.

La nouvelle République de Panama a donné tout ce qu'on lui demandait. Pour 50 millions elle a . cédé aux États-Unis la bande de terre nécessaire au creusement, plus les deux ports d'accès. Les États- Unis seront maîtres du canal, d'une mer à l'autre. Par une délicieuse ironie, ils seront chargés de le défendre, d'en garantir la neutralité. Ah! le bom billet qu'a l'Europe! — Le canal sera vraiment une partie du littoral des États-Unis.

11 sera autre chose encore. — Actuellement l'Océan Pacifique n'a qu'une porte, celle de Singapour, si l'on néglige le chemin détourné du cap Horn. Et Singapour est la sortie d'un long couloir qui commence à Suez. Mais demain, le Pacifique aura une porte de l'Est, par où passeront les vapeurs de Liverpool, de Brème, de Rotterdam, du Havre.

Or, cette porte a un vestibule. Le futur canal ne s'ouvrira pas de plain-pied sur l'immensité de l'Atlantique. Un rempart presque continu d'îles et de récifs, tendu en arc de cercle du Yucatan aux Guyanes, enclôt une véritable Méditerranée américaine. Qiii surveillera cette « antichambre » du Pacifique?

Les petites Antilles, celles du Sud, sont actuelle-

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