‹ L'impérialisme américainChapitre 12 sur 13 · DES ETATS-UNIS 1 I I · texte numérisé non relu

DES ETATS-UNIS 1 I I

mite, les plus puissantes maisons de Brème ou du Havre.

Voilà le « périt américain ».

Essayons de l'analyser froidement, comme si nous n'étions ni « Européen » ni « Américain », comme si, de l'étoile Sinus, nous nous donnions l'amusant spectacle des agitations de cette fourmilière que nous appelons pompeusement « la Terre».

Et d'abord, dé bar tassons- nous de la conception fataliste en vertu de laquelle le progrès de l'humanité se produirait nécessairement, éternellement, d'Est en Ouest.

Sous prétexte que le petit fri^ment d'humanité auquel nous nous vantons d'appartenir semble avoir pris son origine en Chaldée; que la civilisation méditerranéenne, passant de l'Egypte et de la Phénicie à la Grèce, à l'Italie, à la Gaule, à la Grande-Bretagne, s'arrêta longtemps devant les brumes mystérieuses des mers occidentales ; qu'enfin nos frères de sang et de culture peuplent aujourd'hui l'autre rive de l'Atlantique, poussent leurs charrues à travers les prairies de l'Ouest, vont tailler la vigne ou le figuier sur le revers des monts de l' Extrême-Occident, nous en concluons un peu vite que le progrès se déplace dans le sens inverse des aguilles d'une montre, en une marche réglée sur le cours apparent du soleil.

Mais que de faits contraires! Qjiand ce ne serait que la tente et régulière poussée des Russes ver»

DE L IMPERIAUSME AMERICAIN

l'Est, le long serpent qui déploie ses anneaux — rails, soldats, fonctionnaires, moujiks — de Perm à Vladivostok et à Port-Arthur

Qw'est-ce, d'ailleurs, que cette notion vieillotte d'une civilisation qui se transmettrait comme un flambeau, et qui laisserait retomber dans la nuit les rivages qu'elle vient .d'éclairer? Pourquoi supposer que la civilisation américaine ne peut vivre que si la nôtre meurt? Faudra-t-il que la divine lueur fasse le tour entier du globe, et qu'avant de se rallumer un jour sur notre Europe redevenue barbare, elle se soit éteinte successivement sur les deux rives du Pacifique et à travers les plaines de l'Asie? et recommencera-t-elle éternellement, feu follet de l'humanité, sa course vagabonde et inutile? Pourquoi ne pas prévoir un état où les diverses parties du globe, diversement, mais également civilisées, formeront entre elles un harmonieux équilibre?.

T.e péril américain est-il vraiment un péril politique? A chaque nation de s'armer de son mieux contre les surprises possibles.

L' *( américanisation » de l'Europe ne se fera pas si les Européens savent garder leur poudre sèche. On a vu la flotte yankee bloquer Tanger, Smyrne et Beyrouth; on ne l'a pas encore vue, malgré les allures de matamores que prennent parfoisses amiraux, bombarder les ports où elle savait qu'elle trouverait à qui parier.

Un autre moyen de préparer la paix, c'est de réduire le nombre des conflits. Or les États-Unis —

c'est une justice à leur rendre — ont montré qu'ils étaient très disposés à recourir à l'arbitrage, à soumettre leurs litiges à un tribunal international. Profitons (sans nous y fier trop naïvement) de ces bonnes dispositions .

Une chose, malgré tout, reste évidente : Une nouvelle période s'ouvre dans l'histoire de l'humanité, L'Europe ne peut plus maintenir intacte son ancienne suprématie. Qu'elle n'espère plus exercer la dictature de la planète. Cette dictature trouvait autrefois sa justification dans la supériorité unique de la civilisation européenne. Mais d'autres peuples sont nés qui ont droit, comme l'Europe, à leur part d'influence. Qji'ils soient de l'Ouest, de l'Est ou du Sud, il faudra désormais compter avec eux.

Ceci concédé aux faiseurs de prophéties désespérantes, que l'Europe ne s'exagère pas le péril. Même le péril éconopiique n'est pas si noir qu'on le fait.

Il est des marchés qui ne s'ouvrent guère aux Yankees, tel celui de l'Amérique du Sud, Expositions, commissions, congrès ont eu, beau se multiplier, les Républiques latines se méfient. Ces républiques n'accepteraient une union douanière avec les États-Unis que si cette tutelle économique avait pour conséquence une garantie financière, en un mot si l'oncle Sam, en véritable « oncle d'Amérique », s'engageait à payer les dettes de ses nièces prodigues.

Le chemin de fer transaméricain n'est pas fait; la locomotive ne roulera pas de sitôt de Chicago à Buenos-Ayres. Le Canal lui-même n'ouvrira au commerce américain que la partie septentrionale de la côte ouest de l'Amérique du Sud. Il battra sans doute les Anglais et les Allemands dans l'Equateur et au Pérou; il ne pourra que lès concurrencer au Chili ; il ne vendra pas pour un dollar de plus à la Plata ni, à plus forte raison, au Brésil.

Des différences de race et de culture s'opposeront aussi à cette yankisation économique de l'Amérique du Sud. C'est une Amérique vraiment latine. Elle se « latinise » de plus en plus par l'apport incessant des Italiens qui arrivent par centaines de mille dans le Sud-Brésil, par les colonies italiennes et françaises de l'Argentine. Les Allemands du Sud-Brésil n'altèrent pas ce caractère latin, tout au moins n'accélèrent-ils en rien l'américanisation du pays, et ils contribuent à créer une demande croissante pour les produits de l'Europe. — Même dans l'Amérique du Nord, existe un groupe de populations de langue romane chez qui la France peut s'ouvrir un marché très extensible. Ce groupe fait partie d'une nation qui demande encore une quantité respectable de produits anglais, donc euro-

II est des marchés qui se fernieronî aux importations américaines parce qu'ils deviendront producteurs. 11 n'est pas sûr que le Canal voie passer, dans dix ans, plus où même autant de locomotives

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