‹ L'impérialisme américainChapitre 3 sur 13 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Le Bol amérioain

Les treize États qui formaient en 1 78} la Fédération primitive comprenaient uniquement la côte atlantique entre le 30' et le 45' degré de latitude Nord, et le pays immédiatement en arriére. Franchissant à peine les chaînons boisés des Alleghanies et des Appalaciies, le territoire américain s'arrêtait aux lacs Ontario et Erlé, au cours supérieur de l'Ohio. Non seulement les pays de l' Extrême-Ouest, mais le sol où s'élèvent Chicago, Saint-Louis. Nouvelle- Orléans n'appartenaient pas aux États-Unis. Au sud, la Floride était encore espagnole.

Dans cet espace restreint, on distinguait déjà nettement deux régions. Au nord, la Nouvelle- Angleterre, le pays colonisé dès le début du dixseptième siècle par des puritains anglais (1), qui étaient venus chercher par delà l'Océan un libre

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e de la Bibie, ne voulaient pas se soui e, à l'fpiscopat anglican. Persécutés par ils s'embarquèrent pour l'Amérique premier s'appelait FUur-dt-Mai.

asile pour leur foi religieuse. On y joignait une ancienne colonie hollandaise, la Nouvelle- Amsterdam devenue New- York. C'était un pays assez semblable à cette Europe que les émigrants avaient quittée. Les hivers y étaient plus froids, les étés plus chauds, mais on y pouvait cultiver sensiblement les mêmes plantes. Pays de céréales, de forêts et d'élevage, de fermiers et de bûcherons, pays de moyenne propriété, de travail libre et d'institutions démocratiques. Déjà s'y accusait un développement rudimentaire de l'industrie : constructions navales, filatures de coton.

Au sud, c'était, ., le Sud. Pays déjà subtropical, où la saison sèche alterne avec la saison des pluies, où l'homme blanc peut difficilement travailler la , terre de ses propres mains. On y avait développé des cultures extensives, le tabac, le coton ; la terre y appartenait à de grands propriétaires, ou plan- Uurs, et sous leurs ordres travaillaient des milliers d'esclaves noirs, amenés d'Afrique par les négriers.

L'opposition entre Nord et Sud sera l'un des traits essentiels de l'histoire américaine.

En 1805, l'Union (vieille de vingt ans) achète à la France la Louisiane (1). — I! ne faut pas entendre par là le seul État qui ait conservé ce nom, mais toute la vallée du Mîssissipi, des Lacs à la mer,

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aujourd'hui quinze États différents. — En 1819, l'Espagne lui vend la Floride, qui complète le Sud. En 1846, l'Angleterre renonce à ses prétentions sur r Extrême-Ouest, sur la région de i'Orégon. Les États-Unis touchent au Pacifique. En 1845, le Texas s'était détaché du Mexique pour se donner aux États-Unis. En 1848, à la suite d'une guerre avec le Mexique, ils lui enlèvent les plateaux stériles du Colorado, mais aussi la Californie. Or cette conquête, considérée tout d'abord comme peu importante, coïncide juste avec la découverte de l'or dans ce pays. — C'est seulement en 1867 que les Etats-Unis achèteront à ia Russie la presqu'île d'Alaska, située fout à fait au N.-O. du continent américain, séparée du veste de l'Union par toute l'épaisseur de la Colombie britannique. Mais dès 1848 les limites américaines étaient essentiellement fixées.

La guerre de Sécession

L'Union avait crû très vite, et le lien qui en unissait les diverses parties était très lâche — si lâche qu'il faillit se rompre. Dans ces diverses parties les intérêts étaient divergents, et les institutions mêmes n'étaient pas identiques. Entre le Nord et le Sud, la différence essentielle était l'esclavage. Depuis 1820, l'esclavage avait été supprimé au N. du 36''3o'; cette ligne idéale divisait ainsi les États en deux régions distinctes, l'une oij tous les hommes étaient égaux entre eux, l'autre

où subsistait encore l'inditidùm particulière. Vérité endeçàdu ^ô^jo', erreur au delà. Qy'un nègre réussit à monter de queiques minutes vers le pôle, et il était libre; qu'il redescendit vers l'équateur et il redevenait esclave. En réalité cette ligne, tracée à l'intérieur de la Fédération, agissait comme une véritable frontière entre deux pays voisins, tout au moins comme une ligne de douanes.

Le Nord, grâce à l'immigration européenne, devenait de plus en plus un pays d'industrie, de petite culture et de fermage ; le Sud, pour employer sa main-d'œuvre servile, se spécialisait de plus en plus dans sa fonction de producteur de coton et de tabac. Ses relations étaient moins avec la Nouvelle- Angleterre qu'avec l'Europe. Les deux moitiés des États-Unis devenaient cliaque jour plus étrangères l'une à l'autre.

Sous la poussée de la propagande anti-esclavagiste (i), les nordistes réclamèrent l'abolition de l'institiitioti particulière et réussirent à pousser l'un d'entre eux, Abraham Lincoln, à la présidence (1860). Mais plutôt que de renoncer à l'esclavage, les sudistes se séparèrent de l'Union fédérale; sous la direction du président sortant, ils formèrent une Confédération distincte ; ils lui donnèrent une capi-

(r) On en retrouvera l'essentiel dans le célèbre roman de M" Beecher-Stowe, La cast de Vanclt Tom, qui coûta tant de

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taie, Richmond ; ils élurent un président, Jefferson Davis. Il y avait maintenant deux groupes d'Etats- Unis dans l'Amérique du Nord : les confédérés au Sud, \es fédéraux au Nord.

Ceux-là prodamaient !eur indépendance en vertu du même principe que les colons de 1776 avaient invoqué pour se séparer de l'Angleterre. Ceux-ci, considérant le pacte de 1776 comme indestructible, avaient pour eux une tradition de près d'un siècle, la Constitution, la capitale fédérale, enfin le nombre : 13 millions d'hommes contre S. Mais les confédérés étaient meilleurs soldats et meilleurs marins; ils avaient pour eux les sympathies de plusieurs puissances, surtout de l'Angleterre, alors la principale cliente des cotonnières du Sud.

La guerre eut le caractère impitoyable que présentent d'ordinaire les guerres civiles. Mêlée de succès et de revers, elle dura de 1861 à 1865. Elle se termina par la défaite du Sud, c'est-à-dire par le maintien du pacte fédéral. La capitulation de Richmond décida que les États-Unis continueraient à former une nation. Si le Sud avait triomphé, il est à croire que la Fédération se serait morcelée en républiques diverses, tel groupe d'Etats et de territoires formant une fédération de l'Ouest, tel autre une fédération du Pacifique. Ces petites républiques auraient vécu à part, chacune poursoi, petitement, pauvrement, guerroyant les unes contre les autres.

et la grandeur américaine serait encore une chimère.

A l'heure actuelle, je ne crois pas qu'il existe un iudisU de bonne foi pour regretter la victoire de Grant et de Sherman sur le sudiste Lee.

La masse continentale

L'Union est aujourd'hui assise entre les deux océans, barranttoute l'épaisseurdu continent entre le Mexique et le Canada. Entre ces deux frontières Nord et Sud, il y a la même distance qu'entre le Havre et les oasis du Sud-Algérien. Entre Brest et Terre-Neuve, la longueur est a peu près égale à celle qui sépare Boston de San -Francisco. Quand midi sonne dans la première de ces villes, leshorlt^es marquent encore huit heures et demie du matin dans la seconde. En France, on a trouvé moins d'inconvénients que d'avantages à donner au pays entier l'heure de Paris. Si l'on avait tenté d'unifier ainsi l'heure américaine, les horloges se seraient trouvées presque partout en conflit avec le soleil. 11 a fallu découper le pays en 5 fuseaux horaires, c'està-dire en grandes bandes longitudinales dans l'intérieur desquelles règne une heure uniforme. En passant de l'un de ces fuseaux à un fuseau voisin, H vous faut reculer ou avancer l'aiguille de voire montre, comme lorsque vous passez de France en Suisse, ou de Suisse en France. Les États-Unis sont moins un « pays », au sens où nous enten-

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