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L ESSOR ECONOMIQUE

les Etats-Unis, qui ne sont pas vieux de beaucoup plus de cent ans, et l'Amérique n'a pas été découverte par Colomb il y a plus de 400 ans », Et nous nous sommes demandé : « Qu'est-ce qui fait des États-Unis une si grande nation ? » Nous avons cherché et nous avons trouvé que c'était les brevets. Et nous voulons avoir des brevets ».

Épargner du temps, épargner du travail : il le fallait dans un pays où un seul habitant occupe l'espace sur lequel vivent en France sept personnes. La main-d'œuvre est rare et chère : les salaires sont de 2/5 plus élevés que chez nous. Les heures de travail sont plus courtes, la journée moyenne est de neuf heures. Il faut recourir à la machine, créer un outillage presque automatique.

Dès 1893, nos délégations ouvrières étaient frappées, à l'exposition de Chicago, par ce perfectionnement de l'automatisme. Depuis, les Etats- Unis nous ont envoyé, en 1900, ces machinesoutils qui saisissent un cylindre d'acier cémenté et qui, en quatre tours de roue, vous rendent un moyeu de bicyclette; qui envoient dans une boite les pièces finies, dans une autre les copeaux, sans que l'ouvrier ait autre chose à faire que surveiller la machine, lui fournir du travail et de l'huile de graissage. Aux machines à coudre ils ont ajouté les machines à écrire, puis la linotype. En 1887, l'Union des typographes américains parlait avec dédain de cette machine «incapable dépenser et de raisonner»; en 1896, la même Union consta-

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tait que la machine avait dépossédé de leur travail deux hommes sur cinq.

Plus se perfectionne l'organisation des associations ouvrières qui font de l'Amérique un pays de hauts salaires et de fravail-court, plus les perfectionnements de la technique s'ingénient à développer la production. La loi scolaire rend-elle difficile, dans les verreries, le recrutement des gamins? On imagine un « gamin de fer »,un four portatif qui travaille plus vite et à moins de frais que les enfants. Le moule à presser, le moule à souffler, le soufflage a l'air comprimé sur une ' table rotative mue par l'électricité, ces procédés ont réduit les frais de production de plus d'un tiers, le risque de casse au minimum, et donné un plus grand fini aux articles. Sur le total des bocaux à fruits livrés par l'industrie américaine. 90 p. 100 sont fabriqués mécaniquement. Une seule usine de rindiana peut en livrer 240.000 par jour: or on n'en faisait pas mm dans cet État en 1880. — Voilà pourquoi ferment les verreries belges.

Ces perfectionnements s'appliquent à l'agriculture et aux industries agricoles. La vieille charrue, la faux, la faucille, la herse, ne sont plus là-bas que des objets de musée ; les machines agricoles les ont remplacées. Tout le monde connaît l'histoire du porc infortuné qui entre un beau matin dans la cour d'un établissement de Chicago ou de Kansas City ; une roue et une chaîne le saisissent ; un cro-

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chet le jette sous le couteau du ix)ucher ; il tombe dans l'eau bouillante, se retrouve sur une table, où travaille une machine à racler montée sur une chaîne sans fin. En une minute, vingt de ses congénères ont subi le même traitement. Ils ne sortiront de l'usine qu'en jambons « façon Mayence » si c'est pour l'Allemagne, « façon Bayonhe » si c'est pour la France, « York » pour l'Angleterre, etc. Et leur sang ira aux fabriques d'engrais, tandis que de leurs intestins et des débris de leur chair une autre machine préparera, bourrera, ficellera, épicera automatiquement des saucisses.

La concentration industrielle

Les machines coûtent cher. Avec le goût de la nouveauté qui caractérise ce 'peuple jeune, dès qu'une machine a fait ses preuves quelque part, elle est nécessairement adoptée partout, et les anciennes machines sont mises au rancart. De là, un rajeunissement incessant de l'outillage. Par suite, il faut amortir cet outillage le plus rapidement possible. Pour y arriver, il faut réduire les frais généraux. Or cette réduction, en présence de l'organisation ouvrière, ne peut s'opérer par un abaissement des salaires. Elle n'est possible que par la concentration croissante des capitaux industriels.

De cette nécessité naît le trust, — Le tmst proprement dit est condamné par la loi. Mais combien

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de «combinaisons» industrielles arrivent à tourner la loi !

En 1870, il existait aux Etats-Unis 808 établissements de fer et d'acier, produisant 207 millions de dollars ; en 1900, il n'y en a plus que 700, La sidérurgie américaine est-elle en décadence? Bien au contraire, puisque la production annuelle est de 804 millions. Elle a presque quadruplé pendant que le nombre des établissements diminuait de plus d'un huitième,

Q]Je s'est-il passé? — Protégés contre la concurrence étrangère par de hauts tarifs douaniers, les 808 établissements se sont livrés entre eux à une concurrence acharnée. Les plus gros, en baissant leurs prix, ont acculé les plus petits à ce dilemme : mourir, ou se fondre avec les gros. Alors, maîtres de plusieurs usines, ces établissements monstres purent appliquer le principe de la localisation géographique du travail : telle usine, placée près de la houille et du minerai, se spécialise dans la production de la fonte brute; telle autre, voisine des lieux de consommation, dans la fabrication des poutrelles ' ou des rails. On n'a plus, dans chaque usine, qu'un seul genre d'outillage et l'on n'y fait plus qu'une seule espèce de produits. De là une économie considérable. C'est ainsi que la Compagnie fédérale de l'acjer possédait à elle seule 17 usines spécialisées.

. D'autre part, certaines grandes entreprises avaient créé, pour mieux assurer cette spécialisation.

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des sociétés-filles. Pour ses chemins de fer, pour sa navigation à vapeur sur les -lacs, pour son coke, sa chaux, la société Carnegie de l'acier avait créé vingt-six ou vingt-sept sociétés distinctes; mais ces sociétés n'étaient pas indépendantes, car la compagnie Carnegie, possédait 50 0/0 des actions de chacune d'elles.

En 1901, Carnegie faisait à lui seul 50p. 100 des rails, 50 p. 100 des poutrelles, 50 p. 100 des plaques de blindage fabriqués aux Etats-Unis. Il avait cependant en face de lui sept grandes rivales, dont la plupart étaient spécialisées dans un seul genre de production : fils de fer, tubes, fer blanc, acier en feuilles, etc. Pour ne pas dépendre les unes des autres, 11 leuraurait fallu essayer, chacune chez soi, la production intégrale, et se livrer à une lutte à mort. Elles préférèrent s'entendre entre elles et avec Carnegie pour former la « Corporation du fer et de l'acier », au capital de 7 milliards de francs. Chaque compagnie conserve son indépendance légale, mais la corporation, qui possède la moitié du capital de chacune, nomme leurs administrateurs et répartit entre elles le travail.

11 y a de la fantasmagorie sous ces chiffres. Les milliards des trttsts n'existent en partie que sur le papier et les banqueroutes sont fréquentes (1). Il reste que ces organisations très puissantes possèdent.

(1) On sait m particulier que la corporal l'acier n'a pas eu l'histoire la plus brillante.

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dans une certaine mesure, le monopole du pétrole, du fer et de l'acier, du tabac, etc. Pour rémunérer leurs immenses capitaux, elles poussent, de concert avec le perfectionnement du macliinisme, à l'accroissement de la production. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, elles réalisent plutôt la baisse que la hausse des produits, car la baisse du prix de revient leur permet de baisser les prix et, si un iruil voulait les relever, il se formerait contre lui un antitrust. — C'est une nouvelle étape dans la voie de la concentration capitaliste.

Caractère spasmodigug de l'indastrie américaine

Toutes ces raisons : modification incessante de ■ l'outillage, fabrication automatique, concentration des capitaux, baisse des prix de vente, donnent à la production américaine un caractère désordonné. Ce n'est pas par une croissance régulière, c'est par soubresauts qu'elle se développe. En dix ans par exemple, la production du coton manufacturé a triplé dans les États du Sud. Toute nouvelle industrie s'étend du jour au lendemain sur des espaces immenses, et fabrique des myriades de produits en séries, c'est-à-dire strictement semblables, conformes à un très petit nombre de types (i).

(l) Cette fabrîcatlon en séries, tris économfque et très

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