‹ L'impérialisme américainChapitre 7 sur 13 · L ESSOR ECONOMIQUE · texte numérisé non relu

L ESSOR ECONOMIQUE

11 faut vendre, vendre à tout prix. Pour absorber cette surproduction incessante, le marché intérieur ne suffit plus. Le i" mai 1901, Mac-Kinley disait : « Nous sommes maintenant en état d'approvisionner nos propres marchés. Nous avons atteint ce degré de développement industriel où, pour assurer la vente' de notre excédent de produits, il nous faut ouvrir à cet excédent de nouvelles voies. »

Au protectionnisme va succéder l'impérialisme ; à l'isolement, l'expansion,

La marine marchande et le trust de COcéan

L'une des causes qui retardaient cette expansion, c'était l'absence d'une marine marchande battant pavillon américain. Au temps ancien du navire en bois, l'Amérique, riche en forêts, avait eu'un outillage naval de premier ordre. C'était sur leurs propres vaisseaux qu'ils envoyaient du blé en France pendant les guerres révolutionnaires et impériales. ■ Mais leurs chantiers de construction n'avaient pas su s'adapter aux nouvelles conditions du génie maritime. Tout entière absorbée par la conquête du marché intérieur, pratiquant, à l'abri de sa barrière de douanes, le système de l'isolement économique, l'Union n'avait pas éprouvé le besoin de posséder une marine autonome. L'Europe était trop heureuse de mettre ses flottes à sa disposition, de venir chercher a Baltimore ou à New- York les denrées agricoles dont elle avait un pressant besoin,

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d'y porter les produits manufacturés qui réussissaient, malgré des droits de 60, de 115, *de 123 p. loo à pénétrer sur !e territoire atnéricaîn. En 1826, les vaisseaux américains transportaient les 92,5 p. 100 du torinage du commerce extérieur ; en 1900, les 9,3 p. 100 seulement.

Mais les États-Unis acquéraient les Hawaï, les Philippines, Porto-Rîco et (à peu près) Cuba. Le commerce entre ces dépendances extérieures de l'Union et l'Union elle-même pouvait-il être confié à des marines étrangères, à l'anglaise ou à l'allemande ? Ce ne sont plus seulement des matières prernières ou des denrées, défiant par leur bon marché toute concurrence, ce sont des machines, du verre, du papier, que l'on veut importer en Europe ou sur les marchés extra-européens. Il faut donc pouvoir, pour lutter contre l'industrie européenne, réduire au minimum les frais de transport ; il faut ne pas être obligé de passer sous les fourches des armateurs de Brème, de Hambourg, de Lîverpool. Alors, en décembre igoo, dans les documents officiels du ministère du Trésor éclate ce cri : « Des navires américains doivent transporter la marchandise américaine », expression de la relation étroite qui existe entre l'industrie des constructions navales et le commerce extérieur.

Soudainement, avec cette rapidité d'exécution qui caractérise les industries américaines, deschan- • tiers s'ouvrirent, pourvus d'un outillage ultra-mo-

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derne, capables « de construire — c'est le document officiel qui parle — des vaisseaux de toute taille et de tout type pour tous les commerces, » Déjà pendant cette année 1900,1e tonnage des vaisseaux marchands américains avait monté de 300.000 tonnes, et ayS.ooo-navires en acier avaient été mis en chantier.

Aujourd'hui, des lignes purement américaines vont, parallèlement aux lignes anglaises, de Puget- Sound (au Sud de Vancouver) au Japon, de San- Fraricisco au Japon, à Hong-Kong, à Sydney. Manchester ne peut déjà plus, en Chine, faire concurrence aux États-Unis pour les cotonnades grossières, car les frets américains sont plus bas. Des vapeurs américains « cabotent » le long de la côte américaine de Puget-Sound au Klondike vers le Nord, de Puget-Sound à Panama vers le Sud. D'autres lignes établissent la liaison entre New- York, les Antilles, Caracas et Rio-de-Janeiro. Une grande ligne de voiljers mène de New- York en Australie par le Cap.

Les Etats-Unis enlèvent même à l'Europe le monopole des transports à vapeur entre leurs ports et les nôtres, et des lignes américaines traversent aujourd'hui l'Atlantique Nord. Pour faire vite, les hommes d'affaires américains, habitués à tout évaluer en dollars, ont parfois pris le parti d'acheter en bloc toute la flotte d'une compagnie européenne et de la dénationaliser.

Ils ont voulu aller plus loin encore. Grisés par le succès des trusts, ils ont voulu transporter sur le

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terr^n international le principe de la « combinaison industrielle » '. Par une entente entre les diverses compagnies allemandes, anglaises, belges et américaines, ils auraient restreint et régubrisé le nombre des départs, relevé les prix de passage, supprimé les frais d'une concurrence acharnée — le tout sous un contrôle américain. Morgan aurait joué, dans ce consortium maritime, un rôle analogue à celui de Carnegie dans la Corporation de l'acier.

Ce n'était pas encore cette monopolisation de tous les transports par mer, ce « trust de l'Océan » que dénonçaient, avec des cris d'orfraie, nos inventeurs de « périls américains ». C'était déjà une opération de gigantesque envergure. Elle éclioua devant des résistances anglaises : l'Angleterre qui a besoin de ses paquebots de commerce pour les transformer, une guerre survenant, en croiseurs auxiliaires, ne pouvait en remettre le contrôle à un syndicat international.

^ Ce qui reste, c'est qu'une marine marchande américaine existe, assez puissante déjà pour ouvrir une ligne directe entre New- York et Constantin opie — une marine qui dépasse, comme nombre de vaisseaux et comme tonnage, la marine allemande, jusqu'à présent la deuxième du monde.

Comme le théorème engendre le corollaire, une marine marchande engendre une marine de guerre. Lorsqu'une nation expédie sur les mers sept à huit

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mille navires jaugeant plus de trois millions de tonneaux, elle ne peut les laisser exposés à subir les attaques du premier corsaire venu. Des chantiers qui ont construit les paquebots vont sortir, en vertu d'une nécessité quasi-géométrique, les cuirassés, les croiseurs, les avisos et les torpiLeurs.

nécessité de P impérialisme américain

Une nation de 80 millions d'hommes, c'est déjà le vingtième de la race humaine. Cela pèse dans la balance internationale. Comme celle d'un liquide sur les parois d'un vase, la pression de cette masse s'exerce sur les frontières qui l'enveloppent, et si ces parois présentent quelque part une surface de moindre résistance, elles cèdent sous la pression de la masse, 80 millions d'hommes groupés au delà de l'Atlantique, il n'en faut pas davantage pour déplacer vers l'Ouest l'axe de la politique dite « européenne ». C'est à peu près comme si une nouvelle planète, plus pesante que Mars ou que la Terre, venait à faire son apparition dans notre univers solaire : par sa seule force d'attraction, elle y troublerait la paix des mondes.

Ces 80 millions d'hommes produisent 20 p. 100 du blé, 75 p. 100 du mais, 85 p. 100 du coton, 30 p. 100 de la houille consommés sur la terre; ils fabriquent 34 p. 100 de la fonte, 37 p. 100 de l'acier. « Une- nation... qui est à la fois le grenier à blé, le chttn'iiér de charbon et de fer, le dépôt de coton où

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vont puiser tous les peuples, ne peut plus comme autrefois s'enfermer 3ans son continent et rester indifférente à tout ce qui se passe dans les quatre autres parties du monde. Elle est une trop importante section de l'humanité pour avoir le droit de s'Isoler. Elle sent que puissance oblige. Sa force lui crée un droij, le droit se tourne en prétention, et la prétention se résout en un devoir de se prononcer dans toutes les questions que dénouait l'accord des seules puissances européennes » (i).

L'impérialisme américain n'est pas une invention "de politiciens : il est la résultante de la croissance américaine.

([) Boutmy, Psychologie du ptaph américain, page 337.

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