‹ L'impérialisme anglais, son évolution: Carlyle.--Seeley.--ChamberlainChapitre 7 sur 14 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA DOCTRINE IMPÉRIALISTE COMME PRINCIPE d'action POLITIQUE.

SI. — Avantage B et inconvônieiits de la méthode historique de Seeley.Les conclusions politiques auxquelles elle aboutit illdée fôdérative.

Telle, ainsi qu'elle se dégage des conceptions diverses, historiques et politiques, du plus qualifié de ses théoriciens, dans toute la liberté et dans l'entier épanouissement de son premier essor, vierge encore de l'atteinte des faits et des heurts de l'application, la doctrine classique de l'impérialisme anglais présente une combinaison harmonieuse d'ensemble et des aspects séduisants.

La colonie partie intégrante de l'Etat, celui-ci

s'élargissant indéfiniment en elle et par elle, toujours croissant et toujours un ; Texlension simultanée de la nation, — de la « race », et de l'organisme politique qui Ta créée et Tentretient, ainsi réalisée ; la permanence de cette union garantie par la forme fédérale, qui permet d'embrasser à la fois tous les accroissements du passé, du présent et de Tavenir dans une aire élargie sans cesse de paix et de tranquillité fécondes... à travers ces avenues larges et aérées, par ces perspectives neuves et hardies qu'elle lui ouvre, l'esprit se détend et se sent respirer et agir ; surtout au sortir de ce dédale de ruelles coupées d'ornières où régulièrement il s'embourbait, à la suite des histoires routinières et des appréciations tatillonnes, qui, si longtemps, obstruèrent toute vue d'ensemble en théorie coloniale.

Car le grand mérite des leçons de M. Seeley a été de dégager les abords de celle-ci de toutes les végétations parasites d'antiques métaphores et de traditionnels préjugés qui l'obscurcissaient.

Il était utile de bien mettre en lumière \di valeur positive de l'histoire, la portée pratique de son étude comme préparation à la politique ; de montrer toute l'importance et la diversité des réactions du nouveau monde sur l'ancien, et comment elles expliquent des périodes entières de la vie des nations européennes, particulier rement les complications de l'histoire anglaise des derniers siècles ; il était nécessaire de repousser dans l'ombre, d'où elles ne devraient plus reparaître, de troubles

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conceptions comme celles de la colonie-possession, des déductions et des analogies vermoulues, comme celles qui veulent la fatalité de Tinhérence, à toute colonie, d'un esprit de révoltés et de sécession, ou prétendent tirer, d'assimilations botaniques ou zoologiques, Thoroscope des relations futures entre métropoles et colonies (i)...

^1) Par cela seul qu'elle a introduit, dans le domaine général des théories coloniales, des vues neuves et suggestives, qu'elle a voulu rompre résolument avec les vices de Timpérialisme « bombastique > et du M jiogoïsme » beuglant, l'œuvre de M. Seeley n'aurait dû provoquer, semble- t-il, que des appréciations, sinon bienveillantes, du moins sérieuses et fondées. Il est regrettable qu'il n*en ait pas toujours été ainsi en France (et nous avons pourtant des enseignements à y chercher, nous autres Français)... ; à titre d'exemple, citons un de ces jugements par trop.... fantaisistes ; voici de quelle manière M. Victor Berard dans son livre << l'Angleterre et l'Impérialisme » présente à ses lecteurs Tœuvre de Seeley : c Les impérialistes de la presse et de la chaire, les Fronde et les Seeley, enveloppèrent leur conception moyenâgeuse d'oripeaux tout modernes ; ils la dotèrent d'une apparence philosophique et morale, surtout d*un jargon doctrinaire ; par eux, l'impérialisme devint la dernière philosophie de l'histoire et presque le dernier dogme delà religion.

Seeley d'abord, enseigna à ses auditeurs de Cambridge que l'expansion indéfinie est la seule explication et le seul moteur de toute l'histoire anglaise, la seule raison d'être du peuple anglais. Par un ordre de ce même destin, qui jadis mit en marche les descendants de Romulus et les mena jusqu'aux limites du monde antique, l'univers moderne, ses mers, ses continents, ses peuples et ses villes, sont le domaine promis par les oracles et les sibylles à l'énergie du peuple britannique. Que d'autres se cantonnent dans leur amour des patries locales, dans leurs rêves d'art ou de vie vertueuse 1 II faut, pour mériter le nom d'Anglais, ne songer qu'à TEmpire.

(c Tu regere imperio populus, Romane, mémento. »

... et c'est tout. Vraiment « le destin », « les descendants de Romulus >, les oraclei^ et la sibylle même — qui n'apparaissent à aucune page de M.

Est-ce à dire que les appréciations et les raisonnements de M. Seeley et par conséquent cette théorie classique de l'impérialisme anglais dont nous avons essayé, d'après lui, de fixer les grandes lignes, n'aient aussi leurs défaillances, leurs erreurs et leurs présomptions ? Ses conceptions n'ont-elles pas les défauts de leurs qualités ? Pour arriver à des vues d'ensemble, plus larges et plus compréhensives, ne procède-t-il pas souvent par généralisations trop vastes et trop hâtives ; l'écart entre les résultats de beaucoup de ses déductions, et les réalités auxquelles elles voudraient correspondre, ne trahit-il pas le fréquent oubli de menus faits qui gênaient la régularité du cours de ses systématisations? Le total (( d'impérialisme » enfin auquel il aboutit, les conclusions qu'il énonce ou suggère (1), ne sont-ils pas de ceux que l'on obtient seulement par un choix arbitraire, entre des facteurs qui demandaient à être utilisés tous, pour donner autre chose qne des résultats fictifs.

L'élude des vicissitudes qu'ont subies, anx contacts successifs de la réalité, ce « total » d'impérialisme et ces conclusions politiques auxquelles sa méthode de géné-

Seeley — viennent là bien à propos pour combler le vide des idées de M . Berard sur un livre qu'il a lu ? — un peu vite — et auquel il se croit obligé tout de même de consacrer quelques lignes I... Il y a dans l'ouvrage, par ailleurs intéressant et documenté, toujours de verve et d'allure, de M. Berard, trop de ces brutalités sommaires, de ces condamnations sans appel — et au fond sans jugement — et qui lui donnent par endroits une tournure un peu vulgaire de pamphlet et de diatribe politique.

(4) Seeley, op. cU,^ p. i6, 22, 57, 358 entre autres....

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ralisation historique a conduit M. Seeley, nous permettra mieux que toute critique de détail, nécessairement rétrospective, d'apprécier la valeur positive de son œuvre. Ses résultats pratiques, d'eux-mêmes donneront la mesure de cette valeur, et finiront d'éclairer sous son vrai jour cette époque du développement en Angleterre de la doctrine impérialiste (1).

§ 2. ~ L'idée d'une fédération de TAngleterre et de ses colonies. ~ Ses préourseurs. —James Harrigton.^ A. Smith. — Ses premières manifestations et ses progrès dans les colonies, dans la métropole (la a Greater Britain » de Sir Ch. W. Dilke).

— L'union permanente, effective et tangible des communautés anglaises dispersées sur la surface du globe est souhaitable, possible, nécessaire même, et elle se fera. Donc il est opportun d'aviser dès maintenant à la constitution sous forme fédérale d'un organisme politique qui embrasse à la fois la métropole et ses colonies de sang européen, le Royaume-Uni et les confédérations, présentes et à venir, de l'Amérique du Nord, de l'Australie et de l'Afrique du Sud. — .

Cesdeux propositions sont l'expression dernière del'i^ dée impérialiste à son point de complet épanouissement

(1) Toutes les critiques qui pouvaient être faites à M. Seeley l'ont été — et môme quelques-unes de plus — ; pour celles-là, se reporter aux articles, contemporains de Tapparition de son livre, du Macmillan's Magazine sous la signature de John Moriey ; et au livre de M. M. Du* bois, Systèmes coloniaux et peuples colonisateurs. Dogmes et faits.

doelrinal, vers 1884, telle que la vient confirmer l'œuvre de Seeley a professor Seeley's standard work » (1), telle qu'elle va présider à la constitution et aux premiers efl'orts de la « Ligue pour la Fédération impériale ».

Car c'est bien par Tavènemenl d'une constitution fédérale, c'est-à-dire sous la forme la plus entière et la plus absolue que l'on puisse raisonnablement rêver, que se conçoit alors l'unité de l'empire anglais. Et cette conception se croit assez définitive, est assez sûre d'ellemême, pour s'essayer à passer immédiatement dans la pratique, en devenant le point de départ d'une action politique.

Avant de l'apprécier à Tœuvre, et de la suivre dans les avatars multiples qu'elle va subir pour se plier aux faits, indiquons brièvement quels apports etquels assentiments, venant à elle à des dates et de côtés divers, contribuèrent à renforcer l'autorité de cette conception fédérative, et à lui faire supposer à cette époque une maturité que l'événement allait démentir.

Ce serait se livrer à une recherche de paternité trop lointaine, que de remonter à ce James Harrington qui, dès 1656, dans l'esquisse moitié idéale, moitié réelle qu'il traçait d'une constitution parfaite pour la nouvelle

(1) Expression bien caracléristique de la valeur et du rôle de celte œuvre, dans l'opinion impérialiste ; nous rempruntons à une conférence de M. F. P. de Labillière, V. Journalofthe royal colonial insUtutCf part. III, vol. XXIV, p. 476.

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république d'Angleterre, d'Ecosse el d'Irlande, lui prophétisait son destin dans cette formule singulièrement heureuse : Commonwealthforincrease^ république vouée à l'expansion ; et terminait ainsi un parallèle entre la République de Venise et rOceana qu'il rêvait... TAe sea gives the law to the growth of Venice^ but the growth of Oceana gives the law to the sea (1 ).

« Illam acla capiens Neptunus compede stringit. Hanc aulem captus glaucis ampiectitur ulnis i.

Mais il semble que l'on puisse, dès le siècle suivant, citer un premier croyant « de marque » à la Future réalisation de quelque constitution unitaire englobant à la fois l'Angleterre et son empire colonial. Et cet ancêtre de l'impérialisme fédératif n'est autre que le père célèbre de l'économie politique. Plus hardi que Burke, qui y voyait une impossibilité au moins matérielle, Adam Smith écrivait dès 1 775 : « il n'y a pas la moindre probabilité que la constitution britannique reçut un dommage de l'union de la Grande-Bretagne et de ses colonies. Cette constitution, au contraire, serait complétée par l'union, et semble être imparfaite sans elle. L'assemblée qui délibère et décide les affaires de chaque partie de l'Empire, à seule fin d'éclairer sa religion,

(1) La mer fait la loi à raccroissemenl de Venise, mais elle subit les lois que lui dicte Taccroissemenl d'Oceana. — V. S. James Harring- Ion : « The commonwealth of Oceana ; to bis Highness tbe Lord Protector of tbe Commonweallb of England,Scotland, and Ireland — flrsl printed in London 1656. »

devrait certainement avoir des représentants de chacune de ces parties. Que cette union puisse être aisément eflecluée, ou que des difficultés et de grandes difficultés ne se puissent pas présenter à Texécution, je ne le prétends certes pas. Je n'en vois jusqu'ici aucune pourtant, qui paraisse insurmontable. La principale, peut-être, résulte, non pas de la nature des choses, mais des préjugés de Topinion publique, aussi bien de ce côté de l'Atlantique que de Tautre]^» (I ).

La sécession américaine amène une éclipse passagère de ridée spéculativement admise par A. Smith. Mais nous la voyons revivre sitôt les nouvelles colonies canadiennes et australasiennes sorties de l'enfance. Et c*est de leur côté qu'elle s'exprime avec le plus de force et d'insistance (2), que le désir paraît le plus tenace de resserrer les liens de l'union panbritannique. — Ce qui prouve la complexité réelle, qui a été trop souvent méconnue (3), aussi bien des facteurs qui ont produit l'impérialisme anglais, que des sentiments, des idées, des aspirations et des calculs qui le constituent.

Nous trouvons la première manifestation de cette

(1) Cf. la Richesse des Nations, liv. IV, ch. vu : ce passage est cité par M. de Labillière, coafërence citée, p. 156, Journal of the R,C, Institute,

(2) Pour tout ceci, V. Journal of the fl.C Institute^ vol. cité.

(3) Entre autres, par Touvrage cité de M. V. Berard, qui ne voit et n'étudie guère dans rimpérialisme anglais qu'une tendance à l'accaparement des marchés de Tunivers^ tendance plus ou moins nette, plus ou moins déguisée, mais qui se retrouverait selon lui à la base de toutes ses manifestations.

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tendance fédérative dans les colonies aux débats du a Législative Council » de Sydney, le 20 août 1844, dès la première année par conséquent où apparaît l'élément électif dans les législatures australiennes. Citons quelques lignes principales du discours de M. Robert Lowe (plus tard lord Sherbrooke) : ... L'intérêt des colonies n'est pas de s'effriter en minuscules parcelles, mais bien de chercher à combiner en un seul Etat tout ce qui peut être effectivement contrôlé de territoire par un seul gouvernement a l'Union fait la Force » et ce principe vaut pourTempirecolonial entierderAngleterre...»

Il termine en émettant l'espoir et le vœu « que l'Angleterre rejette l'idée de traiter les dépendances de la couronne comme des enfants qui doivent se séparer des parents, aussitôt arrivés à maturité, et qu'elle lui substitue l'idée beaucoup plus sage et plus haute de les réunir définitivement à elle dans une vaste Confédération... »

En Nouvelle-Zélande, à la même époque, M. J.-R. Godley fait des déclarations analogues, et nous lisons dans une communication qu'il adresse à M. Gladstone (le 12 déc.1849) ; u... Le meilleur argument contre la séparation est peut-être dans la force et l'efficacité de cet instinct moral que ne veulent pas reconnaître les séparatistes, qu'ils voient mal, et à la réalité duquel ils rendent malgré eux un témoignage bien expressif, par la répugnance qu'ils manifestent à avouer leurs doctrines... Je maintiens que l'amour de l'empire, normale-

ment entendu — qui est au fond l'instinct du développement personnel et de l'expansion — est un symptôme infaillible de vie intense et vigoureuse dans un peuple, et que, subordonné à la justice et à Thumanité, il est non seulement légitime mais on ne peut plus louable... »

Au Canada, se dessine en même temps un même mouvement d'opinion, dont les discours de ses hommes ,d*Etat, M. Joseph Howe, M. Edward Blake, nous permettent de suivre les manifestations parallèles.

C'est aussi une expression au moins indirecte, et un résumé de ces aspirations coloniales à une plus parfaite unité, que fournit ce premier ouvrage de sir Charles Wentworth Dilke, dont le titre est devenu le signe de ralliement de toutes les idées et de toutes les volontés impérialistes.

Sa conception d'une Greater Bntain^ déclare-t-il en effet tout d'abord (1), n'est que la résultante d'observations et d'impressions recueillies au cours d'un voyage de deux années autour du globe, pour lequel il est resté toujours <^ dans des pays de langue anglaise ou gouvernés par des Anglais ». Anglais dont « la race, dit-il, est demeurée une toujours par ses qualités essentielles »,

(1) Cf. Greater Britain. — Préface de la 1" édition originale (1868). L'essentiel de ce livre presque entièrement descriptif a été assez souvent énoncé en France pour que nous n'en fassions pas une plus complète mention. Son auteur lui-même, dès 1890, le déclarait « Out of date )). Cf. Préface des t Problems of Greater Britain » ; plus personne ne songe aujourd'hui, par exemple, à faire rentrer les Etats-Unis dans la Greater Britain...

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sous les modifications superficielles apportées « par le climat, le sol, les mœurs, les croisements avec d'autres peuples ».Et c'esl sous Tinfluence immédiate de ces milieux coloniaux — de ceux qui sont de pures fondations de la propre souche anglaise a plantations ofher own », comme de ceux qu'elle a fait siennes — par l'assimilation ou la soumission à ses institutions de rejetons de la Germanie, de la Scandinavie ou des pays latins — * qu'il proclame la nécessité de chercher « le développement de l'Angleterre d'Elisabeth... non dans la Grande- Bretagne de Victoria, mais dans une moitié du monde habitable »... dans cette Amérique (1), dans cette Australie, dans cette Inde qui doivent former une « Greater Britain ».

L'inspiration coloniale se retrouve ainsi, par l'œuvre de Sir Ch.DiIke,à la source des premièresmanifestations d'ensemble de l'idée fédérative dans la métropole même. Avec son apparition coïncident en efl*et les i< Cannon street meetings », qui se réunissent dans le but d'opposer aux projets des « Disruptionists » une politique préparatoire à l'organisation de l'unité impériale ; la fondation du k Royal Colonial Institute » dont la courte devise « United Empire » suffit à exprimer la raison d'être et les tendances.

Dès lors se multiplient les toasts, discours, conféren-

(1) Sir Charles Dilke faisait rentrer les Etats-Unis eux-mêmes dans sa conception initiale d*une c Greater Britain t. Cette idée devait être reprise plus tard par M. Chamberlain. V. plus loin.

ces, articles de revues et de magazines, ouvrages et traités complets dédiés à Tidée fédéra tive ou procédant d'elle (1). Et la politique tapageuse de Lord Beaconsfield ne reste pas étrangère au développement de ces efflorescences variées

§ 3. — Valeur positive des bases de cette conception fédérative. — La communauté de race, de langue, de reUgion. — La communauté d'intérêts ?

Mais c'est à la suite seulement de Tœuvre doctrinale de Seeley que la conception d'une fédération panbritannique entre dans la période réellement positive de son existence. Le cours de Cambidge lui apporte une façon de consécration officielle, et tout en la dégageant d'exagérations et d'enthousiasmes compromettants, rallie aux vues politiques et historiques qui la fondent des adhérents dans presque tous les partis (2).

(1) Comtemporany Review, janvier 1871 : un article intitule u Impérial Fédération ; - 20 juillet 1871, à la conrérence sur les questions coloniales, discours sur le « Fédéralisme impérial et colonial ». — Toasts et discours au banquet pour l'inauguration des communications télégraphiques avec l'Australie (13 nov. 1872). — Conférences aux « Glascow meetings oF the social science Congress », octobre 1874, — à l'occasion des différentes u Colonial Exhibitions », etc.. ..

(2) Les idées de Seeley furent accueillies avec une faveur particulière par les <c nouveaux libéraux » qui avaient dès le début repoussé les conclusions de G. Smith. M. Forster avait déjà aiguillé dans la nouvelle voie cette fraction du parti libéral, par son retentissant discours d'Edimbourg du 3 novembre 1875 intitulé « Our Colonial Empire », auquel il donne en 1884 sa consécration pratique en fondant rimperial Fédération League. — Cf. aussi les élogieux articles du Pall Mali Gazette j organe ofûciel du parti, sur Tœuvre de Seeley.

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FI semble bien établi alors que rien dans la formation historique de Tempire anglais ni dans les conditions de son existence présente ne s'oppose à son développement dans le sens de la fédération ; mais au contraire que les forces internes de sa nature et les puissances intimes qui l'ont constitué, aussi bien que les tendances générales de la vie des nations modernes, travaillent à faciliter l'union sous cette forme et la commandent.

Ces forces positives, sur le fondement desquelles l'opinion impérialiste déclare le champ ouvert désormais aux propositions et aux essais fédératifs, et se constitue en novembre 1884 la « Ligue pour la Fédération impériale » — ayant directement pour objet d'assurer l'unité permanente de l'Empire par la fédération du Royaume- Uni et de ses colonies à gouvernement responsable — ce sont la communauté de race, la communauté de langue et de religion, la communauté d'intérêts.

Il est à remarquer que Ton ne fait alors de cette dernière que des mentions timides et imprécises ; soit méfiance pour cet aspect peu exploré encore de la question, soit qu'il semble se marier assez mal avec les considérations plus larges et plus lointaines auxquelles se tient de préférence la doctrine de l'impérialisme, à cette époque d'aspirations adolescentes et de larges espoirs.

Ainsi M. Seeley déclare bien que « l'union deviendra indissoluble si nous arrivons à constater que f intérêt aussi nous fait une loi de maintenir cette union » et il ajoute que « cette conviction semble gagner du ter-

rain » (1) . Mais la communauté de race, la communauté de langue et de religion déjà existantes entre les branches de l'empire anglais suffisent dès à présent, selon lui, à justifier les idées fédératives, et assurent le succès des essais de constitution globale qui s'inspireront d'elles.

Or, cette triple communauté eût-elle été bien réelle et bien entière — et Seeley lui-même se voit oblige de faire des réserves à son affirmation d'ensemble de Tutilité ethnologique (2) de Tempire anglais — que la doctrine impérialiste n'aurait pu, croyons-nous, parvenir à fonder solidement sur leur seule base ses tentatives de réalisation pratique.

Car il semble impossible d'attribuer jamais à cette notion imprécise et d'application si décevante jusqu'ici de la race, une valeur positive en tant que facteur essentiel, ou fondement primordial, d'union politique et constitutionnelle entre des populations Tune de l'autre aussi distantes que celles des dominations anglaises, et que tendent à différencier de plus en plus des climats, des conditions de vie, des milieux absolument différents.

(1) Seeley, op, cir,p. 16.

(2) L'affirmation de cette soi-disant a unité ethnologique » a été réfutée assez souvent pour que nous ne la discutions plus. Il est évident aujourd'hui que la majorité des populations des colonies anglaises n'est pas de souche anglaise — sans même faire entrer l'Inde dans le calcul : toutefois M. M. Dubois nous semble exagérer plus encore que Seeley quand il prétend « qu'il y a entre l'Inde et les autres domaines anglais différence non de nature, mais de degré ». — Cf. Systèmes coloniauXjf. 130.

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L'histoire n'enseigae-t-elle pas que si la plupart des races vraiment unes, vraiment caractérisées et solidaires — la française de France ou l'anglaise d'Angleterre— sont la création d'une patrie, c'est-àdire d'une longue suite de travaux et d'efforts, de gloires et d'adversités conçus, supportés ou vécus en commun, jamais une patrie digne de ce nom n'est sortie de la combinaison d'éléments uniquement rapprochés par la fatalité de la race ou du sang. Et les annales de l'Europe contemporaine ne permettent-elles pas de se convaincre que jamais la politique dite de races n'a par elle-même donné de résultats ? « La Russie, qui la première l'inventa, n'en fit qu'un prétexte nouveau à sa vieille politique orthodoxe, une façade nouvelle à son vieil édifice religieux. Si le panslavisme pour un temps sembla réussir, c'était l'œuvre réelle de l'orthodoxie. Dès que la maladresse russe découpla les deux forces inégales et tourna le Bulgare, au nom du panslavisme, contre le patriarche grec, mais orthodoxe, ce fut fini de la marche triomphale vers Sainte-Sophie... L'Allemagne devint ensuite le champ d'expériences où, pour accomplir l'unité et dresser l'empire, le plus réaliste des politiques dut faire appel à de toutes autres forces que le nationalisme de race. Ce fut la Prusse étrangère, mi-slave et mi-germanique, qui groupa les Allemands autour des intérêts commerciaux d'abord... et des principes libéraux ensuite (1). »

(1) Berard, op. cit,^ p. 68.

Quant à la communauté de langue et à la communauté de religion, Tune et Tautre parce qu'elles permettent malgré la distance d'éprouver aux mêmes contacts des impressions identiques, et induisent à sentir et à penser de même, peuvent bien maintenir entre des sociétés humaines séparées par ailleurs de réels et solides liens d'amitié, entretenir quelque large courant de solidarité , quelque forme d'idéale unité comme celle que prophétisait Carlyle ; mais ces liens qu'elles fondent n'ont d'efficacité et de durée que dans la limite de leurs attributs naturels. Ils risquent de rompre et de faire place à l'indifférence, ou même à une hostilité aigrie et à des inimitiés « fraternelles », s'ils sont forcés à des usages qu'ils ne comportent pas.

C'est ce que n'aperçurent pas les doctrinaires de l'impérialisme (1), dans le premier feu d'un enthou-

(1) Dans YOceana or England and her colonies déjà cilée, et qui n'est pas moins intéressante pour Tabondance et le charme pittoresque de la forme et des idées de son auteur, que pour les documents qu'elle apporte sur 'toutes ces questions de Tétat de 'opinion en Angleterre et dans les colonies, M. J.-A.. Froude fail appel de préférence, lui aussi, aux raisons de sentiment, pour hâter Tavènement d'une «plus grande Bretagne » effective. « Nous rions parfois du sentiment, dit-il dans sa préface — mais toute relation généreuse et vivante d'homme à homme, entre les hommes et leurs pays, est sentiment, et n'est que cela». — Pour lui, l'union existe déjà, l'Angleterre et ses colonies ne font qu'un c< by the bond of nature », p. 220 ; et elle ne fera que s'affermir, pourvu qu'il ne soit jamais question de séparation « not to be named amongus, as a horrible thing » (p. 357). Tout Teffort de son livre porte non sur la démonstration, au point de vue rationnel ou scientifique de la doctrine impérialiste, mais sur sa transformation en une sorte de religion ; il veut faire passer de « l'état statique >» à c l'état dynamique » les

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siasme qu'expliquaient d'ailleurs à cette époque les rapides progrès de l'idée fédérale et la multiplicalion à la fois dans la métropole et dans les colonies de ses manifestations officieuses. Ils espéraient que jusqu'au bout le pavillon couvrirait la marchandise, et qu'à l'abri de ces grandes idées et de ces nobles sentiments s'insinueraient les renonciations et les concessions nécessaires de part et d'autre pour atteindre le but rêvé. Mais au premier essai, la communauté de la race, la communauté de la langue et de la religion trahirent leur insuffisance absolue à remplacer la communauté des intérêts — dont c'est l'exclusif attribut, aussi bien chez les peuples anglo-saxons que chez les autres, de provoquer et de maintenir les liaisons et les contrats utilitaires que veut consacrer toute constitution fédérale.

conclusions énoncées par Seeley, car, pour les peuples comme pour les individus « la foi en une grande destinée est seule une source féconde d'énergie et de nobles actions i> (p. 354). Non seulement il ne propose pas de solution immédiate, déterminée, au problème des relations futures entre la métropole et ses colonies, mais il déclare prématurés tous les essais de constitution fédérale, ou de représentation totale de l'empire. Il repousse, aussi bien que l'idée d'un Parlement fédéral, les transactions proposées de « Council of Agents gênerais t ou de création de « Colonial Life Peers ». — Aujourd'hui, comme la « Greater Britain » de S. W. Dilke, r« Oceana t de Froude (publiée en 1886) est quelque peu « out of date » et nous n'en ferons pas une analyse plus complète.

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