‹ L'impérialisme anglais, son évolution: Carlyle.--Seeley.--ChamberlainChapitre 8 sur 14 · LA DOCTRINE IMPÉRIALISTE DANS LA POLITIQUE ANGLAISE CONTEMPORAINE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE IMPÉRIALISTE DANS LA POLITIQUE ANGLAISE CONTEMPORAINE

§ 1. — Les eisaiB de réalisation fédératiTe. — Les conférences Inter-coloniales de 1887 à 1902. — Leur caractère commun. — Leurs résultats pratiques. — La position du problème sur le terrain utilitaire.

Les efforts de la « Ligue pour la Fédération Impériale » eurent en 1887 un premier résultat tangible, qui sembla tout d'abord devoir marquer une étape décisive dans la voie de la fédération.

C'était bien, en effet, une esquisse d'assemblée fédérale que traçait la convocation k Londres par la Reine, le 4 avril 1887, d'une conférence « impériale ». Les onze colonies à gouvernement responsable d'alors : le Canada et Terre-Neuve, le Cap et Natal, l'Australie méridionale, l'Australie occidentale, la Nouvelle-Galles du Sud, la Nouvelle-Zélande, Queensland, la Tasmanie et Victoria s'y trouvaient représentées. Un tel « meeting », périodiquement renouvelé, pouvait devenir l'amorce de réunions plus complètes, et valoir même pour une réalisation effective de l'idée impérialiste. On aurait pu voir là, en effet, un commencement de con-

stitution fédérale. Constitution parvenue dès lors à la première phase de son développement, et qui, à l'instar de la vieille constitution anglaise, aurait peu à peu, au cours des années et des siècles, produit de nouvelles floraisons, selon les influences des milieux variables, les besoins et les nécessités du moment, les conditions de vie, les idées et les sentiments des générations successives... L'empire anglais aurait germé, poussé, et duré par le monde, comme a germé, poussé et duré déjà toute la charpente politique et sociale de l'Angle- •terre (1).

Mais la conclusion même de cette première conférence amena un désenchantement d'autant plus amer que sa réunion avait provoqué de plus vifs espoirs. La question de la fédération impériale n'y fut pas agitée.

Bien plus, on décida qu'il y aurait lieu de la tenir complètement en dehors des délibérations de la conférence, et aucun projet ne fut examiné qui pût préparer les voies à une constitution politique nouvelle. On se

(1) Cf. G.-R. Parkin : Impérial Fédération, 1892. Ce livre, qui est un exposé technique des difTérentes solutions fédérativesqu*ii croit applicables à Tempire anglais, repose tout entier sur cette hypothèse d'une sorte de « génération spontanée » de Tempire. — Cf. p. 1, 2 : « . . .The glory of the British political system in often said to lie in this fact that itts a growth ; that ithas adapted itself, and is capable of continuous adaptation, to the necessities of national dévelopment. . . this fact is a race characteristic... » ; p. 3 : « Furlher progress must be safe-guarded in the same way, etc.. » Il voudrait — cf. p. 300 et suiv. — que les politiques anglais eussent en vue seulement « l'adaptation graduelle et continue de la machinerie nationale existante aux nouvelles besognes impériales qu'elle devra bientôt remplir... t.

borna à approuver les travaux de défense de la colonie du Cap proposés par le déparlement des colonies, à acquiescer à rengagement des colonies australiennes de contribuer désormais à l'entretien de l'escadre anglaise spécialement affectée à la protection de leurs côtes. On termina par un simple échange de vues sur l'adoption d'une législation uniforme des brevets et marques de fabrique, sur l'établissement de combinaisons postales et télégraphiques nouvelles, sur les moyens d'éviter des conflits de lois en matière de mariage, sur l'exécution des jugements rendus aux colonies, des déclarations de faillites...

Et l'histoire des trois autres conférences internationales, d'Ottawa, en 1894 ; de Londres, à l'occasion du jubilé de la Reine Victoria en 1897 ; de Londres enfin en août 1902, immédiatement après les fêtes du couronnement, ne serait qu'une reproduction, dans ses grandes lignes, de l'histoire de la première (1 ).

(1) Bien des mois à Tavance de ces réunions, on voit la presse impérialiste en escompter et promettre de mirifiques résultats. Elle profite pour chauffer à blanc Topinion de cette excitation particulière que sus« citent dans les imaginations anglaises les grands spectacles u impériaux » qui toujours coïncident avec la convocation des représentants des colonies. Les aspects constitutionnels, économiques, militûres du problème fédéral sont discutés en détail, et le champ semble ouvert aux prévisions les plus optimistes...

Mais dès les premières séances, les difficultés de l'application se révèlent innombrables . L'idée d'une fédération panbritannique est écartée. On renonce à discuter l'établissement d'ensemble d'une union douanière; enfin l'Angleterre doit se contenter en guise delà contribution effective qu'elle demandait à ses charges militaires, de protestations et

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C'est ainsi que les relations entre la métropole et les colonies anglaises n'ont subi, en août 1902, aucune modification notable; cette dernière conférence, si bruyamment annoncée, n'a pas pénétré plus avant que celles ^e 1894 et de 1897 dans la voie des conventions précises et des concessions réciproques qui sont Tavenue de toute fédération (1).

Voici comment la note officieuse parue vers le 1 5 août 1902 dans les principaux journaux anglais rend compte des résultats immédiats de cette conférence :

« Lesquestionsdeladéfenseimpérialeetducommerce impérial ont formé les deux principaux sujets des délibérations de la conférence. Les résultats ont été satisfaisants au point de vue impérial. Il a été adopté des résolutions concernant Taccroissemenl des contributions des colonies à lentretien de la marine impériale, contributions auxquelles le Canada consente participer, et concernant aussi un système de tarifs préférentiels entre les colonies et la mère-patrie. Il importe toutefois de bien comprendre que les résolutions aux-

de promesses... Les apparences sont sauvées par la conclusion de quelques arrangements accessoires, et l'on se quitte enfin sur de bonnes paroles.

Quant à la presse impérialiste, elle organise le silence sur les résultats acquis, avec autant de soin qu'elle avait monté la réclame des succès espérés.

(1) La fédération est définie par Proudhon (Cf. Du principe fédéra" tify p. 66) : un contrat synallagmatique et commutatif par lequel les contractants se réservent une pari de souveraineté et abandonnent l'autre part, pour la sauvegarde de chacun et dans l'intérêt de tous, à un organe commun, librement élu et représentant la fédération.

quelles s'est arrêtée la conférence ne lient pas sous leur forme actuelle le gouvernement impérial ni les gouvernements coloniaux, mais doivent être soumises aux diverses législatures de TEmpire.

« A la dernière séance, il a été décidé, aprèsdiscussion, d'augmenter dans une certaine mesure les subsides des colonies à la marine impériale, et l'amirauté prépare un tableau établissant les charges respectives qui devraient incombera chaque colonie. On a aussi pris en considération un projet en vue d'affecler une partie des forces locales des colonies à la défense impériale en cas de besoin. Tandis que certaines colonies (le Cap, Natal et la Nouvelle-Zélande) ont accepté la proposition de constituer des réserves impériales, d'autres (le Canada et l'Australie) se contentent de s'engager àmainlenir leurs forces locales en état de servir, s'en remettant à la bonne volonté de la population pour assister le gouvernement impérial, si le besoin s'en faisait sentir , comme elles l'ont fait dans la récente guerre.

« La contribution de la colonie du Cap pour la marine est fixée à 50.000 £ (1.250.000 fr. par an au lieu de 750.000) et celle de Natal à 40.000 £ (875.000 fr.).

« La conférence a émis le vœu que de plus grandes facilités fussent données aux coloniaux désireux d'entrer dans le corps d'officiers de l'armée et de la marine impériale.

« En ce qui concerne le commerce de rempire,on s'est rallié en principe^ sans entrer dans les détails j à la poli-

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