‹ L'impérialisme démocratiqueChapitre 14 sur 46 · IV · texte numérisé non relu

IV

préfère employer d ordinaire le terme de ^ souveraineté » plutôt que celui de « pouvoir w afin de caractériser Tobjet principal des ambitions humaines, c est qu'il étudie surtout, nous le verrons, Teffetde cette ambition chez les gens du g^rand monde, chez les fervents de l'Honneur, chez les friands de la lame. Il est donc amené à la considérer comme une tendance innée qui nous porterait à nou^ faire justice nous-mêmes, par la vendetta ou par le duel, et à usurper de la sorte les attributions de la Souveraineté, qui sont l'apanage de la Société ou de l'État dans une organisation bien policée. En effet, si. les relations entre hommes étaient les mêmes que celles qui s'établissent trop souvent de peuple à peuple, et de souverain à souverain, et si leurs différends se réglaient par les mêmes procédés, on verrait régner jusque dans le sein des groupes traditionnels l'état de nature au sens hobbiste de ce mot, c'est-à-dire la guerre de tous contre tous. — C'est bien là le spectacle qui se présenterait à nos regards si les hommes étaient abandonnés sans éducation ni contrainte extérieure à leurs instincts natifs, et nous ne verrions rien sans doute de cette concorde spontanée que les théories de Shaftesbury sur la sociabilité donnaient pour naturelle à l'homme.

« Prenez, dit Mandeville, cent sauvages du sexe masculin; supposez-les pour un moment dépourvus de femmes, afin d'écarter un prétexte trop certain de zizanies; imaginez-les bien pourvus en revanche d une nourriture agréable et n'avant donc rien d'essentiel à se disputer ici-bas : Je suis persuadé, poursuit notre psychologue, qu'ils donneraient en moins d'une demi-heure des traits de cette estime de préférence dont je parle, par

Venvie de primer que chacun d'eux fera paraître. Les premiers qui en laisseraient échapper les marques seraient ceux qui auraient le plus de force de corps ou d'esprit, ou de tous les deux en même temps. "

Aussi, les lois fondamentales de tous les pays tendentelles à corrig^er cette faiblesse, ce défaut ou ce peu de disposition que les hommes ont naturellement pour la société. « Il est visible que toutes ces lois sont destinées à servir comme autant de remèdes pour contrecarrer ou pour déraciner V Instinct que f homme a naturellement pour 1(1 souveraineté (1). >» A l'appui de cette assertion, l'auteur de la Fable des Abeilles présente une curieuse analyse des commandements du Décalogue mosaïque (2) qui, tous, lui paraissent tournés plus ou moins directement contre rinstinct pour la Souveraineté, l'Amour de la domination, le penchant à nous emparer de ce qui est à notre bienséance, comme si nous en avions le haut domaine par droit de naissance. Le dixième commandement en particulier, celui qui a pour but de refréner la passion de l'Envie, « insinue très directement que cet Instinct pour la Souveraineté, ayant beaucoup de pouvoir sur nous, est une maladie très difficile à guérir... La Sag^esse divine, connaissant parfaitement la force de ce principe intéressé qui nous obligée à envisager tout comme nôtre, a observé (jue si l'Homme convoite de cœur une chose, cet instinct le gouverne et le persuade de mettre tout en œuvre pour parvenir à raccomplissemcut de ses désirs (3 . »

(1) Fahlv, IV, i;i2

(2) Ihid., i:W cl »uiv

(3) Ibid., 135.

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