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Mandeville historien

Observons d'abord que la Sociologie descriptive ou Philosophie de l'histoire n'est nullement le champ des

découvertes de Mandeville moraliste ; ce n'est point sur le passé que sa sag^acité sexerce le plus heureusement, bien qu'il ait assez long^uement raisonné de l'homme sauvag^e. Il n'a rien d'un historien. Il croit aux législateurs primitifs, qui surent réformer d'un seul coup la nature humaine; tels les Lycur^jue et les ^uma. Le dix-huitième siècle n'avait pas percé le voile mythique qui enveloppe ces personnages lég^endaires, dont le nom résume 1 œuvre de nombreuses ^générations, appliquées à perfectionner le pacte social. Les penseurs de cet âg^e payèrent une telle erreur d'optique par l'insuccès de leurs tentatives finales en vue d une brusque refonte des cœurs et des cerveaux de leurs contemporains.

Toutefois, le bon sens instinctif de Mandeville corrigée un peu les illusions de son époque par des pressentiments évolutionnistes qui ne sont pas sans mérite. A plusieurs reprises, il rappelle que les •« inventions sont lœuvre de beaucoup et que la sag^esse humaine est fille du temps (I ). » Sur ce point encore, c'est le spectacle de la société britannique qui lui apporta les plus précieuses suggestions : « Occupez-vous, dit-il, pendant un mois ou deux à considérer et à examiner en détail tous les arts, toutes les sciences, tous les commerces, tous les métiers et toutes les occupations qu'on voit dans une ville comme Londres: faites ensuite attention sur toutes les Lois, les Défenses, les Ordonnances et les restrictions qu'on a jugées absolument nécessaires... Elles tendent toutes au même but, je veux dire à plier, à réprimer cl à dissiper les passions désordonnées... Cette immense quantité de règles parais-

(1) Eitquiry into thc oriifin of honoiir^ p. 41,

i:STRODUCTION 101

sent sortir cFune sagesse consommée dès qu'elles sont bien entendues. . . Il y en a fort peu qui soient l'ouvrage d'un seul homme et d'une seule génération. Pour la plupart, elles sont le produit et l'ouvrage réuni de plusieurs siècles (1). »

La morale des Belles manières et de V Honneur.

De ce même esprit d'observation attentive — et, au total, sympathique — à l'égard de sa patrie d'adoption, Mandeville a tiré ses intuitions morales si frappantes. A ses fréquentations aristocratiques, il dut des notions précieuses sur la puissance de l'opinion ou de la tradition; à ses amitiés bourgeoises, de curieux pressentiments économiques. — Et d'abord, la familiarité de quelques grands seigneurs, de lord Macclesfield en 'particulier, paraît lui avoir ouvert des horizons inattendus sur le code des Belles manières et sur la religion de THonneur dont il a fait les thèmes préférés de ses considérations éthiques. Il faudrait, en abordant l'examen de ses recherches sur ce sujet, citer tout entier son brillant portrait du gentilhomme accompli. Bornons-nous toutefois à quelques traits caractéristiques (2) : « L'équipage de ce seigneur est riche et bien choisi. Dans tout ce qui lui appartient, on ne voit rien qu'on put changer en mieux... Il semble qu'il fasse consister tout son bonheur à faire plaisir à ses

(1) Fable, IV, 214 et suiv.

(2) Id., III, 62 et suiv.

amis... Il a le palais très fin: cependant, il préfère les mets sains à ceux qui sont uniquement délicats et ag^réables au g^oùt. Quelque envie qu'il ait de mang^er d'un mets, s'il peut vraisemblablement craindre qu'il nuira à sa santé, il ne satisfera jamais son appétit. Les personnes de sa suite sont habillées mag^nifiquement, tandis que luimême est vêtu fort simplement... Il arrive rarement que ce seig^neur sorte d'une maison où il n'ait rien trouvé à louer, mais jamais ses élo^jes outrés ne sont contre le bon sens (I)... Se re^jardant comme le père de ses fermiers, il considère leur intérêt comme inséparable du sien. Il restitue au double toutes les pertes grandes ou petites qu'on peut avoir souffertes à son occasion... Personne n'est mieux servi que lui, quoiqu il ne g^ronde jamais ses g^ens. Toujours raisonnable dans ce qu'il ordonne, il ne parle jamais au moindre laquais sans avoir ég^ard à sa qualité d'homme... Il les loue souvent en leur présence, mais il abandonne à son maître d'hôtel le soin de censurer ou de congédier ceux qui le méritent. On ferme les yeux chez ce seigneur sur plusieurs défauts et on pardonne pour la première fois les grosses fautes. »

Ne croirail-on pas revoir ici, après dix-sept siècles écoulés, la silhouette de quelque nouveau Sénèque,

(1) M.mdi'ville a ailK-urs un amusant tléveloppcnient sur le flopnic de la raison hrilannicjuc compare à la farontlc de la passion méridionale : • Les Fran(;ai8, dit-il, cl surtout les PortU{;ais nous donnent une scène tri'S amusante par la mani«re outrée dont ils {jeslirulent... Je suis charmé que la mode de parler bas soit é-tablie en Anjjleterre parmi les personnes bien élevées... Lorsque quelqu un. s'adressant à moi d une manière posée, sans faire aucun {jeste ni aiu-un autre mouvement de la tête ou du corps continue à me parler «1 un tt»n de voix siuq)le et uni, sans le hausser ni le baisser... cette con<luite me donne lieu d imaginer qu il croit que les passions n'ont aucun |)oiivoir sur mon esprit, et que la Raison est mon unique guide. Peut-il exciter de pensée plus agréable? « (Fdhir, IV, 16^.)

transportant sur les sommets de la vie l'équilibre raisonné, le sage utilitarisme des disciples d'Épicure et de Zenon — dont le christianisme des premiers siècles conserva, en les améliorant encore, les excellentes disciplines morales? — Aussi, Ton sent plus vivement en cet endroit les inconvénients qu'entraine la psychologie ambiguë de Mandeville, puisque, après avoir contemplé de près ce portrait de maître, l'on ne saurait décider vraiment laquelle de la sympathie admirative ou du dénigrement ironique y a tenu les pinceaux. Voici en effet l'hypocrite conclusion qui nous est suggérée par Cléomènes, le porteparole de l'auteur ; ce gentilhomme^, incomparable dans Tart de bien vivre, agit cependant par un mauvais principe, à savoir par les conseils de la vanité, cette passion innée qui ne saurait produire rien de chrétien. — Double erreur, ainsi que nous l'avons déjà dit : en premier lieu, ce n'est pas la vanité seulement, mais bien le souci tout à la fois utilitaire et efficacement social de ménager l'opinion publique qui fait agir ce seigneur avisé ; et, en second lieu, il peut être fort bon chrétien, si Ton renonce à n'employer ce mot que dans une exception exagérément mystique (1).

Ceci est une analyse des Belles manières, comprises au sens large que le Léviathan accordait déjà à ce mot. La morale de l'Honneur a plus encore occupé Mandeville. Sa Fable des Abeilles en discute mainte fois les préceptes, et son dernier ouvrage fut une enquête approfondie sur

(Ij Sur la conciliation possible entre le souci de l'honneur ou de la bonne renommée et les prescriptions de 1 humilité chrétienne, on peut consulter la charmante discussion de saint François de Sales, {Introduction à la 17e dévote, 3^ part., chap. vu.)

104 LIMPÉUIALISME DÉMOCRATIQUE

l'ori^nne de cette religion altière. — L'Honneur, qui tend à faire de Thomme u?2 objet de révérence pour lui-même, n'est pas autre chose qu'un principe militaire de discipline civique, assez voisin de ceux dont la morale antique a tiré son orig^ine (T . Il e>t la formule germano-chrétienne (2) dont nos races européennes ont tiré 1 un de ces codes impérialistes qui, conçus pour appuyer laction efficace en commun, se sont partout construits chez les peuples énergiques sur les fondements mêmes de notre nature, sur une rudimentaire, mais néanmoins clairvoyante psychologie impérialiste de l'âme humaine. La Grèce en connut un de cette sorte dans la constitution dorienne de Lvcurgue, 1 Islam dans certaines parties du Coran, les conquérants Mongols dans leur Yaça; le Japon le possède, dit-on, dans son *. Bushido y .

Une fois de plus, la psychologie incohérente de Mandeville la empêché d accorder une approbation sans réserve et sans repentir à un sentiment dont il aperçoit si bien par instant les avantages. — Parce qu'il confond étourdiment avec la vaine Gloire ou vanité imprudente les deux instincts, si nettement utilitaires en réalité, de Self-liking et de Souveraineté, qui ont créé, de son propre aveu, la religion de l'Honneur, il se laisse entraîner à lui attribuer une origine misérable '3\ à en faire une siupide crédulité de la vanité^ une intoxication par la vanité (4). Il est vrai qu'en exhalant ses invectives, il songe surtout à cette conséquence du point d'honneur qui est le duel,

(1) Voir \ lutrotluction au sci'ond vohiino de cette Philosophie de l Impérialisme : Apollon ou Dyonysos?

(2) Mandeville reconnaît les orijjines pothiques de rhonneur.

(3) En<iiiiry into the oiiqin of honour, p. 130.

(4) Ibid., p. 49.

véritable manie chez certains hommes d'honneur de son temps. Mais ce n'est point sur ses abus qu'il fautju^jer une institution sociale.

Quand il n'est point égaré par le souvenir irritant de quelque bretteur, Mandeville a le regard trop clair pour ne pas apprécier favorablement les conséquences sociales du point d honneur. Ce fruit de la haute estime que chaque individu a pour soi-même est, dit-il, une passion ti'ès utile (1) . Issue de la digriiié de notre nature, elle nous met en état de surmonter toutes les difficultés (2) : « Je pourrais démontrer que nous serions de misérables créatures si nous ne l'avions pas, quoiqu'elle produise des maux à l'infini quand elle passe de Justes bornes (3). '> Il faut seulement la garder de Teffronterie et la retenir dans les bornes de la Raison 4).

On ne saurait mieux dire (5) . Le Désir du pouvoir, contenu par la Raison, est en effet le plus viile des principes de vie, qu'il s'appelle stoïco-épicurisme^ honneur chevaleresque ou christianisme sensé! — Au surplus, la morale des Belles manières et de l'Honneur avait été l'objet

(1) Fable, III, 105. -

(2) Ibûl., 103.

(3) Ihùl., 105.

(4) Ibid., 104.

(5) Jusque sur le combat singulier qu'il raille sans cesse, Mandeville a un passage qu il affirmera plus tard « ironique » [Fable, III, 121 et 122), mais qui ne le paraît qu'en ses dernières lignes et renferme une grande part de vérité : « Ceux qui condamnent les duels, a-t-il écrit dans les Remarques de \ Essaim munmirant, ne font pas attention aux avantages considérables que la société retire de la mode qui les autorise... Rien en effet ne civilise davantage les liommes et n'adoucit plus leur caractère que la crainte... Ne serait-il pas étrange qu'une société se plaignit de la perte d'une demi-douzaine dbommes, lorsque leur mort procure à ses membres des biens d aussi grand prix que sont la politesse, les douceurs de la conversation et le bonheur des assemblées en général, » [Fable, I, 281.)

d'études approfondies un demi-siècle avant les écrits de Mandeville. Dans lentourage de ce duc de La Rochefoucauld dont il admirait les Maximes, à la cour de Louis XIV qu'il visita probablement et où peut-être il recueillit quelques su^j^jestions utiles, une petite société choisie et raffinée avait déjà cherché à définir de façon théorique, la morale de Y honnête homme. Saint-Evremond, Gramont, Hamilton, ^inon de Lenclos comptaient parmi ses membres; deux autres, Miton et Méré (I;, furent les amis de Pascal dont ils préparèrent la vocation de moraliste. — Miton, — que les Pensées interpellent en ces termes : « Le moi est haïssable; vous, Miton, vous le couvrez, vous ne lôtez pas pour cela» . — Miton (2) avait écrit sur THonnêteté ; et il estimait que « pour se rendre heureux avec moins de peine, et pour 1 être avec sûreté sans crainte d'être troublé dans son bonheur, il faut faire en sorte que ies autres le soient avec nous » , car, alors, tous les obstacles sont levés, et tout le monde nous prête la main. G est « ce ménagement de bonheur pour nous et pour les autres que l'on doit appeler honnêteté, qui n'est, à le bien prendre, que V amour-propre bien réglé. » Merci, Miton, voilà une morale utilitaire qui laisse peu de chose à désirer au point de vue de ses répercussions sociales, n'est-il pas vrai?

Quant au chevalier de Méré qui, raillant le pédantisme géométrique du jeune Biaise Pascal, l'amena à découvrir les mérites de 1' « esprit de finesse » , il fut par excellence à son époque le théoricien de \ Honnête homme (3), qui

(1) Vdii I «'(lulr (Ir Svi.NTK-RKrvK sur Mérr. (Portraits littéraires, III.)

(2) Sur Miton, voir lu corrcspondaïuT do Mkrk. {tH\nrres. vol. III. p. 2:i6, 261, 327, Paris, 1692.)

(']) V(»ir dans» 8C» Œuvres posthumes (Paris. 1700), le discours (te ta Vraie Honnêteté.

INTRODUCTION lOT

serait, à l'entendre, un épicuro-stoïco-chrétien de la plus noble sorte. Après avoir cherché le type dans Ulysse, dans Alexandre et dans César, le chevalier^ se convertissant sur le tard, finit par lever les yeux jusque sur le Christ afin d'incarner dignement son idéal d'honnête mondaine. — Et la tendance des recherches morales auxquelles se complut ce g^roupe d'esprits ing^énieux éclate dans un propos que Méré attribue à La Rochefoucauld : « Je crois qu'on pourrait faire une maxime que la vertu mal entendue n'est génère moins incommode que le vice bien ménagé n'est agréable.. . pour être effectivement vertueux, au moins pour l'être de bonne g^râce, il faut savoir pratiquer les bienséances. » Voilà donc à peu de chose près, dans la bouche du grand seigneur chrétien, l'épigraphe qui fit scandale au dix-huitième siècle en tête de la Fable des Abeilles. Mandeville connut certainement par Bayle le nom et quelque chose des idées de Méré ; peut-être même est-il allé puiser directement à cette source originale pour mûrir ses propres vues morales.

Morale des Belles manières. Morale de l'Honneur, Morale de l'Honnête homme, ce sont autant de tentatives en vue de constituer une morale individualiste rationnelle, qui devient indispensable en tout temps, dès que faiblissent l'influence de la tradition et l'empire de l'instinct. Il semble que cet Horace qui, dans les Dialogues de Mandeville, a charge de contredire le hobbisme psychologique défendu par Cléomènes, se convertisse enfin à la morale individualiste et impérialiste rationnelle que son adversaire fonde sur le Self-liking et sur l'Instinct pour la sou-

(1) Enquiry into the origin of honoiir, p. 6.

veraineté : «Je comprends maintenant parfaitement bien, dit-il (l), ce que vous entendez par Self-liking . Vous pensez que nous sommes tous nés avec une passion manifestement distincte du Self-love, qui lorsqu'elle est modérée et bien réglée excite en nous l'amour de la louang^e, le désir d être applaudi et estimé par les autres et nous porte à bien a^jir, mais que cette même passion, lorsqu'elle est excessive ou mal dirig^ée, offense autrui, nous rend odieux et est appelée Vanité! « Voilà un excellent schéma éthique et il faut savoir. gré à Mandeville de l'avoir tracé. L honneur offre — de façon incomplète sans doute et précaire, mais efficace cependant — une règle de vie dont la sanction réside tout entière dans les jugements de l'opinion publique. Or, un code de cette sorte fut de tout temps l'idéal des législateurs réfléchis. A-vouons pourtant que celui-là n'est point parfait encore. Mandeville en a signalé d'assez amusante façon les lacunes. *' L'homme d'honneur, dit-il (1), doit payer son créancier de la table de jeu, mais non celui du comptoir de marchandises; il ne peut se rebeller contre le jugement de ses pairs, mais il se révolte contre sa patrie, s'il sejuge lésé par elle. '» Enfin, ^' il pourrait bien se faire quelque peine de séduire la femme, la fille ou la sœur d'un de ses amis, ou une personne qui lui a été confiée : hors de là, il peutc... avec tout le monde. »

Aussi bien que le duel, ces licences sont des défauts et des abus du sentiment de l'honneur qui n'autorisent pas à en méconnaître les bienfaits. Cléomènes, après avoir fait triompher ses convictions semi-hobbistes en psycho-

(1) Fahir, î. 287.

lo(}ie, ne peut s'empêcher pourtant de revenir encore vers le rigorisme éthique de son inspirateur et il recommence à mal parler de THouneur. Sur quoi, Horace, intervertissant leurs rôles, se prend à le morigéner à son tour (1). « Pourtant, si ce principe de l'Honneur, — qu'il soit d'ailleurs fondé tant que vous voudrez sur la Vanité, la Flatterie et une déplorable éducation, — produit plus de bien que la meilleure doctrine du monde, parce que nid ne peut vivre selon cette dernière, pourquoi ne pas lui accorder votre approbation? « — « C'est, répond à peu près Gléomènes, qu'il ne sert qu'au tonporel de la société et détruit nos espérances dans un autre monde; c'est qu'il est exactement l'opposé des préceptes du christianisme. Sans doute les passions de fierté, de susceptibilité, d'esprit de revanche sont nécessaires à une société pour l'avancement de sa puissance et les jouissances de la Gloire humaine, mais un chrétien ne doit-il pas sacrifier ces choses aux espérances éternelles?» — Arguments qu'Horace refuse le plus souvent, comme nous l'avons vu, de prendre au sérieux dans la bouche de son adversaire, et que tous les lecteurs de la Fable des Abeilles ont considérés du même œil au dix-huitième siècle.

Ainsi, l'honneur, condamnable en son principe au point de vue rigoureux, est favorable à la puissance des sociétés. Il ne l'est pas moins à leur bonne ordonnance intérieure. Car — Mandeville le fait observer à justre titre, — la loi de l'honneur se distingue des lois coutumiéres en ce que celles-ci ont visiblement pour objet de contenir les passions antisociales par la crainte, sentiment déprimant, restric-

(1) Enquiryj p. 82, <

IJO L'IMPÉRIALISME DÉMOCRATIQUE

tion toute factice de notre Désir du pouvoir. — Au lieu que l'Honneur, s'adressant aux passions fondamentales de Self-liking et d'Instinct pour la Souveraineté, s'efforce de prévenir le désordre social en flattant et en caressant ces deux faiblesses innées de notre Nature (1), afin de les opposer efficacement à toutes les autres; en sorte que le Désir du pouvoir soit encore satisfait jusque dans l'acte de renoncement utile à la société} qu'il sug^g^ère. — L'Honneur démontre donc, par la conduite de ses adhérents dans la paix ou dans la guerre, que les vices particuliers sont utiles au bien public^ — si nous nous souvenions que la passion égoïste, même gouvernée par la Raison, est vice au regard du riMforisme mvstico-chrétien de Mandeville. — Cette remarque nous achemine vers l'examen de la plus retentissante, de la plus scandaleuse affirmation de Mandeville : celle de l'utilité des vices particuliers pour l'avantage du public.

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