V. — La crise de Vincen.nes et l'homme bon par sa nature
Rousseau ne contredit pas toujours Mandeville dans le détail, car nous avons signalé dans leurs écrits quelques tendances communes. Il n'en fut pas moins amené, par son tempérament émotif et par son inconscient impérialisme plébéien, à adopter en psychologie, et par suite en morale, une attitude directement opposée au hobbisme latent de la Fable des Abeilles. Voici quelle fut la genèse de ce mémorable événement.
Nous avons dit que son org^ueil mal satisfait, le contraste entre sa vie urbaine misérable du présent et son existence rurale délicieuse du passé avait suscité, vers 1749, dans l'àme mystique de Rousseau une fermentation dissimulée, une exaltation contenue qui n'attendaient qu'une occasion pour éclater au grand jour. « Une bile noir-e rongeait mon cœur, » écrira-t-il plus tard à Malesherbes, en parlant de cette époque critique. — Les Confessions racontent à peu près en ces termes l'incident qui fit déborder la coupe d'amertume et révéla à Jean-Jacques sa vocation de Messie plébéien. Au cœur de 1 été, Diderot fut enfermé au donjon de Vincennes pour quelques passages de sa Lettre sur les aveugles qui avaient blessé, diton, une femme influente : « Rien ne peindra jamais, dit Rousseau, les angoisses que me fit sentir le malheur de mon ami. Ma funeste imagination, qui porte toujours le mal au pis. s effaroucha. Je le crus là pour le reste de sa vie. La tète faillit m'en tourner. J écrivis à Mme de Pompadour, pour la conjurer de le faire relâcher ou d'obtenir qu'on m'enfermât avec lui. " Par bonheur, la captivité de Diderot fut adoucie peu après, car si elle eût duré (juelque temps avec la même rigueur, Rousseau estime qu'il serait mort de désespoir au pied du malheureux donjon!
Le prisonnier était fort affecté de son aventure : sa solitude lui avait fait une- impression terrible et il avait besoin de la société de ses amis pour ne pas se livrer à son humeur noire : " Comme j'étais assurément, poursuit Jean-Jacques, celui qui compatissait le plus à sa peine, je crus être aussi celui dont la vue lui serait la plus consolante, et tous les deux jours au plus tard, malgré des
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occupations très exigeantes, j'allais, soit seul, soit avec sa femme, passer avec lui les après-midi. Cette année 1749, l'été fut d'une chaleur excessive. On compte deux lieues de Paris à Vincennes. Peu en état de payer des fiacres, à deux heures de l'après-midi, j'allais à pied quand j'étais seul, et j'allais vite pour arriver plus tôt. Les arbres de la route, toujours élagués à la mode du pays, ne donnaient presque aucune ombre, et, souvent, rendu de chaleur et de fatigue, je m'étendais par terre, n'en pouvant plus. Je m'avisai, pour modérer mon pas, de prendre quelque livre. Je pris un jour le Mercure de France^ et, tout en marchant et en le parcourant, je tombais sur cette question proposée par l'Académie de Dijon : « Si le progrès des « sciences et des arts a contribué à corrompre ou à épurer tt les mœurs? (1) A l'instant de cette Xecinve^jevis un autre univers, ei']e devins un autre homme. » N'est-ce point là le coup de la grâce, quelque chose comme la conversion d un Saiil sur le chemin de Damas? Ou encore l'une de ces soudaines rénovations d'un caractère jusque dans ses assises profondes, dont Schopenhauer, le mystique le plus écouté de notre époque, a fait un des articles de sa doctrine morale? L auteur des Confessions ajoute en cet endroit : » Quoique j'aie un souvenir vif de l'impression que j'en reçus, les détails m'en sont échappés depuis que
(i) C est là précisément le problème que se posa Mandeville, et la question de 1 Académie telle que Rousseau la voulu comprendre. En fait, le véritable sujet, c était non pas le procjrès, mais le rétablissement des lettres et des arts, avec ses conséquences sociales : en d'autres termes, l'influence morale de la Renaissance. Et il est facile de constater que le début du discours de Jean-Jacques se tient prudemment dans les limites de ce programme, dont il ne s écarte d'abord qu insensiblement, et comme à la dérobée, pour aborder enfin la seule question qui lui tienne à cœur : son paradoxe contre la civilisation !
je les ai déposés dans une de mes lettres à M. de Malesherbes. »
Transportons-nous donc à cette source-là a6n d'achever, pièces en mains, la description d'un événement qui a laissé dès traces durables dans l'histoire du monde : «J'allais voir Diderot, alors prisonnier à Yincennes ; j'avais dans ma poche un Mercure de France que je me mis à feuilleter le long du chemin. Je tombe sur la question de l'Académie de Dijon qui a donné lieu à mon premier écrit. Si jamais quelque chose a ressemblé à une inspiration subite, c'est le mouvement qui se fit en moi en cette lecture; tout à coup, je me sens 1 esprit ébloui de mille lumières : des foules d idées vives s'y présentent à la fois avec une force et une confusion qui me jeta dans un trouble inexprimable; je sens ma tête prise par un étourdissement semblable à l'ivresse. Une violente palpitation m'oppresse, soulève ma poitrine; ne pouvant plus respirer en marchant, je me laisse tomber sous un des arbres de l'avenue, et j v passe une demi-heure dans une telle agitation qu'en me relevant, j'aperçus tout le devant de ma veste mouillé de mes larmes, sans avoir senti que j en répandais. Oh! monsieur, si j'avais jamais pu écrire le <]uart de ce que j'ai vu et senti sous cet arbre, avec quelle <.^larté j'aurais fait voir toutes les contradictions du svstème social ! Avec quelle force j'aurais exposé tous les abus de nos institutions, avec quelle simplicitéj'aurais démontré <]ue l'homme est bon naturellement ci que c'est par ces institutions seules que les hommes deviennent méchants. Tout ce que j'ai pu retenir des foules de grandes vérités qui, dans un quart d heure, m'illuminèrent sous cet <irbrc, a été bien faiblement épars dans les trois princi-
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paux de mes écrits, savoir : ce premier Discours, celui de r Inégalité eile Traité de T éducation, lesquels trois ouvrages sont inséparables et forment ensemble un même tout. Tout le reste a été perdu, il n'y eut d'écrit sur le lieu même que la prosopopée de Fabricius. »
Retournons aux Confessions pour achever de nous éclairer sur le caractère de la crise de Vincennes : « En arrivant à Vincennes, j'étais dans une agitation qui tenait du délire. Diderot l'aperçut : je lui en dis la cause et je lui lus la prosopopée de Fabricius, écrite en crayon sous un chêne. Il m'exhorta de donner l'essor à mes idées et de concourir au prix (1). Je le fis, et dès cet instant, je fus perdu. »
La conséquence immédiate de la crise de Vincennes fut en effet le Discours sur les sciences et les arts ; puis, en raison de son foudroyant succès, toute la correspondance d'apologie et d'éclaircissement qui s'y rattache; enfin, à titre de résumé de cette première campagne en faveur de la Bonté naturelle, la Préface de la comédie de Narcisse, qui atténue plutôt les précédentes déclarations de l'auteur et formule ses conclusions sociologiques en termes assez modérés. — Au contraire, le Discours sur linégalité, fruit d'une seconde révélation, — ou plutôt d une seconde crise d'exaltation sentimentale et impérialiste plébéienne — dont le théâtre fut la forêt de Saint- Germain, montrera de nouveau les caractères du mysticisme et du sophisme inconscient.
(1) Marmontcl a donné une toute autre version de cette aventure; mais il est contredit par le témoignage de Diderot lui-même, bien que ce dernier soit ujoins précis que Rousseau dans ses souvenirs ; et Jean-Jacques n avait au surplus nul intérêt à inventer de toutes pièces ces incidents si caractéristiques.
Cueillons cependant dans la Préface de Narcisse quelques-unes de ces exégèses apaisées, qui aident à comprendre Rousseau, et à reconnaître une part de vérité dans sa prédication tendancieuse. — Voici par exemple une esquisse de la morale du clan, qui n'est pas dépourvue de pénétration; elle laisse cependant dans l'ombre toutes les dispositions étroites, superstitieuses et oppressives de l'individualité originale, qui forment dans cette conception de la vie commune la rançon d'une unité sociale plus marquée (1). «En Europe, le gouvernement, les lois, les coutumes, l'intérêt, tout met les particuliers dans la nécessité de se tromper mutuellement et sans cesse; tout leur fait un devoir du vice; il faut qu'ils soient méchants pour être sages, car il n'y a point de plus grande folie que de faire le bonheur des fripons aux dépens du sien. Parmi les sauvages, l'intérêt personnel parle aussi fortement que parmi nous, mais il ne dit pas les mêmes choses : l'amour de la société et le soin de leur défense commune sont les seuls liens qui les unissent; ce mot (\c propriété, qui coûte tant de crimes à nos honnêtes gens, n'a presque aucun sens parmi eux; ils n'ont entre eux nulle discussion d'intérêt qui les divise; rien ne les porte à se tromper l'un l'autre; l'estime publique est le seul bien auquel chacun aspire et qu'ils méritent tous. " — Oui, l'estime publique est en effet plus tyranniquement nécessaire que partout ailleurs au sein de ces organismes sociaux rudimentaires, car son verdict défavorable y a d'ordinaire les effets d'une condamnation à mort. Et comme les discussions d'intérêt sont simplihées,
(1) Édillon Mussay-Pathay, IX, 234.
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sinon annulées quand les intérêts eux-mêmes sont de Tordre le plus humble, la concorde s'établit et se conserve dans leur sein à moins de frais. Là où il n'y a rien, le roi perd ses droits; et la Volonté de puissance ne saurait prospérer beaucoup alors qu'elle ne sait où se prendre.
Telle apparaît aux yeux de Rousseau la « nature intacte » , pour employer le lang^age de Pascal. Voici qui n'est pas moins sage au sujet de la » nature corrompue » et des « réparations » qu'il est possible d'y apporter de nos jours. C'est à peu de chose près ce que Nietzsche a nommé depuis le problème de Socrate (1), à savoir : la conduite que doit tenir une société humaine lorsque, l'individualisme y croissant avec le prog^rès de la raison et de la sécurité, la révolte se marque chaque jour davantage contre les disciplines de fer que la coutume, — souvent superstitieuse et en partie irrationnelle encore, — continue de faire peser sur les membres du groupe associé. Rousseau , partisan du clan patriarcal , l'est naturellement de la coutume, et se montre ici traditionaliste intransigeant : « Tout peuple qui a des mœurs, et qui, par conséquent, respecte ses lois, et ne veut point raffiner sur ses anciens usages, doit se garantir avec soin des sciences et surtout des savants dont les maximes sentencieuses et dogmatiques lui apprendront bientôt à mépriser ses usages et ses lois, ce qu'une nation ne peut jamais faire sans se corrompre. Le moindre changement dans les coutumes, fût-il même avantageux à certains égards, tourne toujours au préjudice des mœurs ! »
Voilà qui est étroit à souhait; mais le compatriote de
(1) Voir notre étude sur Nietzsche : Apollon ou Dionysos? p. 171 et suiv. Paris, Pion, 1905.
Tell n'en convient pas moins que, une fois ces précieuses mœurs envolées, il faut alors utiliser, afin de les remplacer du moins par quelque discipline, ces mêmes sciences qui les ont tuées : « Les mêmes causes qui ont corrompu les peuples servent quelquefois à prévenir une plus grande corruption ; c'est ainsi que celui qui s'est g^âté le tempérament par un usage indiscret de la médecine est forcé de recourir encore aux médecins pour se conserver en vie. Et c'est ainsi que les arts et les sciences, après avoir fait éclore les vices, sont nécessaires pour les empêcher de se tourner en crimes... Elles détruisent la vertu, mais elles en laissent le simulacre public, qui est toujours une belle chose; elles introduisent à sa place la politesse et les bienséances, et, à la crainte de paraitie méchant, elles substituent celle de paraître ridicule... Ce simulacre est une certaine douceur de mœurs qui supplée quelquefois à la pureté, une certaine apparence d'ordre qui prévient l'horrible confusion, une certaine admiration des belles choses qui empêche les bonnes de tomber tout à fait dans 1 oubli. " Les réminiscences de Mandeville et de Shaftesbury sont ici patentes et la déduction ne laisse pas d'être assez raisonnable. L'on pourrait enfin s'associer de bon cœur au programme actuel et pratique que le préfacier de ISaj-cisse esquisse en ces termes : u Puisqu'un peuple vicieux ne revient jamais à la vertu, il ne s'agit pas de rendre bons ceux qui ne le sont plus, mais de conserver tels ceux qui ont le boiilieur (le Ictre. » Or, pour parler plus nettement, il convient de conserver par tous les moyens les acquisitions d'altruisme instinctir (juc 1 humanité doit à la vie du clan, — et, eu parlicnlior, le sentiment de h\ faîuille, —
sans nourrir Tespoir de les réveiller facilement dans le cœur de ceux qui échappent, dès à présent, à leur empire. A ces derniers, il n'est d'autre ressource que de parler raison y — tout en s'avouant le caractère précaire d'un semblable frein. — Il est même permis de compter sur l'avenir pour imprimer dans le cœur de leur postérité une nouvelle Bonté naturelle ^ issue de la raison longtemps pratiquée sous des formes nouvelles.
Par malheur, Jean-Jacques a si souvent oublié les prudentes restrictions (1) dont il corrigea son culte de la Bonté naturelle^ que la plupart de ses lecteurs les ont ignorées, ou du moins néghgées à leur tour. Ils ont alors tenté d'impuissants et parfois funestes efforts pour remonter le courant de l'évolution individualiste, entreprise dont leur guide lui-même avait affirmé la vanité. — De plus, si Rousseau crut devoir appuyer son impérialisme plébéien sur l'assertion mystique de la Bonté naturelle, et par suite sur l'apologie de la constitution patriarcale du clan, il fut aussi un individualiste excessif, un égotisle pathologique par tempérament. Il a donc sapé d'une main les vieilles institutions qu'il prétendait soutenir de l'autre. Il a inauguré la grande contradiction de notre temps : mysticisme humanitaire pour hier et pour demain, individualisme effréné pour aujourd'hui. L'auteur de la Nouvelle Héloïse, en proclamant le droit
(1) L'esprit, par quelques côtés supérieur chez cet incomparable virtuose de la phrase, a des retours étonnants de lucidité et de bon sens au cours de ses périodes les plus exaltées. Il faut lire par exemple ces lettres pleines de finesse et de clairvoyance au bénédictin philosophe dom Deschamps. (Voir Beaussire, Antécédents de VHégélianisine. Paris, 1865.) Et i^l n'a jamais vu plus clair dans son œuvre que le jour ovi il dit à Hume : « Je crains toujours de pécher par le fonds, et que toutes mes théories ne soient pleines d'extravagances. »>
souverain de la passion; celui d'Emile, en arrachant son pupille à l'influence familiale; celui du Contrat social, en rayant d'un trait de plume l'autorité morale de la tradition, a contribué plus que tout homme en ce monde à hâter la transformation des usagées, des coutumes et des mœurs qu'il aurait voulu conserver. Et presque tous les romantiques, ses descendants, furent des révoltés contre l'autorité de la famille d'abord, et contre la tradition sociale ensuite, bien que le « sentiment » dont ils se réclament, n'ait pas d'autre orig^ine et d'autre point d'appui que ces antiques disciplines de l'espèce.
VI. — L'évolution de la bonté naturelle dans l'esprit de Rousseau, et de son caractère d'aristocratisme plébéien.
Nous avons indiqué déjà que, chez Rousseau, la fol dans la Bonté naturelle se fonda bien moins sur une vue de la raison que sur un instinct impérialiste latent; de là sans doute le caractère vag^ue et flottant que revêt cette conviction chez son apôtre le plus, fougueux. — Nous n'avons point ici le loisir d'éclaircir par de longes développements les cinq formes principales qu'il lui a successiment données, et nous nous contenterons de les énumérer rapidement. — Il définit tout d'abord la Bonté naturelle par la Vertu, (ju'on trouve invoquée à deux reprises dans cette prosopopée de Fabricius, seule écrite '^ en crayon » sous l'arbre fatidique. Vertu Spartiate et romaine d intention, mais derrière laquelle on perçoit une va^^iie
mélodie d'opéra et un reconnaissable parfum de roman. Durant quatre ou cinq années, Jean-Jacques essaya d'en donner l'illusion à l'opinion publique, après quoi il reconnut et proclama, depuis lors, sur tous les tons que, même édulcorée et taillée à la mesure des personnages de lAstrée, la Vertu ^ «qui n'est que travail et que combat (1) » . n'était point son fait. Toutefois, parce qu'il ne cessait nullement après cet insuccès de se regarder comme le type et le héros de la Bonté naturelle plébéienne, il jugea que cette qualité souveraine devait donc être autre chose que la ii vertu » .
Le Discours sur rinégaliié, conçu dans la forêt de Saint- Germain au cours d'une sorte de crise mvstique moins violente, mais plus prolongée que celle de l'avenue de Vincennes, réduisit la bonne disposition fondamentale de l'homme à la sympathie ou compassion (2) . « Méditant sur les premières et simples opérations de l'àme humaine, je crois apercevoir deux principes antérieurs à la raison, dont l'un nous intéresse ardemment à notre bien-être et à la conservation de nous-mêmes, et l'autre nous inspire une répugnance naturelle à voir périr ou souffrir tout être sensible, et principalement nos semblables. " De la combinaison de ces deux principes découlent toutes les règles du droit naturel, règles que la raison est ensuite forcée de rétablir sur d autres fondements quand, par ses développements successifs, elle est venue à bout d'étouffer la nature . » Tel est le point de départ de la psvchologie romantique, la compassion antérieure à la raison, et mère, avec
(1) Voir les Confessions et surtout les Dialogues, I. 265. eilit. Mussav- Pathav.
(2) Édition Mussay-Pathay, I, 247.
un vague amour de soi, de toutes les vertus sociales. — Encore ce second mobile est-il écarté bientôt de l'horizon moral du réformateur. » Mandeville, écrit-il '1), n'a pas vu que de cette seule qualité, la compassion, découlent toutes les vertus sociales qu'il veut disputer aux hommes. En effet, qu'est-ce que lag^énérosité, la clémence, l'humanité, sinon la pitié appliquée aux faibles, aux coupables, à 1 espèce humaine en g^énéral... La bienveillance et Tamitié \2) sont, à le bien prendre, des productions d'une pitié constante, fixée sur un objet particulier. »» On sait que la psycholog^ie et la morale de la compassion n'ont plus cessé de hanter la pensée moderne depuis cette initiale profession de foi du romantisme théorique. Schopenhauer en particulier, le rénovateur du mysticisme contemporain, leur a procuré un regain d influence, un siècle après qu'elles eurent pour la première fois séduit les esprits et les coeurs.
Cependant, au cours de V Emile, Rousseau fait encore un pas en arrière pour s'éloigner de l'interprétation outrée qu'il avait d'abord paru proposer de la Bonté naturelle. Dans ce Traité de l'éducation, ce n est ni la vertu Spartiate, ni même, à proprement parler, la compassion qui sont primordiales chez l'homme, car cette dernière qualité a besoin d'être éveillée et insensiblement développée dans le cœur du précieux pupille de Jean-Jacques. C'est ici le sentiment moral intérieur, la conscience^ qui parait être la forme véritable de la Bonté naturelle. Cette « immortelle
(1) Eilition Miissay-Pathay, I, 2V6
(2j Voir la psychologie toute invstiquc de l'aïuitié qui est esquissée dans la onzième des curieuses lettres inédites à Mme d'Houdetot, réceumicnt publiées par les soins de M. II. Buffenoir.
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et céleste voix, ce g^uide assuré d'un être ignorant et borné mais intelligent et libre » fait cette fois à elle seule Y excellence de notre nature. Nous voilà plus près de l'homme simplement candidat à la raison par nature, et c'est là que Kant ira puiser le thème à la fois mystique et stoïcien de sa morale. Mais encore faudrait-il donner plus nettement cette raison naturelle pour un simple germe, qui dut être lentement développé par l'expérience de la vie sociale. En réalité, la conscience, telle que nous en percevons aujourd'hui la voix, n'est pas plus primordiale que la compassion; elle n'est qu'un résumé d'expériences antérieures, et bien éloignée d'ailleurs d'être chez tous un guide assuré dans la voie rationnelle, — ainsi que Jean-Jacques lui-même, le prototype de la Bonté naturelle, l'a suffisamment démontré par ses faiblesses, — elle ne possède cette qualité que dans les tempéraments sains, en qui la voix de la Raison n'est pas sans cesse étouffée par celle de la passion du moment.
Dans la Lettre à M. de Beaumont, la Bonté naturelle, poussée dans ses derniers retranchements par les sarcasmes de ses adversaires rationalistes et encyclopédistes, revêt une forme plus décidément stoïcienne encore ; elle devient V amour de V ordre, qui, « développé et rendu actif, porte le nom de Conscience. » Elle n'est donc plus, en définitive, que la Raison utilitaire, décidée à conserver la société humaine pour l'avantage de l'individu.
Mais, par un brusque mouvement rétrograde, assez explicable après l'accès de folie nettement caractérisé qui surprit Rousseau vers la cinquantaine et fit taire en son esprit les scrupules du bon sens inquiet, la Bonté naturelle ressuscite dans les Dialogues et dans les Rêveries,
sans restriction ni pudeur. Il est vrai qu'elle s'y réduit désormais à la setisibilité toute pure, qui n'est plus g^uère qu'une sénile pleurnicherie à propos de tout et de rien. C'est sous cette dernière forme quelle a connu ses plus g^rands succès, et qu'elle a définitivement conquis les con* temporains.
Quel est pourtant le secret du charme durable, universel de cette doctrine incohérente et sans cesse contredite par les faits, dont un éminent moraliste contemporain, M. E.-M. de Vogiié, disait récemment qu'à (jrandpeine, dans les cerveaux les plus cultivés de notre âge, elle cède aux leçons darwiniennes, tandis que la foule lui conserve une invincible et infinie complaisance. La satisfaction qu'elle apporte au sentiment ne suffit pas à rendre compte de son attrait, car elle est ouvertement ou tacitement acceptée par des esprits qui n'ont rien de sentimental. ]Son, son secret, c est qu'elle est un déguisement mystique, prodigieusement habile et séducteur, de Faristocratisme et de l'impérialisme plébéiens. En effet. — Nietzsche la rappelé avec éclat à la génération présente, — les aristocraties de tous les temps ont appuyé par instinct leur utilitarisme impérialiste sur un mvsticisme fort propice à Icnthousiasme de la conquête. Elles ont donc jugé et proclamé sans hésitation : « Nous sommes les botis, les favoris de Dieu, et tout le reste est mauvais, inférieur, incapable, dégradé, maudit du ciel. » — Or, tel est précisément le sens de la Bonté rousseauiste: elle est en apparence une embrassade attendrie: en réalité, un cri de guerre, une explosion de haine, de vengeance cl de mépris !
Dire : L'homme naturel est raisonnable, ce n'est encore
qu une assertion assez égalitaire, car on ne saurait refuser sérieusement la raison aux privilégiés de l'ordre social. Dire au contraire : L'homme naturel est bon, en ajoutant sans cesse que le noble et le riche sont mauvais ; c'est dire : L'homme du peuple, le plus rapproché de la ^sature par sa capacité, sa vie, ses tendances, est, non pas un attardé qui peut et doit s élever à la force du poignet sur les degrés de la pyramide sociale que d autres ont gravis plus lestement que lui ; mais, tout au contraire, un aristocrate passagèrement méconnu, odieusement atteint dans ses privilèges de caste, et qui régnera demain par la seule grâce de son droit divin, sans avoir rien à changer auparavant à sa personnalité accomplie ! Le peuple ne fut-il pas humain, trop humain, en prêtant l'oreille à la voix du courtisan avisé de sa puissance naissante qui lui a le premier tenu bien haut ce langage?
De plus, il est tout autrement facile de se croire " bon » , — en laissant dans le vague le sens de ce qualificatif flatteur, — qu'il ne l'est de se croire raisonnable. Jean- Jacques s'est obstinément attribué la première de ces qualités, en se refusant le plus souvent la seconde, en se proclamant même " vicieux » à l'occasion, et il a défié le genre humain de mettre au jour un être meilleur que lui-même ! En même temps qu'il se décernait de ses propres mains et tout le long de sa vie ce brevet de perfection native, il en délivrait sans compter de semblables à tous les plébéiens, ses frères d'origine. Gomment ne l'auraient-ils pas cru sur parole, et pour longtemps? Ils le suivent donc, imperturbables, jusqu'à ce que 1 impérialisme trop mystique dont il leur a légué les maximes laisse place quelque jour en leur esprit, devant les leçons
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(le 1 expérience et la brutalité des faits, à une appréciation plus rationnelle de leur propre mérite et de ceux de l'homme en j^^énéral.
Helvétius, éclairé par ses convictions hobbistes en psychologie, avait su discerner déjà ce caractère particulier de la Bonté rousseauiste, thèse d union en apparence, de privilégie en réalité. — Jean-Jacques (1), écrit-il dans rHomme, s'est dit : " Les hommes sont paresseux, vains, ennemis de tout esprit supérieur. Les médiocres sont pénétrés d'une haine secrète pour les savants. Que j'en persuade rinutilité, je flatterai la Vaniic du stupide; je me rendrai cher aux ù/norants. Je serai leur maître, eux mes disciples, et mon nom, consacré par leurs éloges, remplira l'univers... En un mot, je dirai les hommes bons, et je flatterai le désir qu'ils ont de se croire tels. » Et le porteparole de Y Encyclopédie, — à bon droit irritée contre l'éloquent transfu(je du rationalisme qu'elle avait d'abord réchauffé dans son sein, — ajoute en cet endroit : « Ig^nore-t-il donc qu il s opère une révolution sourde dans les esprits, et que 1 i^ynorance à la long^ue se décrédite elle-même? » ^on seulement l'ig^norance, pourrait-on conclure, mais encore la bonté se décrédite qui n'est pas née de l'effort, et n'a d'autre titre à présenter que le témoig^nage dont elle se gratifie par sa propre bouche. C'est là une vérité qui a commencé de se faire jour, et qui sera placée eu pleine lumière par le cours des événements de demain!
I aut-il établir cependant par des arguments plus précis la teinte toute aristocratique de la Honte naturelle chez Rousseau? Voyez combien orgueilleusement il en refuse
(l) Étlition Didol, De l'IIomun-, p. 328.
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le privilège à quiconque n'est pas de son bord. Lisez le Traité de V éducation^ où les riches apparaissent mauvais et inhumains, dégénérés, pourris, semblables à des moisissures poussées sur le corps social; où Emile sera choisi pourtant dans cette classe dégradée afin que son précepteur soit du moins assuré d'avoir fait un homme de plus, au lieu (\\x un pauvre peut devenir un homme par lui-même. N'est-ce pas la morale aristocratique dans sa primordiale ingénuité? — On sait que la Nature est le dieu de Rousseau qui s'en juge le Fils incarné ou le Messie prédestiné. Aussi, dans la forêt de Saint-Germain, est-ce avec une fierté significative, qu'il trace à sa façon l'histoire des premiers temps de Ihumanité, et qu'il « s'élève auprès de la Divinité » (1) pour lui demander ses secrets. Il est riiomme de la Nature et sent assez que cette bonne mère a mis dans son enfant de choix toutes ses complaisances. Nous avons dit quels transports elle inspire à son cœur, comme il s'abandonne avec confiance entre ses bras tutélaires, au cours des délicieux téte-à-tète qu'il sait se ménager avec elle : « 0 Nature, o ma mère, me voici sous votre seule garde ! » , s'écrie-t-il en détachant les amarres de son canot, sur le lac de Bienne. Et, si on lui signale près de Monquin une fontaine « d'eau glaçante » qui tue les buveurs imprudents, il s'empressera d'aller s'abreuver à cette source redoutable, afin d'en démontrer l'innocuité certaine à des blasphémateurs qui osent bien « calomnier la Nature, craignant jusqu'au lait de leur mère (2) » . Voilà, n'est-il pas vrai, un anthropomorphisme qui ne laisse rien à désirer?
(1) Edition Mussay-Pathav, II, 172.
(2j Edition Auguis, Correspondance, VI, 97.
Toutefois, la Nature ne se sent des entrailles de mère que pour les Plébéiens, qui seuls sont demeurés fidèles à ses inspirations et se montrent encore aujourd'hui façonnés à sa ressemblance. " Les vrais sentiments de la Nature tip. rèfjnentque siir le peuple (1). » Et ailleurs : « dans les émeutes, dans les querelles de la rue, la populace s'assemble, l'homme prudent s'éloigne. C'est la canaille, ce sont les femmes de la halle qui séparent les combattants, qui empêchent les honnêtes gens de s'entré(Torger (2). » Ce passage est bien caractéristique du sophisme rousseauiste, séduisant au premier coup d'œil par son apparente vérité, absurde par Textension qui lui est arbitrairement donnée. Encore quelques années et les « tricoteuses » allaient démentir ce jugement par trop optimiste, cette aveugle confiance dans la nature humaine abandonnée à l'impulsion de l'instinct. — Pourtant, seront seuls désabusés tout d'abord les nobles ou bourgeois qu'une complaisance sentimentale a placés sous l'influence de la prédication de Rousseau. Le peuple n'a point sujet de renoncer si vite aux convictions flatteuses qui lui ont été inculquées. D'un enseignement si insidieux sortira tout au contraire le dogme révolutionnaire de la raison et de la bonté assurée du peuple (3 . A ce point qu'à Toulon, par exemple, la peine de mort punira
(1) Édition Musssay, XL 18:5
(2) Édition Mut;sav-Palli;i\ , IV, 24-7.
CS) Au surplus. Ton jx'ut diviniser lo Pcuplr par un grand P, et n apprécier que niédioerenient le contaet de ses représentants en chair et en os. .lean-Jaccnies a avou<'- dans les Confessions qu il n aimait que les •« utains lilanelies » ; elStrndlial. giandi parmi U>s adoialcurs d<* Rousseau, a écrit en parlant de son enfance : •> J'abhorre la canaille (pour avoir des communications avec) en uu'uu" temps <pie sous le nntu de peuple, je «lésirc imssionnément son honheur. ( lïe de Henri liruLiid, p. 150.^
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durant la Terreur tel fonctionnaire public qui aura pris quelque précaution contre une effervescence prévue du populaire. N a-t-il pas douté de la justice et de la bonté plébéiennes, c'est-à-dire ébranlé le dog^me fondamental de la religion impérialiste nouvelle ?
A ce sentiment aristocratique si marqué, il ne manque même pas chez Rousseau l'expression physiologique, la prétention à se justifier par les vertus du sang et de la naissance. L'auteur des Dialogues écrira : « Ce qui est dans Tordre de la Nature, c'est un mortel bien né, qui n'a jamais reçu du ciel que des passions extensives et douces, que des penchants aimants et aimables, qu'un cœur ardent à désirer, mais sensible. " Sans doute il n"v a là qu'une métaphore, mais elle est caractéristique, et au total l'on voit combien judicieusement on a pu écrire de lui que nul écrivain ne fut « plus propre à rendre le peuple superbe » . — Ajoutons encore une fois que, sous l'influence de Rousseau, cette bonté aristocratique dont le plébéien se réclamera désormais à Texemple de son prophète prend une couleur sentimentale, larmoyante et nettement mystique — qui n'exclut pas au surplus les explosions de la passion sans contrôle, bien au contraire. — C'est la bonté de « nos habitants (1) » . Elle n'a rien de commun avec la Bonté apollinienne et stoïcienne dont se targuaient les Agathoi doriens. Celle-là fut la vertu antique au sens propre du mot de vertu, le régne de la raison et du devoir. Après avoir cherché à s'y hausser pour un instant, Jean-Jacques s'en est vite reconnu et proclamé incapable. — Sa bonté aristocratique à lui,
(1) Saiste-Becve, Causeries du lundi, III. 180.
c'est ridéal trouble et antisocial sous ses apparences altruistes qui restera celui de psychologie l'omaniKjue.
Dans le premier volume de cette Philosophie de i Impérialisme, nous avons étudié un intéressant théoricien de rimpérialisme de race, un homme qui s'efforçait de peindre les peuples aryens purs comme une aristocratie naturelle du globe, destinée par Dieu à conquérir la terre pour communiquer à tous ses habitants les principes de la culture véritable (1) . Or sous notre plume se plaça, de façon irrésistible, un rapprochement entre le comte de Gobineau, fier de son extraction germanique féodale, et le fils de l'horloger de Saint-Gervais, orgueilleux de ses origines populaires; entre l'auteur de \ Essai sur l inégalité des races et celui du Discours sur l origine de l illégalité (2). Nous n'avions pourtant pas discerné assez nettement dès lors ce qui nous suggérait cette comparaison inattendue. En voici la cause : Si Gobineau est l'apôtre mystique de l'impérialisme indo-germanique de race, Rousseau est le prophète de l'impérialisme j)lébéien de classe; et c'est pourquoi l'accent de leurs vanités, de leurs préjugés, de leurs haines a des intonations parentes. Chez l'un et chez l'autre l'interprétation du passé, l'appréciation du présent, parfois la prévision de l'avenir s'élaborent sous l'influence de la même inspiration, à la fois utilitaire et mystique. Là où le premier songe à pousser en avant le Plébéien, le second se préoccupe de recommander l'Aryen; et chacun de louer avec la même complaisance, souvent avec le même parti pris, la divinité
(1) Sainth-Beeve, Causeries du lundi, 111. J80.
(2) V(tir le Ciuutc de Gobineau et l'Aryanisvie historiquCy p. 112. Parie., Pion, 190:L
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tutélaire qu'il s'est faite à Timage de son rêve ambitieux.
Rappelons en terminant que, si Rousseau étaya son impérialisme plébéien d'une conviction déjà toute mystique, celle de la Bonté naturelle^ telle qu'il la définit sous l'empire de son tempérament morbide, son disciple inconscient, Fourier, — le second père du socialisme romantique, — travailla lui aussi, par une interprétation plus follement mystique encore de ce privilège d'orig^ine, à marquer l'impérialisme plébéien de notre âge d'un caractère jusqu'ici insuffisamment rationnel. En un mot, la Bonté naturelle, qui est pour le peuple son titre à la domination, a été définie à ceux qui y prétendent par des détraqués, doués de talent littéraire certes, mais en revanche marqués des stigmates évidents de la régression psychique et, par là, très propres à entraîner sur leurs pas des hommes peu capables encore de prévision à longue échéance. En réalité, la Bonté naturelle de l'homme, son titre au gouvernement de lui-même et de ses semblables, c'est la Raison en germe.
Il importe donc d'aider cette grande force élémentaire qui est l'Impérialisme plébéien de notre âge, dans son retour — au surplus manifestement dessiné déjà — vers une psychologie moins follement optimiste et vers une morale plus sagement utilitaire. Il faut rétablir dans la pensée des réformateurs de demain, avec la notion de la Volonté individuelle de puissance, celle d'une sorte de péché originel dont le mysticisme intéressé de Jean Jacques a trop détourné la pensée de notre temps. — Pourtant, il nous sera permis d'emprunter à la foi chrétienne quelque chose dans sa confiance dans la sagesse suprême et de juger jusqu'à un certain point bienvenu
rindividualisme impérialiste, ce fardeau héréditaire de riiumanité sociale. Nous dirons de lui comme de la chute dAdam : Félix culpa. à la condition expresse qu'il soit corrigé par cette Rédemption qui est la maîtrise de soimême, et par la préoccupation du bien d'autrui [l] , à titre de support rationnel de notre bien propre.
(1) Il n est même pas défendu de s'associer jusqu'à un certain point au\ esptfranoes sentimentales que Jean-Jacques a réveillées dans la pensée moderne : Si la Bonté n'est que la raison sociale devenue instinctive, descendue dans les profondeurs obscures du subconscient, après avoir été longuement exercée de façon consciente dans le même cadre de vie simple: si. aujourd hui fleur exquise et fruit savoureux de la période semicommuniste des sociétés humaines, elle est veillée à juste titre avec un soin jaluux par les traditionalistes amoureux du passé, car nulle acquisition de 1 espèce n'est plus utile à sa conservation, tandis qu'elle est en revanche sapée par 1 individualisme impatient d une émancipation sans réserves, nv pourra-t-elio cependant reparaitrc plus tard sous une autre forme, à titre de reflet de la raison individuelle par\-enue à son tour à un plein épanoui!?sement? Alors l'on parlera peut-être à nouveau de Bonté naturelle: comme le Ht Rousseau dans \ Emile, on soutiendra tout au moins que la bonté existait en germe dans la nature humaine, et v fut développée par une soigneuse culture. Seulement, cette fois encore, il ne faudra pas oublier que la Raison utilitaire et calculatrice fut la mère nourricière de cette Bonté. — trop empressée parfois à renier ses origines réfléchies et à s'illusionner sur ses propres forces, au risque de se perdre par sa présomption imprudente.