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prlcté intellii'jlble, rationnelle, légitime, hors desquelles elle demeure usiirpatoire et odieuse. Et, même dans ces conditions, elle conserve quelque chose d égoïste qui m'est toujours antipathique. Ma raison égalitaire, anti^jouverne- Hientale, ennemie de Tacharnement et des abus de la force peut admettre, appuyer la propriété comme un bouclier, une place de sûreté pour le faible ; mon cœu?- ne sera jamais avec elle. Je nai pas besoin quant à moi, ni pour g^ag^ncr mon pain ni pour remplir mes devoirs civiques, ni pour la félicité, de cette concession (1) . Je n'ai pas besoin de la rencontrer chez les autres pour venir en aide à leur faiblesse et pour respecter leur droit. Je me sens assez d'énerg^ie, de conscience, de force intellectuelle pour soutenir dignement toutes mes relations, et, si la majorité de mes concitoyens me ressemblait, qu'aurions-nous à faire de cette institution?... « Propriété particulière » , je rencontre parfois ce mot écrit en gros caractères à l'entrée d'un passage ouvert et qui me semble une sentinelle vous défendant de passer. J'avoue que ma difjuité d'homme se hérisse de dégoût. Oh î je suis resté en cela de kl religion du Christ qui recommande le détachement, prêche la modestie, la simplicité d'àme et la pauvreté du cœur. Arrière le vieux patricien impitoyable et avare, arrière le baron insolent, le bourgeois cupide et le dur paysan, durus arator! Ce monde m'est odieux; je ne puis î^aiiner \\\ le ^ oir. Si jamais je me trouve propriétaire, je

(1) Il V ;i luMiicouj) (I illiiMon timiiivc tlaiis roUo asscrlion. En fait, — el avec prande raison, — Proiullioii. père tlo faiiiillo. a loiitt' soiivenl tir devenir propriétaire et rcjjretté (1«* n v point parvenir. •« Si vous saviez, mon «"lier ami, combien il m'ennnir <!«' batailler sans c« «se |>our mon pain «piolitlicn. Je «levai» avoir du produit «b^ mes publications un capital accpiin et comptant de trente mille francs. (îhaqiie anicroche de la Révolution ;i détruit mes esp«'rances, etc... » [Corrcsponttam-i'.y V, 61).

L'IMPERIALISME PROLETARIEN AU DIX-NEL VIEME SIECLE 249

ferai en sorte que Dieu et les hommes, les pauvres surtout me le pardonnent! » Nous voilà tout à fait hors du domaine du raisonnement. Il n'est pour ainsi dire pas un seul des termes de cette page éloquente qui ne porte à faux et ne joue sur des équivoques verbales. Quel peut être le sens de cette phrase : « Je n'ai pas besoin de rencontrer la propriété chez les autres pour venir en aide à leur faiblesse? » Mais telle est la logique des sentiments et rinconséquence de la passion qui s'ignore.

On sait que Proudhon n'est nullement collectiviste; l'idéal qui passe dans son rêve mystique, c'est une propriété personnelle mais à peu près également répartie, et par suite, nécessairement médiocre, car l'âge lui a enlevé ses illusions fouriéristes de jeunesse. 11 ne croit plus au trentuplement de la production par une nouvelle organisation économique ; en espérer le quadruplement serait déjà utopique à son avis. Et c'est pourtant, dit-il, ce que les masses se refusent à comprendre (1). A qui la faute? pourrait-on lui répondre. Il a fait sur le tard le compte de ce qu'une famille française de quatre personnes posséderait après une répartition égalitaire de la fortune publique : ce serait environ 3 fr. 50 par jour (2). Et les trouvailles de l'industrie, du commerce, de 1 extraction ne peuvent, écrit-il, augmenter que fort peu le produit actuel de la journée de travail. — En présence d une si réfrigérante statistique, notre homme se prend, un peu tardivement, à exhorter ses frères plébéiens au renoncement stoïque. La pauvreté égalitaire qu'il leur annonce ne serait pas même, on le voit, la médiocrité dorée du

(1) La Guerre et la Paix, vol. II, p. 120.

(2) Ibid., p. 104.

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poète. C'est la médiocrité tout court: mais elle est inévitable, bonne, productrice d'allégresse. La raison nous commande d'v conformer notre vie par la tempérance. « Acceptez virilement, écrit-il. la situation qui vous est faite, et dites-vous une fois pour toutes que le plus heureux des hommes est celui qui sait le mieux être pauvre (1 ! » Acte de courag^e admirable qu'un pareil aveu dans la bouche d'un chef populaire! Celui qui s'y résout pour un instant s est enfin dég^ag^é des sug^(jestions ég^oistes et irrationnelles de l'état d'esprit démag^ogique; il touche au stoïcisme avoué et conséquent avec ses prémisses. Achevons enfin de caractériser par deux aveux sortis de sa plume : la thèse de la capacité productive égale dans le passé à' où est sorti d abord son cri de g^uerre. «la propriété, c'est le vol ; » puis, indirectement, tout le Capital de Marx, l'évangile du socialisme romantique. • ^ous marchons ^QlV le travail à l'égalité; chaque pas que nous faisons nous en rapproche davantage: si \di force, la diligence, l'industrie des travailleurs étaient égales, il est évident que les fortunes le seraient pareillement » ['2). Et encore, dans une lettre de Bergmann du 24 octobre 18 4 4 (3) : « Tu dois te rappeler maintenant que, selon Smith, la valeur a pour mesure le travail, en sorte que le problème serait résolu si le travail ou, ce qui revient au même, le produit était égal il liii-méine en qualité, quantité, etc. Or, c'est ce qui uapas lieu, et ce qu'il s'agit d obtenir par l'éducation />rogressive de Ihumanilé. «

(1) Oii(*l<|ue$ pages plii.< loin (p. 121) entraini- par riiabituilo. il parlera ilii u hii'ii-t'trc iiMMU » , «le la u ric'hf8>o inroiiipnrable " que produiraient «•«•fi 80 ffiiliMK'S par ptTsiiniu'.

(â) (Qu'est-ce t/ue ta Propriété.* p. 97,

{'\) Correspondu lier. 11. I()V,

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Ces dernières lig^nes se ressentent de la préparation commencée des Contradictions écononnciues.

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