ACTUELLE
nous apparaît comme une guerre nettement impérialiste par ses résultats. L'impérialisme de la République des États-Unis s'était déjà affirmé par son opposition à toute intervention française en Amérique, qu'elle fût belliqueuse et napoléonienne au Mexique, républicaine et pacifiste à Panama.
L'Angleterre, qui est placée sous le sceptre d'un roi constitutionnel, a étendu son empire dans le monde entier. Elle règne sur les Indes, l'Australie, le Cap, le Canada, etc. Elle possède l'empire des mers,
L'Italie, la dernière née des grandes nations européennes, n'a pas tardé, avec ses ambitions coloniales hâtives, ses revendications territoriales formulées au nom de l'irrédentisme, ses vues orientales non dissimulées, à afficher une politique impérialiste pour laquelle on trouve remplis de complaisance des hommes d'Etat français, qui semblent ignorer que, sur certains points, l'ambition de l'Italie ne peut se réaliser qu'aux dépens de nos traditions.
Le Japon, si récemment introduit dans le concert des grandes puissances, a inauguré, par deux guerres victorieuses contre la Chine et la Russie, une politique impérialiste qui en a fait l'arbitre de l'Extrême-Orient.
Que dire de la Russie qui, dans son effort pour arriver à la mer hbre, n'a cessé de reculer ses frontières, menaçant successivement, depuis un siècle, la Suède, la Turquie, l'Angleterre, la Perse, la Chine, le Japon, l'Autriche-Hongrie ? Ne prétend-elle pas à une sorte de protectorat sur tous les peuples de race slave? A combien de réflexions et d'observations ne serait-on pas entraîné par l'étude du développement de cet impérialisme ? Nous n'en voulons présenter qu'une, en la dédiant à nos pacifistes, à nos apôtres du principe des nationalités et de l'émancipation des peuples. La voici :
Une des premières manifestations de la politique pan-
slaviste russe a été la guerre entreprise par Alexandre II, en 1877, contre la Turquie, guerre où une victoire complète aurait à la fois libéré les peuples balkaniques du joug ottoman et placé sur la tête du Tsar libérateur la couronne des empereurs de Byzance.
De ce beau rêve, une faible partie fut réalisée : l'émancipation, incomplète d'ailleurs, de la Bulgarie. L'histoire actuelle nous révèle combien la politique d'émancipation des peuples, si populaire dans le Parlement français, a réussi à la Russie et de quelle reconnaissance est capable un peuple balkanique émancipé (') !
Le Congrès de Berlin, qui a réglé les questions soulevées par cette guerre russo-turque de 1 877-1 878, a ouvert la porte aux ambitions germaniques orientales, en procurant la Bosnie-Herzégovine à l'Autriche, et a déclanché la politique impérialiste de la France qui reçut en même temps l'investiture officieuse de la Tunisie.
Depuis lors, T Autriche-Hongrie, devenue le satellite de l'Allemagne, nous apparaît, avec quelle évidence pour ceux qui suivent le duel diplomatique de l'Autriche et de la Russie depuis quarante ans, comme son agent provocateur et sa pointe d'avant-garde pour toutes les questions balkaniques et orientales.
Quant à l'Allemagne, poursuivant un plan de politique impérialiste plus complet et plus grandiose qu'aucune des nations dont nous venons de parler, décidée à établir sa domination sur tous les peuples de race germanique, elle a rêvé aussi de donner à cette grande nation allemande l'hégémonie sur tous les autres peuples du monde, et d'arracher V empire des mers à l'Angleterre,
(i) Celte remarque n'atteint en rien l'héroïque Serbie.
l'impérialisme et la guerre actuelle 9
Avec quelle méthode scientifique, quel génie d'organisation, quelle duplicité dans la préparation, quelle férocité dans Texécution elle a cherché la victoire lorsqu'elle a brusquement abattu les cartes et dévoilé son jeu : c'est l'histoire tragique que nous vivons en ce moment.
En vérité, de quelque côté que l'on tourne les yeux depuis 1877 jusqu'à l'heure présente, l'histoire ne nous offre qu'une série de guerres provoquées par l'ambition ou le conflit des politiques impérialistes de toutes les grandes nations. Il y aurait donc une hypocrisie ridicule à nier l'évidence des faits. L'Allemagne, seule, montre une franchise cynique dans l'aveu du but qu'elle poursuit, magistralement exposé, peu de jours avant la guerre, par le prince de Bûlow dans son livre La Politique allemande.
Cet aperçu sommaire nous permet de reconnaître, dans l'impérialisme, l'affirmation de la volonté d'un peuple d'étendre sa domination et son influence au delà de ses frontières.
Cette volonté qui existe chez tous les grands peuples chefs de races, excepté chez les Chinois, se manifeste d'une façon plus ou moins efficace, suivant que leur constitution, leur politique intérieure, leur culture intellectuelle et leur santé morale en favorisent ou en contrarient le développement. Un ministre célèbre a dit : « Faites-moi de bonne politique, je vous ferai de bonnes finances. » On peut de même affirmer que la politique intérieure d'un pays est fonction de sa politique extérieure et que les méthodes de la conduite de l'Etat à l'intérieur de ses frontières doivent justifier, en lui donnant toute la force nécessaire, son ambition d'expansion à l'extérieur.
Il est non moins certain que si l'impérialisme chez les
l'impériamsmb français 2
différents peuples reçoit la même définition, il obéit, dans la pratique, à des visées très dissemblables, provenant de toutes les contingences objectives et subjectives qui en modifient l'application pour chaque nation. Les conceptions impérialistes s'adaptent au tempérament de chaque peuple, à la nature de sa civilisation, à l'idée qu'il conçoit de sa mission dans le monde, au but qu'il poursuit en cherchant à étendre ses possessions et ses zones d'influence et, au point de vue objectif, elles varient encore immensément par les progrès matériels et économiques qu'elles réalisent chez les peuples dominés, par l'idéal de culture qu'elles propagent, en un mot par la civilisation dont elles appliquent les principes et répandent les bienfaits en dehors de leurs frontières.
L'étude approfondie de l'impérialisme chez les grandes nations n'étant pas notre but essentiel, nous nous contenterons de présenter ici quelques réflexions générales sur les impérialismes anglais, allemand et français. Nous négligeons de parler de la civilisation slave qui ne paraît pas avoir l'ambition d'être exportée hors des limites de l'immense Empire moscovite. Il nous paraît également inutile de nous appesantir sur la civilisation américaine, qui nous apparaît comme un dérivé de l'anglosaxonne, avec une accentuation plus démocratique, et sur la civilisation italienne, parce qu'elle ne comporte aucun élément qu'on ne trouve représenté dans la civilisation française. Quant à la civilisation nipponne qui a emprunté sa force de propagation aux méthodes scientifiques de l'Occident, son étude n'infirmerait en rien les considérations que nous devons nous contenter de développer ici.
Les Allemands qui, dans la guerre actuelle, ont choisi