‹ L'impérialisme occidental; genèse de l'impérialisme anglaisChapitre 7 sur 17 · C. — Le jésaitisme colonial · texte numérisé non relu

C. — Le jésaitisme colonial

Ce n'est pas seulement dans ce pays prédestiné que la chaude mystique de Loyola s'oppose avec succès aux glaces du rationalisme protestant, sa formule se marque, tranchée, en matière de colonisation.

Il nous faut parler ici de la Chine, du Paraguay, et

aussi de cette doctrine de l'assimilation que nous avons associée à l'expansion hispano-portugaise.

Robert de Nobili s'habille en brahmane, se fait appeler Tatuva-Podapar-Suami, maître dans les quatre-vingtseize perfections et fonde les rites malabares. En Chine les pères Rémi et Verbiest accommodent la doctrine chrétienne à la sauce de Confucius. Ces déguisements ne servent de rien. Hindous, Chinois, Annamites ne digèrent les efforts jésuites que dans ce qui subsiste en eux d'apparences païennes.

Mais c'est dans l'Amérique du Sud, au Paraguay, chez les sauvages, que s'affirment le mieux la doctrine et les moyens, le miracle de ténacité persévérante qui marque leur mise en œuvre, et aussi la vanité de l'effort et l'échec.

Entre le Parana et l'Uruguay, dans un territoire de 180,000 kilomètres carrés, 100,000 Indiens environ sont réunis en trente villes. C'est-là que les bons Pères procèdent à l'expérience en grand de la Conquista de las aimas. Tous les idéologues du XVIIP siècle vont la suivre avec une anxiété de savants dans un laboratoire.

Ce sera navrant. Certes il y aura, par centaines de mille, des têtes de bétail, des moutons et des chevaux. Certes, les Indiens connaissent le catéchisme, se confessent, tirent à la cible, dansent, jouent du tambour et de la flîite. Certes, cette vie, bien que despotiquement et militairement imposée, pourra se réclamer d'un idéal communiste ancien comme la République de Platon. Mais à côté de vanités superficielles, il n'y a rien — ou si peu de chose — qu'on évoque, malgré soi, cet ancien régime français d'Haïti, le nègre retourné à la brousse dès le départ des maîtres, la plus inénarrable des mascarades. Dans le communisme jésuite du Para-

guay, l'indigène est officiellement converti, c'est un modèle d'obéissante vertu, mais, à chaque pas, on sent le cannibale prêt à reparaître dès qu'il ne verra plus levé le fouet du bon Père. Qui veut faire l'ange, fait la bête.

§4* — ^^ conflit judéo-jésuite.

Mais, dira-t-on, à amender l'âme indigène, le protestantisme n'a pas réussi davantage — et quant aux Juifs, ils ont peut-être colonisé, mais toujours en pique-assiettes chez de plus riches. C'est exact, aussi nous laisserons aux Jésuites le bénéfice de la générosité des intentions. Leur expérience communiste heurtant l'âpreté du capitalisme moderne, devait succomber — on l'a bien vu de nos jours quand Léopold II a refait un socialisme d'Etat au Congo, Un peu d'eau-de-vie de feu et une leçon d'âpreté mercantile sont beaucoup mieux compris des sauvages que le catéchisme, même enseigné au son du tambour.

L'expansion coloniale qui va réussir sera semblable à l'expansion commerciale et métropolitaine. Elle n'aura rien de l'idéal et de l'esprit jésuite, elle n'aura jDas la prétention de s'imposer aux âmes. Elle sera toute en excitations individuelles, toute en initiatives indépendantes. L'intérêt personnel, la conquête, le mouvement et la circulation de l'argent, la multiplication des affaires par celle des besoins, la seule soumission volontaire à la raison de chacun, sous une autorité indifférente, distante, rare et rude, tels seront les seuls moteurs capables de pousser les indigènes à s'améliorer eux-mêmes. Conquête et progrès purement matériels. Dans toute cette méthode, il n'y a rien qui touche au domaine des cœurs, rien qui rappelle l'essentiel du programme jésuite : la conquête des âmes.

Dans la colonisation des Hollandais et des Anglo- Saxons, comme dans toutes leurs méthodes, il s'agit d'un tir indirect. On atteint par ricochet, faiblement, les indigènes, mais on les fait collaborer à un marché dont profite avant tout le mercantilisme de la métropole. L'industrie y trouve des débouchés, le commerce y prélève sa dîme. La marine fait le trait d'union. Au centre du système siège la Bourse.

Il faut à ce mécanisme un Droit et une administration, c'est-à-dire une Force publique. Ce sera la Loi écrite, faite pour la Bourse par le Parlement, ce sera le Parlement, émanation de la Bourse, et le Gouvernement constitutionnel, émanation du Parlement.

C'est ici le point faible de la combinaison judéo-protestante et le point vital de la contre-révolution jésuite. Les pôles du système, la Bourse, le Parlement, ne sont viables qu'à la condition d'être puissamment gardés. Le Droit de l'Etat constitutionnel suppose la Souveraineté. Mais il faut qu'on la possède cette Force suprême, et voilà que c'est précisément sur elle que les Jésuites ont mis la main en s'assurant du gouvernement militaire et monarchique. L'impérialisme symbolique s'atteste par le globe et par le glaive. Le globe, ils l'ont couvert de leurs intrigues. Le glaive? Ils le tiennent par

la poignée.

Les Juifs l'avaient tenté déjà. C'est un Marano d'Anvers, Michesius, qui décide le Sultan à faire une diversion contre Philippe II au profit de la Hollande (i).

De même, le père Cotton s'insinue dans l'alcôve

(i) Strada, De bello belgico, t. V, p. 287. Edit. i653.

d'Henri IV, Maximilien P"" transforme Munich en im couvent. Le confesseur Lamormaini s'empare de l'empereur Ferdinand; avec la personne de Jacques II, ils peuvent même croire un instant qu'ils ont repris l'Angleterre.

Mais tout se défait constamment. Ils croyaient tenir Londres et voici que Cromwell fait triompher les Juifs, mais, par contre, Colbert était bien près de livrer la France à l'industrialisme protestant et Louis XIV révoque l'Edit de Nantes.

Ah! comme il est vrai que l'imprévu gouA^erne le monde et que ceux qui récoltent ne sont jamais ceux qui ont semé!

La lutte au XVIII^ siècle se fait confuse et les adversaires se rapprochent. Tandis que les Jésuites semblent enfin comprendre que leur conquête spirituelle manque de base économique et se lancent maladroitement dans la spéculation coloniale et le commerce de l'argent, les Anglais fortifient habilement leur puissance militaire.

Les guerres de la Révolution et de l'Empire forment la dernière rencontre de l'esprit jésuite incarné dans les princes continentaux et de l'esprit juif et parlementaire depuis trois cents ans fixé à Londres. Le vainqueur de Napoléon à Waterloo n'est pas Blticher, c'est Rothschild.

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