SCÈNE III
WARBECK
Voici le premier obstacle qui se dresse sur ma route depuis notre départ d'Edimbourg. D'où vient qu'il me
paraisse insurmontable? J'ai le pressentiment de marcher à la défaite, à la ruine... Et depuis que cet homme m'a parlé je me sens l'âme encore plus morne et plus navrée... Jamais sa voix ne me parut si fausse, son œil si louche, son maintien si cauteleux. Ah, Catherine, chère aimée, toi qui nous voyais déjà parvenus au terme d'une paisible conquête!... T'annoncerais-je ce contretemps ? (Il soulève la tapisserie et plonge les regards dans la chambre voisine.) Non, elle dort. Ne la réveillons pas. Qui sait quelles transes et quelles fatigues l'attendent demain... et les jours qui suivront... (Il tend l'oreille.) Que sa respiration est égale et douce. A peine le souffle d'un enfant, le frisson d'une fleur... Elle continue sans doute à s'éblouir aux mirages qu'elle m'évoquait tout à l'heure... Mais elle sourit, elle parle, elle murmure mon nom, elle me tend les bras, elle rêve de son époux.
La voix de CATHERINE (rêvant) Richard... Mon... beau... roi!
WARBECK (il laisse retomber la draperie avec une sorte de désenchantement)
Ah le roi!... Toujours le roi!
(Frans de Bruxelles est entré par la porte du fond avec des flambeaux. Il les dépose sur la table et il se tient derrière Warbeck i qui se retourne.)