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CHAPITRE IV

DES CHANGEMEiNTS DANS LA SOCIÉTÉ ROMAINE ET DANS LE GOU- VERNEMENT DE l'empire A l'Époque de dioclétien.

Les institutions fiscales d'Auguste, le'gèrement modifiées, appropriées aux nécessités des événements, se maintinrent dans leur ensemble jusqu'à la fin du second siècle, mais elles subirent naturellement le contre-coup des révolutions diverses qui caractérisent le iii^ siècle et particulièrement de la grande crise monétaire provoquée par la misère générale, par les altérations persistantes des monnaies d'or et d'argent et par la lutte mémorable du cuivre contre l'argent. En outre, il s'était accompli, dans la société romaine, au point de vue économique, comme au point de vue politique, des changements considérables qui préparaient la transformation de la plupart de ses éléments ; c'est la coïncidence de ces changements , contemporains et parallèles , qui donne tant d'intérêt et d'importance à cette époque dans l'histoire de la civiUsation : 1° tous les peuples méditerranéens sont soumis à la même règle; 2° les institutions monarchiques remplacent les institutions républicaines dans toute l'Europe romaine ; 3° l'esclavage se désorganise et diminue; 4° naissance, prédication , lutte, établissement du christianisme, religion unitaire; 5o développement de la culture du sol et de la propriété foncière, mise en exploitation du sol européen; 6° intervention des races du Nord dans le mouvement de la civilisation européenne , préludant à la réapparition des races du Midi asiatique et africain.

§ 1. Changements dans le gouvernement et la société politique.

Les idées républicaines ont définitivement disparu. On en trouverait encore quelques vestiges dans certains municipes, certaines colonies romaines qui en conserveront la tradition et

CHANGEMENTS DANS LE GOUVERNEMENT. 19a

le dépôt pendant les longs siècles du moyen âge, comme l'a remarqué Augustin Thierry. D'autres courants l'emportent. En général, l'influence des peuples d'Orient prévaut sur celle des peuples d'Occident. Ce fait est indépendant de la propagation du christianisme. Il tient à la supériorité de richesse et de civilisation, sous beaucoup de rapports, des peuples d'Orient. Il tient aussi à ce que les traditions, les mœurs, les lois des Orientaux sont étrangères aux idées républicaines et favorables aux idées monarchiques.

D'Auguste à Dioclétien la nature du gouvernement a été mixte. Le principe héréditaire n'a pu prévaloir encore sur le principe électif. Le Sénat a conservé une notable part dans le gouvernement. L'aristocratie sénatoriale reste en scène. A la fin du lii^ siècle tout change , l'hérédité s'infiltre partout. La noblesse titrée remplace l'aristocratie politique : le citoyen romain disparaît. Une nouvelle hiérarchie sociale, inconnue jusqu'alors aux peuples d'Europe, se prépare, se constitue et développe ses classifications (1). La cour est la tête et le cœur de toute la machine. La faveur prend la place du mérite. Un sourire de l'Empereur fait un homme d'Etat. Le consul en est réduit à signer les baux de ïager piihlicus ou du Fiscus; tous les fonctionnaires de la cour sont investis de titres en rapport avec leurs fonctions. Pour la première fois , apparaît l'almanach \mpéna.\, Xotitix populi fiomani. Après les hauts fonctionnaires, viennent les sénateurs, les grands propriétaires, ce sont les amis ou les compagnons de l'Empereur; on les intitule illustres, clarissimi, vespectabiles. Prennent ensuite rang, les propriétaires ordinaires ayant plus de 25 arpens. C'est la bourgeoisie de l'époque — l'expression ne convient pas à la condition

(1) Tous ces changements ont été exposés par M. Duruj-, dans des pages remarquables (tome VII, p. 34 et 228). Inutile d'insister sur leurs conséquences au \mni de vue fiscal et financier, a Parmi ces fonctions , dit M. Duru3-, les unes étaient honorifiques , les autres étaient très utiles, comme l'exemption de certains impôts, des droits de douane, des prestations, îles charges municipales (page 236). Ce sont les privilégiés des xviT' et xatii" siècles jusqu'en 1789. Les personnes ont, passé, les institutions sont les mêmes. Comparez la note en tête du S*" volume de V Histoire de la civilisation en France par M. Guizot et le livre de M. Xaudet Des changenients dans l'administration de l'Empire romain, 2 volumes, 1822.

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