PRESTATIONS
qu'ébauchées pendant la période précédente, sauf en ce qui concerne V Annona{\.); elles se régularisent durant celle-ci; elles prennent la forme qu'elles conserveront jusqu'à Charlemagne et même beaucoup plus loin. Elles se divisent en (2) :
1° Prestations militaires {Annonœ), fournitures de vivres, de vêtements, de chevaux, de fourrages et même d'armes pour l'armée; prestation de moudre le blé, prestation de cuire le pain, de fournir le charbon^
2" Prestations administratives, rations des fonctionnaires, les chevaux et fourrages pour la poste, les réquisitions de meubles, de bêtes de somme, l'entretien des mayisiones (hôtelleries), du Cursus publicus (la poste), les fournitures à faire aux manufactures de l'État ;
3" Le logement, qui deviendra le droit de gîte et qui s'est perpétué au-delà du moyen âge; il faut loger et défrayer l'Empereur, la Cour, les fonctionnaires, les soldats;
4"» Les corvées : véritables impôts que le contribuable payait sous forme de travail; il devait fournir un certain nombre de journées par an pour la construction et l'entretien des routes, des ponts, des édifices et magasins publics ; il devait prêter ses chevaux et ses voitures pour les charrois de l'État, même fournir de la chaux , du bois de charpente, du charbon, des cordages, etc. La plupart de ces prestations devaient être livrées
(1) Il existait des rapports étroits entre les deiix eapitatio et la plupart des prestations. Les prestations consistaient les unes en fournitures en nature qui étaient à la charge îles propriétaires (possessores), les autres des fournitures en travail qui étaient à celle des corporations ouvrières dans les villes et des colons ou esclaves dans les campAgnes, in civitatibus urbanœ ac rusticœ plebis adunaice.
M. Bouchard , d'après Savigny, établit une corrélation absolue entre les prestations et la eapitatio terrena , ibidem , p. 307. — M. Humbert est d'un avis différent, ibidem, 2' vol., 337 et 345. Il est certain que la plupart des prestations retombaient sur les mêmes personnes. Toutefois elles étaient exclusivement rurales. Elles apparaissaient ainsi comme des compléments (coUationes) aux deux capitations. Tel est aujourd'hui l'impôt des presUitions , en France, intimement lié à l'impôt foncier rural , mais ne se confondant pas avec lui. — Humbert , 2» vol.,
(2) Consulter l'article An non a, Dictionnaire Daremberg et Serrigny, 2« vol., n<" 885 et suivants. — Bouchard , ibidem, 307.
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en nature. Pour s'en acquitter en argent {adœrare) il fallait être muni d'un privilège impérial, ce qui s'explique fort bien au milieu des perturbations monétaires de l'Empire romain (1). Vudxratio était une faveur. En ge'néral, le fisc impérial tenait la main à ce que les paiements stipule's en nature ne fussent pas convertis en argent, parce que ces conversions et les paiements donnaient lieu à beaucoup de fraudes.
5° Vannona civica (car on avait appliqué aux prestations militaires le même nom qu'à la prestation frumenlaire), fut aggravée par la construction de Constantinople. Constantin accorda aux habitants de sa capitale les mêmes faveurs qu'à la vieille plèbe romaine. On y établit une caisse de la boulangerie — arcafnimentaria — comme à Paris sous Napoléon III. Le congiariuni de cette plèbe coûtait encore 27,000,000 fr. Sous Septime Sévère, — celui d'Alexandrie en exigeait douze — il fallut, plus tard, pour Constantinople en dépenser 29. On accorda la Tessera aux propriétaires et aux entrepreneurs qui élevaient des maisons ; il en avait été de même à Rome sous Auguste. Pour tenter les locataires, on suspendait la Tessera à la porte comme un écriteau(2). Les théoriciens qui parlent de doubler, tripler, quadrupler la contribution foncière dans les villes feront bien de prendre en note cet emploi de la Tessera. Le fardeau des lois frumentaires n'en devint que plus accablant. Toutes les provinces furent déclarées annonaires. Il fallut diriger sur Constantinople des flottes comme on en expédiait sur Rome. Les blés étaient réquisitionnés de tous côtés. Les corporations obligatoires durent être augmentées ainsi que leurs privilèges et leurs immunités. La région suburbicaire de Constantinople fut peu à peu convertie en désert comme celle de Rome. Que deviendrait la prospérité de la France s'il fallait entretenir gratuitement les 2,500,000 Parisiens? Qui ne comprend maintenant l'arrangement que le patriarche d'Alexandrie fit avec Omar? Omar garantit à l'Egypte, chrétienne alors, la liberté religieuse et la délivra de la charge de nourrir Constantinople et Rome.
(1) Bouchard, ibidem, p. 310. Sur les corvées, voir page 23.
(2) Serrigny, 1 vol. 283. — Marquardt, Administration de l'Amiona, p. 139- 177, ibidem, chapitre cinquième, chapitres des plus curieux.