DISLOCATION DES VILLES ET DES CAMPAGNES
vieilles influences celtiques ou kymriques , comnae dans les Landes les débris de la race ibérique.
C'est par suite, dans les Gaules qu'il est le plus curieux d'étudier comment a eu lieu la dissolution des institutions fiscales de Rome, le sort qu'elles ont subi, leur transformation, enfin leur disparition, soit à raison de l'e'tendue du théâtre, soit à raison de l'opposition des éléments en présence.
D'ailleurs, de cette époque, s'accusait la prépondérance politique de ce territoire dont Strabon avait révélé et signalé les merveilleuses ressources. Cette prépondérance, à travers bien des vicissitudes, s'est maintenue longtemps; malgré d'immenses changements en Europe et sur le globe, la France est encore, à 1400 ans d'intervalle, un des facteurs principaux de l'histoire et de la civilisation; c'est dans les Gaules, en outre, que se rencontrent les documents les plus complets et les plus précieux sur toute cette période.
§ 3. Dislocation des villes et des campagnes.
« Après la chute de l'empire romain, dit Adam Smith, les hâte bitants des villes ne furent pas mieux traités que &eux des « campagnes. Ces villes étaient, il est vrai, composées de gens « bien différents des premiers habitants des anciennes repaie bliques de Grèce et d'Italie. Ce qui composait principalement « celles-ci, c'étaient les propriétaires des terres, entre lesquels le « territoire public avait été originairement divisé et qui avaient « trouvé plus commode de bâtir leurs maisons dans le voisinage « l'une de l'autre et de les environner d'une muraille pour la déw fense commune. Au contraire, après la chute de l'empire ro- « main, il paraît qu'en général les propriétaires des terres ont « habité dans des châteaux forts, sur leurs propres domaines et « au miUeu de leurs tenanciers et de tous les gens de leur dé- « pendance. Les villes étaient particuhèrement habitées par des « artisans qui étaient alors, à ce qu'il semble, de condition série vile ou d'une condition qui en approchait beaucoup (1). >■>
(1) Richesse des nations, Livre III, chap. m.
262 IMPOUTANCE DES CAMPAGNES.
Adam Smith a relevé, avec sa capacité habituelle, dans ce passage, la seconde séparation qui eut lieu lors de la dislocation de l'empire romain, entre les villes et les campagnes. Mais les villes, à cette époque, avaient déjà pris et ont conservé plus d'importance qu'il ne l'a pensé. Toutes les villes n'ont pas été soumises au régime féodal ; le véritable régime féodal, au surplus, n'était pas contraire à l'indépendance des villes.
Pendant de longs siècles, à partir de la fin de l'empire romain d'Occident, celte séparation des villes et des campagnes se maintient et même s'aggrave. Les villes s'isolent et perdent l'influence politique. C'est un changement complet avec la civilisation grecque et romaine. Ce changement est dû aux causes que nous avons déjà indiquées, seulement elles agissent avec plus d'efficacité : 1" les progrès de la culture du sol; 2° les monastères et les abbayes; 3° l'immigration des populations à l'intérieur; 4° la transformation de l'esclavage. Une nouvelle impulsion est donnée à ce mouvement par les populations germaniques qui, habituées à habiter les campagnes, conservent leurs préférences, et leurs mœurs.
§ 4, Importance des campagnes.
Jusqu'alors, à quelques exceptions près, l'histoire de la civilisation avait été l'histoire des villes. En Egypte, l'histoire de chacun de ses trois empires est associée à l'histoire d'une des capitales de l'Egypte; il en est de même pour la Chaldée , l'Assyrie, la Perse. Lacédémone et Athènes n'étaient guère que des villes. L'Empire romain est sorti d'une ville, entourée d'un fort médiocre territoire ; la civilisation des Arabes a même eu un caractère urbain. Cette race de nomades n'a grandi , n'a donné l'expression de sa puissance que dans les villes.
Il n'en a pas été de même des races du nord, et, parmi ces races, il faut compter les Celles, les Kymris , qui ont occupé le nord , l'ouest et le centre de la France , bien avant les tribus germaniques. Lors de la conquête romaine, les Gaules étaient déjà habitées par des populations qui préféraient la vie rurale. Les villes n'étaient encore ni nombreuses , ni importantes. La