DE LA CO.NDITIUN DES PERSONNES
Dès l'origine, la composition de la société romaine a été plus complexe, parce que la servitude y avait une place moindre. La société était profondément aristocratique; les rangs sévèrement marqués et gardés. Patriciens, plébéiens, sénateurs, chevaliers, citoyens, il y avait entre eux, quoique libres, des démarcations perpétuelles, les démarcations s'augmentèrent encore avec la conquête : il y eut en Italie les personnes qui possédaient le droit de cité complet [civitas), celles qui n'avaient que le droit latin, celles réduites au jus italicum, les Déditices, les colons des municipes ; plus tard la confusion s'accrut encore : en Sicile seulement, il y eut trois sortes de conditions, les tributaires, les decumani et les alliés (1). Toutes ces différences se retrouvaient, quelquefois plus nombreuses, plus variées dans les autres provinces. Il ne s'agissait dans ces distinctions que des droits politiques. Les mêmes existaient quant aux droits sociaux. Les Romains avaient, toutes proportions gardées, beaucoup moins d'esclaves que les Grecs; ils les affranchissaient plus volontiers, les affranchis entraient dans leur clientèle. Il y avait bien des degrés dans la clientèle de même que dans les affranchis. Dans les villes les affranchis étaient plus nombreux que les esclaves. Dans les campagnes on rencontre, dès les premiers temps de l'Empire, à côté des esclaves, des colons serfs ou anciens affranchis, des colons libres, sorte de métayers ou de fermiers. Parmi ces derniers, il faut comprendre les nombreux colons germains auxquels asile a été accordé (2).
Nous avons vu que peu à peu il s'était fait une sorte d'égalisation au point de vue des droits politiques, et que l'impôt avait joué un grand rôle dans cette égalisation. Jusqu'à un certain point, il en a été de même quant aux conditions sociales, mais avec beaucoup plus de difficulté, de lenteur et précisément sous l'influence du même mobile, l'impôt.
Tous les documents impériaux de la fin du iv^ et du v« siècle, résumés par M. Fustel de Coulanges dans son beau mémoire sur
(1) Voir Fustel de Coulanges, Institutioiis politiques, chap. xv, et Dureau de La Malle, Économie politique des Romains, 2' voL, 33G-375.
(2) Marcel Fournier, Des affranchissements, 1882, p. 27 et suiv.