LE COLON AT
le colonat (1), indiquent les eiïorts des Empereurs pour fixer à demeure et maintenir la condition des colons, les retenir, même par la violence, sur les domaines qu'ils exploitent.
A cela plusieurs raisons : 1° la rareté des bras eu égard au développement de la culture; 2° les soustractions de colons entre propriétaires; 3° les besoins croissants des prestations; les services personnels tendant à remplacer l'impôt en nature ou en argent; 4° le goût et l'habitude du vagabondage; '6° le service militaire; 6° enfin et surtout le paiement de l'impùt.
L'inscription du colon sur le livre du cens {adscriptio) était une première garantie qui répondait à toutes les nécessités. Mais la garantie pouvait être insuffisante. Comment réclamer, même au propriétaire, les services de colons libres, mais qui ont disparu? De là, après bien des hésitations, la loi de Théodose portant que « dans toutes les provinces de l'Empire, c'est une règle « établie par les ancêtres que les colons soient retenus par une « sorte de droit éternel ; il ne leur est pas permis ni de s'éloigner « des champs dont ils ont la jouissance, ni d'abandonner la terre « qu'ils ont une fois mise en culture. Le colon ne peut pas aller oii « il veut comme l'homme qui aurait son plein droit et qui serait « libre. S'il quitte la terre, le propriétaire a plein pouvoir pour « le ramener (2). )>
Plus tard Anastase et Justinien (3) adoucirent cette loi; ils décidèrent que si le colon était resté 30 ans sur la terre, par réciprocité il ne pouvait plus être évincé ni les conditions de l'exploitation modifiées. Il devient un tenancier à rente fixe ; qui fixe cette rente? La coutume. C'est un point particulièrement élucidé par M. Fustel de Coulanges et qui est en parfait accord avec les traditions rurales, même les traditions actuelles. La coutume est la
(1) Le colonat romain, premier mémoii-e contenu dans des Recherches sur quelques problèmes d'histoire, 1886 ; c'est l'ouvrage «nii éclaire le mieux l'étude et la connaissance de la double révolution agitant l'empire romain et préparant la société féodale et la transformation de l'Europe; notamment les chapitres sur les colons partiaires, p. 21. — Sur les Saltus, p. 2h. — Sur les colons germains, p. 43. — Tenures serviles, p. 55. — Colons censitaires, p. 57. — Colonat après l'Empire, p. 145.
(2) Fustel de Coulanges, Colonat, p. 33.
(3) Le même, p. 97.