LA DIME
valent pas propagée. Il est intéressant, dans l'histoire de la civilisation, de constater l'expansion des diverses formes de l'impôt. On sait combien la dîme a eu de partisans à la fin du xviii'' siècle. Beaucoup de personnes, même en dehors des idées de Vauban, appartenant aux divers partis révolutionnaires, admettaient que la dîme pouvait devenir la base de l'impùt foncier en France.
Il y eut dans l'attribution de la dîme à l'Eglise un fait d'ordre supérieur. D'abord, au point de vue fiscal, ce fut un bien grand démembrement, un bien grand affaiblissement des ressources de l'Etat; ce fut une immense appropriation. Mais celte appropriation fut le résultat des changements très-considérables dans les éléments mêmes du pouvoir, du gouvernement et dans les facteurs de la civilisation. L'Eglise était devenue, sous l'influence d'une révolution religieuse extraordinaire, l'un des éléments du pouvoir, du gouvernement, de l'Etat même, le fondement principal de la société; avec la charge de l'enseignement et de l'assistance, elle était le premier facteur de la civilisation du temps, exactement comme autrefois les Lévites en Israël, comme les prêtres d'Egypte, comme les Brahmanes, non seulement exempts d'impôts, mais entretenus par l'impôt. La dîme, dans toute l'Europe, au profit de l'Eglise n'a donc été nullement une usurpation, mais une modification dans la forme et l'attribution de l'impôt parallèle à un changement dans la constitution du pouvoir, de l'État, du gouvernement. Il faut voir aussi dans l'établissement de la dîme, d'un côté la marque de l'influence nouvelle en Europe des civilisations orientales, que nous avons dû mettre au premier plan, puisqu'elle ont été la force génératrice de la civilisation, et, d'un autre côté, l'influence de la mise en culture d'une grande partie de l'Europe. Prédominante durant l'époque franco-romaine, déjà très-importante dans la seconde période de l'empire romain, cette influence est le fait générateur de la société féodale. Développement de la culture du sol, importance des campagnes, société féodale, dîme, sont concomitants, solidaires, caractéristiques des mêmes temps.
Il dut y avoir un grand accroissement de produits. Le prélèvement d'une dîme, qui variait du dixième au treizième sur les