‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 15 sur 252 · XXX INFERIORITE DES CO.NDITIO.NS DE L EUROPE ORIENTALE · texte numérisé non relu

XXX INFERIORITE DES CO.NDITIO.NS DE L EUROPE ORIENTALE

l'époque féodale, des erreurs qui subsistent encore. En tout cas, cette époque a été le moment historique où la race française, que Louis XIV devait amollir, corrompre et dégrader dans les entre-sols et les salons de \^ersailles, s'est élevé le plus haut, où l'influence durable de la France a été portée le plus loin, où elle a produit, avec Phihppe-Auguste, saint Louis, Duguesclin, Charles V, Richemont et Jeanne d'Arc, ses types supérieurs.

XX. En Angleterre et en Allemagne, les éléments sociaux et ethniques n'étaient pas les mêmes ; aussi le régime féodal y a-t-il été différent, moins brillant, moins original, surtout moins fiscal; la fiscalité féodale étant de source romaine. Il y a, par suite, correspondu à un développement moins complet de la civihsation, parce que, d'une part, l'élément romain, latin, y faisait défaut, et parce que, d'autre part, le moment n'était pas encore venu, en Angleterre et en Allemagne, pour une extension aussi importante de la culture du sol qu'en France. Les matériaux manquaient.

XXI. Les conditions de l'Europe centrale (de l'Elbe à la Vistule) et orientale ont été, durant tout le ]\Ioyen âge, bien plus défavorables encore. Dans toute l'Allemagne orientale et les provinces danubiennes, les tribus nomades ont longtemps prévalu. Il afaUu beaucoup de temps pour qu'elles devinssent demi-sédentaires. Aussi pendant tout le Moyen âge n'ont- elles pu fournir l'impôt qu'en nature et bien souvent qu'à titre de tribut. Elles n'ont pas été à même, comme dans l'Europe occidentale, de s'élever à la propriété foncière conditionnelle au moyen du cens, parce que le servage soit direct, soit sous forme de travail à corvée, est demeuré indispensable à la culture du sol, même à la protection de la vie et à la subsistance des générations. Le serf trouve dans son maître un défenseur contre les famines et contre les invasions, de même que le clan ou la

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tribu procurent une garantie à leurs membres ; aussi lorsque, dans l'Europe orientale, les populations ont commencé à abandonner la vie nomade et que la tribu et le clan se sont désagrégés , ont-ils été remplacés par des communautés, à l'origine, souvent serviles ou demi-serviles, le Mir en Russie, la Zaduga, la Joupanie, dans les provinces danubiennes. Elles offraient plus de sécurité d'abord à ceux qui en faisaient partie, puis à l'État et aux propriétaires fonciers, au triple point de vue du service militaire, du paiement de l'impôt et de la culture du sol.

XXII. Pendant le XI** et le xif siècles, l'Europe orientale avait réalisé quelques progrès provisoires en Russie, en Hongrie, en Bulgarie, lorsque se précipita sur elle la dernière et la plus terrible des vagues des migrations du Nord, les Mongols qui, partis des frontières de la Chine, parvinrent jusqu'au Danube sans pouvoir dépasser la Vistule, couvrant cet immense espace de leurs troupeaux, de leurs chariots et de leurs hordes. Ils rétablirent partout le tribut en nature et en argent ; ils provoquèrent dans la condition économique de l'Europe orientale un recul effrayant, un appauvrissement affreux. La Russie, qui en a tant souffert, leur doit cependant, en partie, son unité. Ce sont les Mongols qui ont fondu tout ce qui pouvait se fondre dans les éléments si variés des populations russes ; ce fut aussi les Mongols qui les ont rompues au paiement de l'impôt, au moyen du tribut.

XXIII. L'Europe orientale se relevait à peine de ce cyclone humain, qui se dissipa avec bien moins de rapidité qu'il n'était apparu, lorsque les Turcs ottomans, mélange de nomades et de sédentaires, se présentèrent à leur tour et parvinrent jusqu'au Danube, sans le franchir. L'occupation ottomane, a été plus funeste que l'invasion des Mongols, parce qu'elle dure

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depuis plus de quatre siècles; mais elle est le dernier effort des peuples nomades ou demi-nomades contre la civilisation des peuples sédentaires. Le xx'' siècle verra raffranchissement complet de l'Europe, des impôts et des tributs levés par les Turcs, comme le terme de leurs coups de clairon et de leurs massacres.

Avec l'expulsion , la disparition des Mongols , le Moyen âge est clos. La civilisation des peuples sédentaires a irrévocablement pris le dessus. Elle déborde de toutes parts. Le groupe des anciens foyers civilisés ne se reconstituera pas, tel que Rome l'avait construit; il se rétablira sur d'autres bases, avec d'autres conditions; ce qu'il y avait de violent, d'oppressif, de comminatoire dansle régime fiscal romain, ainsi que Dioclétien et Constantin l'avaient établi, condamné par le temps, ne reparaîtra pas; le tribut militaire ne sera plus que, par exception, une forme de l'impôt. Néanmoins, d'autres problèmes, sur lesquels les institutions fiscales d'Athènes ont jeté un certain jour, seront appelés à surgir et à donner un intérêt nouveau aux questions concernant l'origine, la nature et les formes de l'impôt dans les diverses civilisations.

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