‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 154 sur 252 · FORMAI ION DES SEIGNEURIES · texte numérisé non relu

FORMAI ION DES SEIGNEURIES

Les civitates [l] formaient, en général, de grandes étendues qui se subdivisèrent en pagi, les jxigi en melrocomiœ, celles-ci eavillx, encurtx. César constatait, dès son époque, la tendance des Gaulois à multiplier les pagi; même aujourd'hui, cette tendance à l'infini morcellement en pays divers subsiste encore en France. Dès la chute de l'administration romaine, les civitates se morcelèrent; d'ailleurs le développement de la mise en culture du sol favorisa ce mouvement ; il en fut de même des incursions, occupations, colonisations des tribus germaniques, puis de rétablissement des évèchés, des archidiaconés et des doyennés, même des abbayes et des monastères, des châteaux forts ou castra, des villae fortifiées, des metrocomise om réunions de villse. Tout castrum, toute metrocomia, toute grande villa, toute abbaye, tout monastère, tout évêché devint une seigneurie ou le centre d'une seigneurie sous divers noms : chàtellenie, baronnie, comté. M. Longnon a dressé (2) l'atlas géographique de ce mouvement. Ce serait une erreur de croire qu'il est entièrement dû aux institutions féodales. Ces institutions ont coïncidé avec l'occupation, le défrichement, l'occupation des Gaules; mais, sans contester l'inlluence que ces grands faits économiques ont eue sur la féodalité et réciproquement, ils sont indépendants, en réalité, les uns des autres. Demeurés romains, les civitates, les pagi, metrocomiœ, villse, se seraient étendus de tous côtés dans les Gaules, de même que les fundi ou domaines. Si les lieux habités portent des noms celtiques, romains, féodaux ou des désinences germaniques, c'est que les populations s'y sont fixées aux époques celtique, romaine, germanique ou féodale. Il est facile par l'étude des noms de reconnaître l'importance supérieure des désinences romaines et féodales (3).

(1) Godefi'oy, fait des metrocomiœ l'origine des vicorum et pauorum — -W legem, 6, Code théodosien — tandis que Ducange en fait la paroisse. — G}ossarium, 4« vol., 291.

(2) Atlas historique de France, 1884.

(3) Arbois de Jubainville, Recherches siu- les oriyines de la propriété foncière en France, 1890, livre de première main. M. A. de Jubainville met en relief : 1° l'incertitude de la propriété dans un milieu où la population fait défaut ; 2° le caractère précaire de l'occupation du sol comme dans le Farwest américain. Consulter également l'ouvrage cité plus haut de M. Lamprecht, principalement le livi'e second, chapitre m.

GUANOES SEIGNEURIES TERRITORIALES. ?95

Si on étudie, avec soin, les renseignements donnés par M. Arbois de Jubainville et M. Longnon, on voit que les seigneuries ont correspondu aux centres habités et fortifiés et qu'elles se sont morcelées en petites seigneuries ou fiefs à mesure de l'accroissement des lieux habités, c'est-à-dire de la population. Le même fait se passe aux Etats-Unis et en Australie, au milieu d'une sécurité qui, sans être entière, est tout autre. De sorte que l'histoire des seigneuries n'est autre que l'histoire de l'occupation et de la mise en culture du sol. On peut en trouver plusieurs exemples dans l'ouvrage de M. Longnon, tels que le comté de Vitry en Perthois, primitivement comté de Changy, le comté de Santerre, le vicomte de Thouars, les sept comtés formés du démembrement de la civitas de Poitiers et le territoire inter duo Maria (entre deux mers) en Guyenne (1).

En un mot, pour comprendre les origines, la fonction, l'histoire des seigneuries, il faut faire plus de géographie que de droit feudiste, plus d'économie politique et d'économie rurale que d'art héraldique ou de procédure. On apprendra davantage en consultant MM. Arbois de Jubainville, Longnon et les recueils d'archives locales que Brussel, Henrion de Pansey et Merlin, lesquels, malgré une science juridique aiguisée, n'ont pas eu, pas plus que M. Guizot, et surtout qu'Augustin Thierry, le sens économique et militaire des origines de la hrance féodale. La France féodale a été le produit de la mise en culture et des conditions politiques et militaires du territoire.

Nous pouvons en fournir la preuve immédiate grâce à de nombreuses et récentes publications, parmi lesquelles nous avons dû faire un choix. Nous citerons cinq grandes seigneuries appartenant aux diverses parties de la France : Est, Centre, Ouest, Midi. Un remarquable mémoire de M. Chenon, professeur à la Faculté de droit de Paris, inséré dans les Mémoires des Antiquaires du centre (2), contient l'histoire d'un vaste domaine, devenu une seigneurie considérable, depuis les temps antérieurs à la conquête romaine jusqu'au plein moyen âge. Centre de population

(1) Longnon, ibidein, 2' et S"" livraisons.

(2) Mémoires des Antiquaires du centre, 1878.

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