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GRANDES SEIGNEURIES TERRITORIALES

des Bituriges, en Berry, oppidum romain, pris en 583 par les Francs, depuis Castrum Melanum, château Meillant était au commencement du xie siècle, une châtellenie, c'est-à-dire un fief noble militaire, une seigneurie, faisant partie de la grande seigneurie de Déols. La seigneurie de Déols, avec ses seigneurs, les Ebbe, a été une des principales seigneuries du centre de la France. C'est la seigneurie primordiale, d'origine tout à fait foncière, l'alleu antérieur à l'époque romaine.

Dans les mêmes conditions, la seigneurie de Montravel, en Guyenne, ne comprenait pas moins de dix-huit paroisses, ce qui correspondait après de 20,000 hectares. Elle appartenait au siv^ siècle à l'archevêché de Bordeaux (1). En 1306, 47 tenanciers nobles, chacun avec fief militaire, prêtaient à l'archevêque l'hommage lige, tète nue, sans ceinturon ni épée. L'un de ces fiefs existe encore, avec château et donjon. Le donjon est celui oià Michel Montaigne a vécu et dans lequel il a écrit les Essais. Le fief de Montaigne avait été acquis en 1477 par Ramon Eyquem, aïeul de Montaigne, marchand de sel et de pastel à Bordeaux, petit-fils d'un serf questal, entré par cet achat dans le milieu noble féodal. Le père de Montaigne, Pierre Eyquem de Montaigne, dut faire, par suite, les campagnes d'Italie. Des parents de Montaigne possédèrent, jusque dans ces dernières années, la terre, ancien fief noble, de Cantemerle en Médoc. C'est ainsi que la terre et les familles sont inséparables dans les sociétés stables.

Il y a eu cependant des seigneuries plus importantes, tout en s'en tenant aux seigneuries exclusivement territoriales, sans parler des seigneuries politiques, telles que certains duchés, comtés, vicomtes qui correspondaient à des divisions territoriales ou administratives et qui, sauf sur les seigneuries véritablement allodiales, exerçaient la fonction de seigneurie supérieure, ainsi le duché de France, le duché de Bourgogne, le duché d'Aquitaine. L'une de ces seigneuries les plus remarqua -

(1) Malvezin, Michel Montai(/ne, sa. familh', 1880, Bordeaux. Citons encore en Guyenne la seigneurie de Bénauge, qui comprenait 19 paroisses. Le corps principal subsiste toujours, de même que le ctiâteau de Michel Montaigne. Sur le château (le Bénauge, consulter Léo Drouyn, La Guyenne militaire.

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bles, donnant absolument l'idée des Haciendas du Mexique, du Pérou ou des Faciendas du Brésil a été la baronnie ou seigneurie Castelnau de Montratier-en-Quercy (1). Cette seigneurie avait une contenance de 30 lieues de circonférence et ne comprenait pas moins de 80 fiefs. C'était une terre allodiaie, noble, militaire, le plus haut type de la seigneurie indépendante, remontant à l'époque romaine, probablement antérieure (2). Son histoire est tout un drame. Elle a eu ses dynasties, ses guerres, ses malheurs, mais elle a duré jusqu'en 1789. Nous terminerons cette bien rapide excursion dans l'histoire des seigneuries, entreprise pour faire comprendre que la fonction politique, économique, militaire, sociale des seigneuries explique les changements dans les conditions de l'impôt et des charges publiques, par le marquisat de Plancy, dont l'histoire est l'une des plus curieuses et des mieux faites (3). Le château de Plancy, situé en pleine Champagne, a été d'abord, comme château Meillant, une station romaine, dans un pays âpre et sauvage. Peut-être saint Victor s'y est-il retiré (vii^ siècle). Au xi^ siècle, Plancy est une seigneurie, relevant des vicomtes de Troyes et appartenant à Gilia, femme noble (1080). Depuis cette époque on a la liste des propriétaires ou seigneurs de Plancy, avec une importante collection de documents et de chartes, à laquelle nous reviendrons à propos des droits féodaux. Les seigneurs de Plancy n'ont pas joué les mêmes rôles politiques que les barons de Craon, de château Meillant, de Montratier. Ce sont de véritables seniores, propriétaires simplement. La seigneurie s'augmenta beaucoup par la mise en culture de terres nouvelles. La famille de Guénégaud en devint propriétaire en 1667; elle fit procéder à un dénombrement régulier des fiefs, villes, villages et paroisses de la seigneurie, document du plus grand intérêt au point de vue des revenus de la terre, des impôts, des droits féodaux. Après plusieurs mutations, elle fut acquise par des financiers littérateurs, les d'Aucour

(1) Léopolil Limayrac, Étude i>ur Je moyen âge, Histoire d'une commune et liane haronnie en Quercy, Cahors, 1885.

(2) Réforme sociale, janvier 1886.

(3) Le marquisat de Plancy et ses seigneurs, par le baron de Plancj-, Arcissur-Aube, 1895.

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qui n'émigrèrent pas et la préservèrent des Vandales de 1793. Un d'Aucour est devenu préfet sous Napoléon, qui redora les armoiries de la famille. Mais la terre est encore la même. En 1815, on ne se rendait encore à Plancy qu'à cheval.

Nous citerons, comme autre type, la grande seigneurie de Clermont en Beauvoisis sur laquelle M. le vicomte de Luçay a publié un important mémoire. Peut-être moins considérable que celle de Montratier, elle contenait plus de fiefs et surtout des fiefs plus riches, à raison de sa situation dans un territoire tout autrement fertile. Elle s'étendait sur 1,500 fiefs et arrière-fiefs. C'est la seigneurie dont Philippe de Beaumanoir a écrit les coutumes (1).

A ces types, on pourrait en ajouter des milliers d'autres (2). On se trouve alors transporté dans des milieux bien différents de ceux dont les ouvrages des feudistes, des légistes révolutionnaires et des historiens citadins donnent l'idée.

L'occupation, la culture, le partage de la terre, tel est le premier élément de la seigneurie; c'est un élément économique, foncier, agricole. Il suffit d'ouvrir les documents relatifs à quelques-uns de ces grands domaines pour le reconnaître. Pas besoin de codes, de formules, de juristes, mais l'intelligence des

(1) Le comté de Clermont en Beauvoisiu. — Le clénonihrcment de 1373, Paris,

(2) Dans la seconde partie de notre siècle, depuis que la direction donnée aux études historiques par la monarchie de Louis XIV et par le courant révolutionnaire a été redressée, on a publié de très-nombreuses monographies avec beaucoup de documents sur les seigneuries. On les trouvera en grande partie éuumérées dans la bibliographie qui précède le 4" volume des Institutions de la France par M. Glasson. La Réforme sociale en a donné quelques-unes (1883-1886). V. également le Château de la Roche Gvyon (1892) par M. Rousse, remarquable monographie d'une terre noble depuis dix .siècles. — La Roche Talbot, dans le Maine, par le comte de Beauchesne (1893). Bien que l'histoire de la bai'onnie de Craon par M. Joubert ne commence qu'à la fin du xir^ siècle et qu'elle se termine en 1626, elle n'en est pas moins intéressante ])our montrer la protection que les populations ont longtemps demandée aux seigneurs. On trouve même dans l'histoire de cette seigneurie un traité formel de protection. Le baron s'oblige, moyennant Cf2:>èces e» or, à défendre les populations (1428). Les feudistes n'ont rien su ou voulu savoir de tout cela, de même que les salons, où Voltaire lisait laPucelle, n'ont rien compris à la mission de Jeanne d'Arc. Cette baronnie, située aux confins de l'Anjou et de la Bretagne, s'étendait sur 68 fiefs. Le grand château, bâti sur l'Oudon, comprenait 27 tours, avec une muraille de 2 à 3 mètres d'épaisseur.

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