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LA SEIGNEURIE EST UN POUVOIR RÉGULIER

l'Europe occidentale, méridionale, centrale même, il n'y eut plus de pouvoir, de gouvernement, d'ÉLat. A la suite de la dislocation et delà chute de l'Empire romain; en particulier, dans la Gaule franque, les Mérovingiens, puis les Carlovingiens, après Charlemagne, furent impuissants sinon à fonder, du moins à maintenir le pouvoir, un gouvernement durable et respecté. Ils ne purent suffire à assurer l'ordre social. Aucun de leurs grands officiers ou feudataires, aucun évêque n'y parvint davantage. Moreau de Beaumont et tous les feudistes du xviii'^ siècle, même le plus récent, Merlin, vivant au milieu de la bécurité profonde des derniers jours d'une puissante monarchie, n'ont pas été à même de se faire une idée exacte de l'état politique et social des principales nations de l'Europe à la chute de l'Empire romain d'Occident.

La seigneurie a été une forme locale, mais réelle du pouvoir, par suite le seigneur s'appropria l'impôt. C'était sa mission, son droit, son devoir. M. Flach a très-bien marqué les diverses étapes ou transformations de la propriété foncière qui ont abouti à la seigneurie. A travers toutes les époques se dessine et s'accentue la suprématie de la grande propriété foncière. Après la conquête romaine, indépendance du grand seigneur gallo-romain; au vi" et au vii'= siècle, domination des propriétaires puissants, des viri patentes , sur des circonscriptions territoriales; an ix^le domaine devient nne potestas ; enfin au x^ siècle le grand propriétaire terrien est investi d'une souveraineté de fait (1).

La seigneurie est la grande propriété à laquelle se sont jointes Yimmunitas et Vhonor, ce qu'on appelle la potestas. A cet égard M. Flach insiste avec raison, sur le fait que, dans les anciennes civihsations le propriétaire a toujours joui de la potestas domestique, par une tradition immémoriale et incontestée. Le propriétaire français actuel ne donne pas l'idée de l'ancien propriétaire à Rome et en Grèce, ni même dans plusieurs États de l'Europe, encore moins aux États-Unis, en Australie et en Orient. La

(1) M. Flach a dooné au premier volume de son ouvrage, Orlgiiipn de l'ancienne France, le sous-titre de : Le régime seigneurial. Comparer 1"' vol., p. 67, Le château fort, p. 81, et La villa au i.\* siècle.

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