LA SÉCURITÉ
En réalité, Charles le Chauve ne fil que sanctionner un état de choses préexistant, auquel le pouvoir royal ne pouvait s'opposer et qui était l'expression d'une nécessité politique et sociale.
A l'anarchie intérieure se joignaient les incursions des Northmans, des Sarrasins, des Hongrois, qui la rendaient plus intolérable encore. Rien de surprenant si, de ce chaos, est sorti un grand mouvement militaire ayant pour fondements la propriété foncière, le salut public, la défense du territoire et des populations. C'est ce que Michelet a si bien expliqué, il y a déjà 60 ans, et c'est ce qu'au milieu des splendeurs de Louis XIV, Loysel avait absolument oublié : « Ces libérateurs du pays occuperont les défilés -.( des montagnes, les passes des fleuves; ils y dresseront leurs « forts {castra); ils s'y maintiendront à la fois et contre les bar- « bares et contre le prince. Les peuples se serreront autour de « leurs défenseurs, autour des seigneurs, des Comtes ». « Celui- « ci perche avec l'aigle; l'autre se retranche derrière le torrent. « L'hommeprend racine, il s'incorpore à la terre; naguère l'homme K était unepersonne,laloiétaitpersonnelle. Aujourd'hui, l'homme i< s'est fait terre; la loi est territoriale (1) ».
A cet égard, il est indispensable de ne pas oubUer quelles étaient les conditions économiques et sociales de la Gaule franque après la dissolution de l'empire éphémère de Charlemagne. On en trouvera le tableau, tracé d'après les sources mêmes, dans les premiers chapitres du second volume de l'ouvrage de M. Flach ; les villages de la Gaule romaine et de la Gaule franque, les effets des invasions sarrasines, normandes et hongroises, le château-fort remplaçant la villa, les débris des villœ, les villse transformées en villages, les villages indépendants, les villages créés dans les forêts, les bourgs-neufs, les asiles et les sauvetés. Ces formes diverses de l'occupation du territoire correspondaient, d'une part, à l'anarchie générale de l'époque et au besoin de sécurité, d'autre part, aux progrès des défrichements et des cultures (2). Les sauvetés étaient des centres de culture,
(1) Histoire de France, 1 vol., p. 429 .
(2) En somme, le grand propriétaire (le senior ou lejuâex), ^it sur sa terre comme dans un camp retranché, aveu une miM-aUle et des forts, où il échappe aux pouvoirs publics et où il leur soustrait tous ceux qui se sont mis dans sa clientèle