TENURES ROTURIÈRES
§ 3. Les Icnures roturières.
Le chevalier n'était pas un cultivateur; on ne relevait pas à semer, labourer, battre le grain, engranger, soigner le bétail, planter la vigne. La chevalerie est la Heur d'une grande aristocratie militaire, tout comme les Spartiates de Lacédémone, servie de même qu'eux par d'autres classes, qui cultivent le sol et qui, dans les ateliers, se livrent aux travaux industriels de plus en plus variés; ce sont les diverses espèces de personnes que le polyptique d'Irminon nous a fait connaître, devenues au xiii^ siècle plus nombreuses et plus importantes. De même que la seigneurie s'est démembrée en fiefs, de même le fief se démembre à son tour en ce qu'on nomme des tenures, c'est-à-dire des domaines de formes, de dimensions et de noms différents : bail à cens, champart, bail à rente foncière, bordelage, borde, vicairie, albergement, pagesia, métairie, parcières, les premières comprises sous l'appellation générale de censives, toutes dites tenures en roture, soit parce que ceux auxquels elles appartenaient cultivaient, rompaient eux-mêmes la terre, ou provenaient de ceux qui l'avaient rompue, soit parce qu'elles étaient, en fait et en droit, soumises à diverses charges, notamment à des prélèvements en nature sur les récoltes, à des redevances en argent ou en nature, à diverses taxes résultant des conventions ou de la coutume. « Roture, enseignait Loysel (1), héritage « tenu eu villenage, héritage tenu à cens, rente, en services « vilains, à la différence du fief qui est tenu par services no- « blés. » Le sens des mots villenage, vilains, n'était pas exactement le même que celui qu'on y attacherait aujourd'hui. Le vilain n'était autre que l'habitant delà villa, le colon devenu locataire à titre perpétuel d'une partie de la villa, parfois même propriétaire au moyen de la rente foncière. Sa condition sociale restait très inférieure à celle du seigneur noble, mais elle n'avait rien de servile. Bon nombre de tenures roturières appar-
(1) Itistitutes coiiiumières, édition Laboulaye, au mot Roturier. Après avoir dit ; Qt sont nobles ou roturiers ; Loj-sel ajoute : vilain ne sçait ce que ixdeiit éperons. Il n'aurait pas pu dire la même chose d^s bourgeois.