‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 21 sur 252 · LES DIVERSES DÎMES · texte numérisé non relu

LES DIVERSES DÎMES

précieux, l'extrême fertilité des valle'es du Nil et de l'Euphrate. Tous les trois ans, il est dû une seconde dîme qui doit être partage'e avec les pauvres. Après la captivité , les dîmes furent levées par les prêtres qui faisaient la part aux lévites; 7° à ces dîmes, il faut ajouter les dons volontaires. Chaque année, tout israélite majeur devait aux prêtres du temple de Jérusalem le demi-sicle pour le prix du rachat devant l'Eternel. Le grand prêtre même acquittait cet impôt. Il était dû, en outre, des fournitures en nature assez importantes. Telle était l'organisation de l'impôt. Cette organisation a suffi à procurer à Israël une influence réelle, puis une indépendance conditionnelle, c'est-àdire à charge du tribut, lorsqu'Israël fut nécessairement englobé dans les empires d'Assyrie, de Babylone et des Perses. Israël s'habitua difficilement à acquitter le tribut aux souverains d'Asie, plus difficilement aux Grecs , jamais aux Romains.

L'impôt direct, payé à l'étranger, surtout l'impôt romain qui atteignait tout, la personne, la femme, les enfants, les esclaves, les terres, les créances, bouleversait la constitution d'Israël. Israël avait strictement limité la part que le gouvernement pouvait prélever sur le revenu social. L'impopularité des derniers princes de la famille Asmonéenne provint de leur avidité fiscale (1). Les Hérodes, les Antipas, comme tous les rois qui s'étaient accommodés à la domination romaine , avaient dû se réduire à la fonction de collecteurs d'impôts. Le moment vint où Rome ne voulut même plus d'intermédiaires : changement préparé par Auguste , accompli par Tibère. La Judée devint une province romaine, gouvernée par un de ces procurators dont Cicéron nous a tracé le modèle (2). Les publicains s'emparèrent de la Judée. Selon l'Evangile, le Christ convertit le publicain saint Mathieu dans son bureau de perception.

Les deux dîmes et les dons volontaires, les 48 villes des lévites étaient de lourdes charges. Reynier en a évalué le mon-

(1) Hérode alla jusqu'à secouer les morts pour faire tomber l'or et l'argent qu'on pouvait avoir cachés dans leur linceul. — Renan , ibid., 251.

(2) Le proconsul Gabiniiis : haurire cotidie ex opulentissimis Syrie gazis innumerabile pondus auri , ut eorum veteres illibatas que di\itias in prof undissimuni libidinum suarum gurgritem profundat. — M. Renan, ibid,, 191.

RÉSISTANCE AU TKIBCT. 13

tant au quart de la production brute. Toutefois, ils ne servaient pas seulement à l'entretien du culte dans lequel se perpe'luait l'idée de sa mission dont nul peuple n'a été aussi profondément péne'tré qu'Israël ; ils servaient également à l'éducation du peuple ; car le lévite était à la fois le prêtre, l'instituteur, le savant; le temple de Jérusalem, de même que la grande mosquée du Caire, constituait le centre religieux et scientifique de la nation. Ces impôts, sauf, plus tard, la part royale, étaient attribués à des membres de la nation , exemptés de tout travail , et n'exerçant, sur le revenu social, aucun autre prélèvement. Ils n'amoindrissaient pas la richesse nationale; combien le tribut était différent! Fixé arbitrairement par un maître étranger, fort loin, sans garantie et sans contrôle, levé par des étrangers qui en tiraient eux-mêmes un grand profit, il était tout entier exporté (1). Il n'en restait rien pour la nation, à la fois opprimée et appauvrie. Israël s'était bien lentement courbé devant cette nécessité, lorsque l'impôt restait au moins en Asie. Juda se refusa absolument à s'appauvrir pour enrichir Rome. De là l'importance de la scène du denier dans l'Evangile. Jésus, avec tous les Juifs modérés et prévoyants, conseille aux Juifs de céder à la nécessité, de rendre à César ce qui esta César et d'attendre de meilleurs jours. Il leur en apporte l'espérance. Les Juifs préférèrent résister. « Il y eut pour chaque personne, dit M. Ledrain, la « capitation [tributum capitis), même pour les femmes et les « esclaves. L'impôt foncier {tributum agrl) dut se payer en na- « tare et le laboureur fut soumis à la charge de livrer une partie « de ses blés, de son huile {annona)... Quand Quirinus donna « l'ordre que chacun indiquât ses terres, ses biens, les membres « de sa famille , Jehan le gaulonite et Zaddoq exhortèrent le « peuple à la résistance. L'Etat ne devait être qu'une république « avec Dieu pour chef. Les Juifs poussèrent la haine de l'oppres- « sion jusqu'à, sa dernière limite, méprisant les tortures et la « mort (2), »

(1) Plus de 10,000 talents furent payés en peu de temps. — Renan , Israël , 5« vol., 155. — Le talent d'argent valant 5,500 v., c'étaient 55 millions d'exportés. — Ledrain , Histoire d'Israël , 2' vol., 353.

(2) L'impôt et le cens parurent aux Juifs des choses insupportables. — Renan, ibidem, 312.

Page 1