SERVICE MILITAIRE
égard à l'étendue relative du territoire et à l'exiguïté de la population.
C'est ce dont les historiens, imbus des idées de 1789, n'ont pas tenu compte. Ils n'ont vu que les derniers temps féodaux. Peut-être moins partial, Tocqueville. aussi moins instruit, n'a point dégagé la face militaire de la féodalité ni compris la révolution dont elle est née. Il a fallu donner la terre à l'homme pour en faire un militaire, un soldat voué à défendre le territoire. La plupart de nos familles militaires sont d'origine féodale et encore territoriales.
Le même service a été imposé aux tenures roturières et même aux tenures serviles, mais dans d'autres conditions. Le seigneur avait le droit de requérir pour les affaires de la seigneurie les roturiers et les serfs, à la charge de les payer ou de les entretenir. Les roturiers accompagnaient les chevaliers et combattaient à pied; les serfs remplissaient les rôles subalternes (1).
Le Roi possédait les mêmes droits pour les intérêts généraux du royaume; le fait était accepté dès la fin du xiie siècle dans les mêmes conditions (2).
Au xiii'^ siècle on constate deux changements considérables; les roturiers obtiennent de substituer au service un subside en argent ; quant aux seigneurs ils obtiennent une solde (stipendium) et enfin ils finissent également par être admis au remplacement militaire contre argent. Ces changements s'expliquent par diverses causes : 1° la longueur des guerres nouvelles, contraires
( 1 ) Sur tous ces faits, le livre de M. Langlois est des plus intéressants. Poui- le service militaire des villes, voir Luchaire, Manuel, 389 et le compotus hallivoiiLin, tome 22', 1). 623 ; Historiens des Gaules ; on y trouve la distinction et le détail des servientes pquite — servientes pedite. Seul le serviens équité est appelé miles. Aussi Ducange dit des roturiers : dicuntur non esse nobiles; non habent equuin seu equos nec fiJia arma in domibus eorum (au mot nobilitas). Comparer (H. des Gaules, XXIIP) la convocation de l'ost de France, 1303-1304, l'envoi des lettres et le relevé des subsides par sénéchaussée.
(2) Colonel Borelli de Serres, Recherches, Les Gentien, tués à Mons-en-Puelle, notice des plus intéressantes sur le service militaire. Les Gentien étaient des l)i)urgeois tail labiés. Ils se firent tuer pour sauver la vie à Philippe le Bel; leur famille resta roturière. Voir également le mémoire : Les prisées du service roturier <iu xiir siècle. La prisée était l'estimation, l'évaluation des charges militaires (Hommes, voitures, subsides").