‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 23 sur 252 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE l'iMPÙT dans l'empire DES PERSES.

L'empire des Perses a eu beaucoup plus d'étendue et d'importance que les empires Mésopolamiens de Chaldée, d'Assyrie et de Babylone. Comme il leur est très-postérieur, on possède grâce surtout à Hérodote et à Strabon , plus de détails et des détails plus précis en ce qui concerne ses ressources et son organisation fiscale. Le fait qui caractérise cette organisation c'est l'obligation, de plus en plus rigoureuse, de payer en métaux précieux, or ou argent, la capitation qui est, peu à peu exigée au lieu et place du don volontaire.

Déjà le tribut des peuples vassaux devait, en partie, être ainsi acquitté. Les métaux précieux étaient devenus plus abondantsle paiement en or ou en argent fut imposé à tous les sujets du Grand Roi, sauf les Perses mêmes qui étaient exempts d'impôt a l'exception des prestations telles que le gîte. Ce fait d'exemption est à retenir parce qu'il est de haute importance dans l'histoire de l'impôt. 11 a joué un rôle de premier ordre à Rome sous la République et sous l'Empire, pendant toute la période' féodale, même durant l'ère monarchique de l'Europe ; nous le retrouverons dans les Etats musulmans et dans l'Inde. C'est un fait qui a un caractère universel. L'impôt n'est pas considéré comme un devoir, mais comme une sorte de sujétion. Le vainqueur 1 impose au vaincu qui le paie à sa place. Longtemps l'homme supérieur, le prêtre en sera exempté, puis le guerrier, puis le haut fonctionnaire; plus tard le seigneur, le grand propriétaire L empire des Perses, comme ceux de Babylone et d'Assyrie était partagé en grandes satrapies : il en comptait dix-neuf' Chaque satrapie avait un forfait financier avec le Grand Roi Elle devait fournir, d'après les réformes de Darius, fils d'Hystaspès

18 REVENUS DE l'eMPIRE.

une certaine quantité d'argent et une certaine quantité de produits en nature, représentant la dîme, la capitation et l'impôt foncier, levé d'après un cadastre des biens et des personnes; peut-être même faut-il y comprendre des droits à l'importation des marchandises, des taxes d'octroi et de circulation dans les villes; Grote a évalué à 100 millions de francs le montant du tribut en argent que devaient payer les satrapies , le don volontaire en nature restant à part. Ainsi les Perses taxèrent Babylone , qui était une province plutôt qu'une ville, à 5,300,000 fr. par an en numéraire et à des fournitures en nature évaluées à 40 talents ou 220,000 fr. par jour, soit 80,300,000 fr., — total 85,800,000 fr. par an. Ces chiffres, acceptés par Movers, doivent être exagérés. Toutefois, les ressources de Babylone étaient considérables, puisque, sous les Perses, le gouverneur de Babylone en tirait pour lui seul, 2 millions de fr., par an.

M. Rawlinson estime que la population de l'empire des Perses s'élevait à 50 millions d'habitants et que les impôts, foncier et dîme, devaient représenter 3,500,000 £ en argent et 2,500,000 £ en nature, soit 150 millions fr., dont moitié payable en nature. Il évalue que ces 150 millions fr. pouvaient équivaloir à la dîme de tous les revenus; prorata par tête 3 fr.; mais que représentait cette dîme? Il pense qu'elle correspondait à une moyenne entre le dixième et le vingtième du revenu. D'après cela le revenu brut de l'Empire pourrait être porté à 2 milliards de fr., soit 40 fr. par tête, moyenne de la dîme, le quinzième du revenu (1).

Après ces taxes, venaient celles affectées aux dépenses des satrapies, sur lesquelles les renseignements manquent; on sait seulement par les historiens grecs que les satrapes ne valaient pas mieux que les pachas ottomans du siècle dernier et que certains de notre siècle. Ils ressemblaient la plupart à Pharnabaze et Tissapherne. L'auteur du Uvre de Daniel fait allusion à leurs excès et aux inspecteurs chargés de les surveiller (2).

(1) Grote ne donne ii l'empire des Perses que 40 millions d'habitants, mais il élève le revenu du Grand Roi à 250 millions fr. — History of Greece. toma 3',

(2) La convocation des satrapes devant Xabucliodonosor, et leur comparution,

RÉFORMES DES SASSAMDES. 19

Toutefois, la formation de l'empire des Parthes et du second empire des Perses, la résistance qu'ils ont opposée aux Romains, attestent l'importance des ressources des provinces, aujourd'hui presque épuisées et malheureuses, qui, au delà de l'Asie Mineure, étaient les éléments essentiels de ces deux empires.

Sous les Sassanides, le système d'impôt de la Perse fut réformé et régularisé par Chosroès I". Chosroès établit : 1° une sorte de capitation générale sur les ressources du contribuable, payable en trois parties et graduée, exactement comme la capitation de Louis XIV et la classensteuer de Prusse; 2° un impôt foncier exigible partie en nature, partie en argent, selon l'importance de la récolte et la nature du sol, d'après un cadastre revisé de temps en temps. Ces impôts provenaient de ceux de l'Assyrie, de la Chaldée et de l'ancienne Perse. Ils existent encore dans la Perse actuelle, l'empire ottoman oii nous les retrouverons. Ils ont les plus intimes rapports avec les institutions fiscales de Dioclétien. La Perse est l'un des plus anciens États du globe. Elle a pu perdre et recouvrer son autonomie. Nous aurons à nous occuper encore d'elle à propos des Etats orientaux contemporains. Mais elle est le type des peuples en complète décadence. L'organisation actuelle de la Chine a les plus grands rapports, en ce qui est des impôts, avec celle de l'empire des Perses.

Bibliographie. Rawlinson, The five great monarchies, tome 4, chap. VII. — Hérodote, traduction Rawlinsoa. — Comparer les notes recueillies par Boulanger, Impôts du peuple romain (1612), traduit par M. E. Renaudin, 1871, Paris, page 6.

la coli're du Grand Roi et la nomination de Daniel comme contrôleur général constituent une scène des plus curieuses de ce roman historique et religieux ; satrapes et pachas sont à peu près la même chose. — Chap. I". — On trouve dans la Cyropédie, livre VIII, chap. vin, des détails intéressants snr la décadence de la Perse même.

Page 1