‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 240 sur 252 · PART DE LA FÉODALITÉ DANS LA CIVILISATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PART DE LA FÉODALITÉ DANS LA CIVILISATION FRANÇAISE

<■ le monde féodal contiendra, a e'crit Michelet, sous l'apparence « du chaos, une harmonie réelle et forte (1). »

L'œuvre essentielle de la société féodale a consisté à fixer les populations, encore vagabondes et presque nomades, sur le sol et à les y retenir par les liens de la propriété foncière et de la solidarité sociale, bien autrement étroite qu'aujourd'hui. La société féodale a, par suite, développé, en toutes choses, le principe de l'hérédité, fondement de la propriété et de la stabilité. La forme conditionnelle de la propriété foncière avait pour objet principal de retenir l'homme qui était la principale valeur de l'époque. Les droits de mutation, relief, quint, requint, lods et ventes, amortissement, tendaient au même but. Il en est de même de toutes les règles, coutumes, de tous les contrats qui caractérisent celte forme ; l'homme sera attaché de force au sol, à la terre, mais il pourra en devenir propriétaire. L'origine des familles de propriétaires campagnards, si nombreuses en France, est là. Cette œuvre a complété les deux grands faits sociaux et économiques dont nous poursuivons l'étude depuis l'Empire romain : lo le défrichement, l'occupation, la mise en culture de l'Europe; 2" la transformation de l'esclavage en servage. Ces deux»" faits d'ordre supérieur n'ont reçu nulle part une aussi grande extension qu'en France ; aussi la France a été le foyer principal de la société féodale et la nation la plus importante de l'Europe au moyen âge.

Nous avons trouvé dans le polyptyque de la grande abbaye de Saint-Germain-des-Prés au commencement du ix'' siècle une sorte d'inventaire de l'état social du temps. Deux documents du même ordre du commencement et du milieu du xii^ siècle, relatifs à l'abbaye de Marmoutiers en Alsace, vont nous permettre de constater les changements qui avaient pu s'opérer du ixe au xiie siècle, c'est-à-dire pendant la période réellement féodale (2).

(1") Histoire de France, 1" vol., page 433.

(2) Dareste de la Chavanne, Les classes agricoles, 175. M. Sée a publié dans la Revue historique, janvier 1895, une étude intéressante sur la condition des classes servilesen Champagne. II montre le rapide mouvement de transformation dans la condition de ces classes. Les serfs, qui étaient rivés h la terre au x' siècle (ce qui n'était même pas sans exception), ont presque tous obtenu l'affranchissement au xm'. Ils échappent à la taille arbitraire; ils forment des groupes

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