‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 244 sur 252 · RÉACTION FAVORABLE · texte numérisé non relu

RÉACTION FAVORABLE

et les terribles épreuves de la vie historique de leur territoire et de leur race.

Sur la politique de Louis XIV à l'égard des historiens de son temps, on peut consulter les explications données par Augustin Thierry (1) sans oublier la disgrâce de Mézeray et la mise à la Bastille de Fréret. Augustin Thierry est bien loin d'avoir apprécié, sans complaisance pour les passions de son époque, l'œuvre de la féodalité. Pas même de Tocqueville qui, dans la Révolution et l'ancien régime, attribue au mouvement si complexe de 1789, l'abolition de la féodalité pour principal mobile (2). Ce qui subsistait en 1789 du régime féodal, bien que vexatoire, n'était que d'une importance fiscale relativement secondaire. Louis XIV aurait très certainement pu procéder à cette abolition, comme le lui ont conseillé Pussort et Colbert; mais elle n'aurait pas empêché le mouvement du xviii^ siècle, ni réfréné les vices, ni prévenu les fautes et les malheurs d'une monarchie qui avait renoncé à ses traditions nationales poury substituerla politique selon l'Écriture sainte de Bossuet (3). Voici sur la société féodale le jugement calme et impartial de M. Glasson. « La société féodale est née des besoins d'une épo-

u que et leur a, en grande partie, donné satisfaction On a

« beaucoup décrié ses abus, ses inégalités sociales, mais au- « jourd'hui des appréciations plus justes tendent à prendre la « place de ces récriminations. Pendant les siècles de sa pleine <c vitalité, le régime féodal a, lui aussi, à son heure, été le re- (( présentant du progrès et de la civilisation (4) ». Nous voilà bien loin des accusations passionnées que M. Guizot formulait en 1828 et qu'il a renouvelées trente ans plus tard en racontant à ses petits-enfants : « de tout temps la masse de la population « a considéré le régime féodal comme un ennemi à abattre ».

(1) Considérations sur l'histoire de France.

(2) Ancien régime, chap. xii.

(3) D'Arbois de Jubainville, Deiix manières d'écrire l'histoire, chap. u.

(4) Institutions de la France, l" volume. Introduction. M. Mortet l'a également jugée avec calme, bien qu'en sacrifiant trop h la sociologie et pas assez à la terre, ù sa culture, ii sa mise en valem- : cultiver et défendre le sol, voilà les lettres de noblesse de la féodalité fi'auçaise.

GUIZOT ET TOCQIEVILLE. 41 1

De nos jours, il y a un autre ennemi à abattre, c'est la propriété foncière elle-même. Les révolutionnaires de la fia de notre siècle emploient exactement la même formule quel'éminent professeur.

Aujourd'hui on sait que la féodalité a été, pendant plusieurs siècles, au moins du ix'= au xvie, une nécessité sociale, un progrès économique, un organisme puissant de protection et de défense du territoire, des personnes, des biens et des droits de tous, ainsi qu'un régime social approprié à la mise en culture de l'Europe et à la transformation de la servitude; on a retrouvé les textes qui attestent la fonction de salut public et de développement agricole, économique, politique, remplie par le régime féodal.

Tocqueville a attribué, en partie, cette antipathie, parfois cette ingratitude des populations, au maintien des droits féodaux jusqu'en 1789. Les droits féodaux, dit-il, légitimes du x" au sive siècle, ne l'étaient plus, quand le régime féodal ne fut plus en rapport avec les conditions politiques et sociales de la France. Acceptés comme droits publics, ils devinrent des droits privés. Il n'y a qu'une*part de vérité dans l'observation de Tocqueville. Les propriétaires des domaines, grevés de droits féodaux, ont toujours aimé à confondre les droits fonciers, parfaitement légitimes, avec les droits fiscaux. D'ailleurs leur importance a été exagérée. Ils ne représentaient guère, les uns et les autres, pour la France que 100 millions de francs en 1789 et 125 millions avec ceux du domaine royal. Les droits de transmission seuls étaient onéreux. Les droits féodaux étaient, en outre, très inégalement répartis. Mais ces divers droits donnaient lieu à de nombreuses compensations et confusions, qui en diminuaient beaucoup le total, soumis à des prélèvements fort sensibles de la part d'une multitude d'agents fiscaux très retors et très coûteux. Depuis, les droits féodaux sont devenus un thème inépuisable pour les politiciens, les feuilletonnistes et les feudistes des boulevards.

Tout en faisant une certaine part aux observations de Tocqueville, en accordant, qu'au xviu<= siècle, ce qui demeurait alors debout de Fédifice féodal n'était plus, à peu près, qu'une ruine sans valeur, de même que les vieux castels qui avaient si longtemps protégé les populations, il faut attribuer, ce semble, leur

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