L\ ROYAUTÉ FÉODALE EN FRANGE
du corps social, peut-être même d'une sorte de nationalité', plus ou moins indéterminée, n'a entièrement disparu, dans les Gaules, au milieu de l'anarchie profonde de la société gallo-romaine et du mouvement de reconstitution locale de la féodalité. Mais les peuples ne vivent ni par les souvenirs, ni par l'imagination, ni sous l'empire de leurs préférences. Ils sont dominés , avant tout, par les circonstances au milieu desquelles ils sont placés et par les besoins présents. Du vi'' au xe siècle, sauf sous Charlemagne , le pouvoir central, la Royauté, a été impuissante à maintenir l'ordre et la sécurité sur le territoire des Gaules qui, avant, comme après la conquête romaine, n'avait pas constitué un ensemble national. Charlemagne, lui-même, n'y est pas parvenu.
La société féodale s'est formée ou agglomérée, en France, précisément pour procurer, par d'autres moyens, l'ordre et la sécurité, réunir sous un lien fédératif les divers éléments appelés à constituer le territoire, la société, la nation. Le pouvoir royal n'a point disparu au milieu de cette transformation, mais, en fait, il s'est trouvé considérablement réduit. Nous verrons qu'il n'en a pas été de même en Angleterre ni en Allemagne , différence qui a eu des conséquences très étendues. ^I. Luchaire nous parait avoir saisi, mieux que M. Guizot , le double caractère de la royauté féodale, celle dont les grands feudataires , les évêques, les barons investirent Hugues Capet, comme duc de France, en 987. « La Royauté capétienne offre le double carac- '( tère : 1° d'une monarchie traditionnelle de droit divin; 2° d'une « suzeraineté générale d'ordre féodal, mais ce dernier aspect « de l'institution ne se dessina pas , dès l'origine , aussi nette- « ment que le premier. Les rois n'ont jamais cessé de parler et « d'agir au nom du droit monarchique qui était leur droit propre « et essentiel, tandis que leur action , comme chefs de l'édifice <c féodal, appelés à bénéficier de leur haute suzeraineté, en vertu «des principes purement féodaux, ne s'est guère manifestée « dans les faits avant le commencement du xiiP' siècle(l) ».
De ces deux caractères, le premier, malgré le sacre, malgré l'unité du titre, malgré le concours de l'Église, malgré
\l) huchaire, liajiuel, piige 459.