SON DOUBLE CARACTÈRE
la foi, plus vague et plus incertaine qu'on ne Ta pensé, du peuple en un pouvoir supérieur de justice, malgré les aspirations longtemps confuses et fort obcures, si elles existaient, vers la communauté destinée du regniunoa del&patria Francorum, selon les expressions acceptées par M. Luchaire, mais sujettes à bien des interprétations, il était, quant au xe siècle, un pur idéal (1). Les seuls fondements réels de cet idéal se résumaient dans le concours de rÉglise, concours qui avait encore ses incertitudes et ses variations, et dans ce qui pouvait avoir survécu des débris des traditions romaines. La Royauté n'a retiré de son caractère de droit divin aucune autre force qu'un certain prestige, jusqu'à ce que sa suzeraineté féodale ait déflnilivement prévalu, en s'étendant, avec des degrés et des conditions fort divers , sur les différentes parties du territoire. M. Guizot a tout à fait exagéré la portée de ce prestige et de ce pouvoir idéal (2), qui ne se sont réalisés qu'au xviu' siècle, dans la personne de Louis XTV, et qui n'ont guère duré plus que lui. L'histoire de toute la monarchie française atteste, particulièrement l'histoire de l'impôt, que son caractère de droit divin ne lui a pas servi à grand chose et qu'il l'a, au contraire, compromise et perdue. Dépourvu de tout pouvoir, Louis XVI s'imaginait être encore roi par la grâce de Dieu.
Il est vrai que le principe d'hérédité dans le pouvoir royal n'a amais été sérieusement contesté à la maison capétienne, depuis Hugues Capet, mais cette hérédité provenait-elle de l'origine divine ou de l'origine féodale ? La féodalité avait tout autrement l'hérédité et la propriété pour fondements essentiels que la délégation populaire ou la désignation divine, auxquelles l'élection peut parfaitement s'appUquer. Enfin, Hugues Capet avait été choisi ou s'était imposé, avant tout comme maître de la plus importante des grandes seigneuries. C'est à son duché de France qu'il dut la couronne, tout autant qu'aux suffrages des ducs, évèques et barons (3).
(1) Il en est de même de la théorie de M. Boutaric sur le tlrolt da Roi l'i la propriété du sol :pure excentricité d'archiviste.
(2) Histoire de la civilisation en France, tom. 4, leçons XII à XY.
(3) Michelet, ibidem, 1" vol., 427, 431.