‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 25 sur 252 · FACTEURS DE LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

FACTEURS DE LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

doive être rattache'e à un foyer primordial plus ancien, dans le delta de l'Euphrate, d'où seraient e'galement parties les premières migrations qui ont mis en culture la riche vallée du Hoang-Hô, en Chine, cette civilisation remonte néanmoins à 0,000 ans, peut-être 6,000 ans avant l'ère chrétienne (1). Ce vaste espace de temps peut être divisé en deux époques :1a première correspond à l'ancien et au moyen empire, la seconde au nouvel empire et aux conquêtes des Perses, des Macédoniens, des Romains jusqu'à l'invasion des Arabes. L'une et l'autre composent le cycle de l'Egypte ancienne.

§ 1. Premières civilisations de VÊgypte. Ancien et Moyen empire.

Cette première période, qui se prolonge pendant plus de 3,000, peut-être 4,000 ans, est caractérisée par une stabilité extraordinaire, plus grande que celle dont a joui la Chine depuis ses 40 siècles historiques. Les idées, les mœurs, les traditions demeurent immuables. Aucune autre civilisation n'a eu une semblable puissance.

C'est la période que M. Maspero comprend par les origines dans son beau livre. — Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiques (2), bien qu'il contienne des détails fort curieux et nouveaux sur toute l'histoire de l'Egypte. Les populations primitives de l'Egypte se sont établies dans le Delta et ont peu à peu remonté vers le Xord (3). Leur œuvre principale et admirable a été l'utilisation du Nil, la création et l'entretien des canaux, au moven desquels des sables infertiles donnent jusqu'à trois récoltes. Ces populations se sont vouées, depuis des milliers de siècles, à ce labeur, condition d'existence de l'Egypte. Elles vivent résignées et satisfaites. La corvée, ou travail périodique obligatoire, a été, elle est encore le seul moyen de maintenir l'œuvre des siècles. Elles la subissent sans murmure. Dans cette œuvre, elles ont été

(1) Thèse soutenue, avec autant do talent que «le science, par M. Terrien de La Couperie. — ^yestern origins of Ihe chinese civilisation, 1894, Londres. (2> Hachette, 1895. — Voir aussi : La Mêlée des nations, par M. ilasiiero,1807. (3) Champollion, L'Egypte sous les Pharaons, 1814, 2 vol.

22 LA PREMIÈRE ÉPOQUE ET l'iMPÔT.

dirigées par des chefs dits Ropaitou, qui ont exerce' la fonction des seigneurs féodaux en Europe; ce sont les pasteurs, les patriarches, les seigneurs; ils ont fait l'Egypte comme ils ont fait la France et l'Angleterre, mais la France surtout. Ce sont les princes des nomes, ces grands domaines primitifs de l'Egypte, subdivisés depuis pour mille causes, comme les grandes seigneuries françaises, jomme le seront les immenses haciendas du Mexique et du Pérou. M. Maspero les appelle les premières principautés. Sur ces terres, les habitants sont à la fois cultivateurs et industriels. Ils moissonnent le blé, ils tissent les étoffes, de même qu'aujourd'hui; ils élèvent beaucoup de bétail; ils expérimentent les végétaux; ils pèsent les métaux, l'or et l'argent déjà les plus précieux. Les seigneurs reçoivent une part considérable en nature du produit des terres à titre de rente et d'impôt (1).

Ces nômes se morcèlent et donnent lieu à des domaines beaucoup plus nombreux, ce sont des Hospou, parties des nômes. ]\1. Maspero cite des exemples de ces morcellements. C'est l'époque patriarcale mais sédentaire de l'Egypte. Elle paraît avoir été très prospère (2). On en retrouve des reflets dans la Bible.

Peu à peu (c'est exactement l'histoire des Capétiens), l'un des seigneurs, maître d'un des centres agricoles (Memphis, Thèbes, Sais) devint plus puissant que les autres. L'époque royale commence avec la vie nationale de l'Egypte. L'époque royale se divise en phases diverses d'après l'importance et l'influence des villes royales et des dynasties qui les possèdent.

La tendance générale du mouvement de la civilisation en Egypte, par des causes naturelles et politiques, a été vers l'unité monarchique, ne serait-ce que par suite de la nécessité d'une forte administration pour entretenir les canaux et pour défendre le territoire. La Royauté devint l'élément national dominant et le Pharaon, qui la représentait, fut même considéré, en principe, mais jamais en fait, comme le seul propriétaire du sol. A côté des

(1) C'étaient de véritables seigneurs héréditaires, ils rendaient la justice, prélevaient la taxe en nature sur leurs subordonnés, se réservaient la répartition des terres, menaient les hommes au combat, célébraient les sacrifices. Maspero, 71.

(2) F. Petrié, EqijjH from earliest Urnes, 60, 192.

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Pharaons les seigneurs, après eux les grands propriétaires ont conservé et ont encore en Egypte une situation considérable. La grande propriété a survécu aux Pharaons , aux Romains , aux Arabes. Elle a beaucoup contribué à la puissance des Mamelucks. C'est contre elle que Méhémet Ali a lutté par tous les moyens sans la détruire.

Durant cette période le sol appartenait pour un tiers au Pharaon, pour un tiers aux prêtres, pour un tiers aux guerriers. Les prêtres formaient la classe savante, lettrée; ils administraient le pays. Les prêtres étaient taxés au quinzième et les guerriers au cinquième du produit brut. Le produit brut était calculé, non pas d'après le territoire, mais d'après la hauteur de l'inondation du Nil. Il y avait dans chaque village un scribe ou prêtre pour contrôler l'inondation. Le Pharaon avait le droit d'acheter les récoltes pour les vendre lui-même. Les Romains ont imposé à l'Egypte une servitude analogue qui s'est prolongée pendant plus de six siècles. Le Pharaon recevait, en plus, des dons en nature que la tradition rendait obligatoires. Le Pharaon avait également un droit sur le produit des mines. L'extrême fertilité du sol, qui donnait habituellement trois récoltes, assurait à l'Etat de grandes ressources, puisqu'en dehors des contributions, le Pharaon possédait le tiers des terres. Il faut ajouter aux impôts ordinaires les corvées, immémoriales en Egypte,- pour les travaux des mines, des carrières, des digues et des monuments. La corvée a joué un rôle notable dans le percement de l'isthme de Suez. Elle est à Madasgascar l'un des modes principaux de percevoir l'impôt.

Les travaux de l'archéologie moderne, la découverte et le déchiffrement des hiéroghyphes et des papyrus ont confirmé les opinions d'Hérodote et de Diodore de Sicile sur la longue prospérité de l'Egypte pendant cette période, ainsi que les récits de la Bible. La propriété foncière s'est constituée; elle se transmet librement par les actes de vente ou les contrats de mariage. Les éléments du droit civil égyptien sont arrêtés (1). Ils exerceront

(1) Ces questions très-intéressantes du droit civil égyptien . intimement unies à l'état économique de l'Egypte, font l'objet du cours de [H.. Revillout au Lou-

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